Skip to main content

Full text of "Réflexions sur une lettre de Mazères, : ex-colon français, adressée à M. J.C.L. Sismonde de Sismondi, sur les noirs et les blancs, la civilisation de l'Afrique, le royaume d'Hayti, etc. Par le baron de Vastey."

See other formats


•s      \ 


.  N  : 


ri.   N 


.j 


Sur  une  Lettre  de  M  AZÈRES, 

ex  -  Colon   français  ,  adressée  à 

M,  J.C  L.  SÎSMONDE  DE 
S I S  M  O  N  n  r 


l-îV 


r 


s  ^ 


j  ,4\  Va  J\^vI  \  T\  V\\  '  .'\  "  V 


^>  V 


*  'S 


..t  \ 


0  ù'k 


k         A 


\  "x    \ 


•  'ttsNÔ^ft|Ê^ÛÈ^BllÂ."NbâÈ^' 


^  '^x  V>    ^  v\ 


'^•s.     ♦. 


i        A     % 


/    \  ,  V 


i 


'  ■  ■  .   ■ 


RÉFLEXIONS 


Sur  une  Lettre  de  MAZÈRES^ 
ex -Côlon   français,  adressée  à 

M.  J.C  L.  SISMONDE  DE 
SISMONDI, 

Su  R  les  Noirs  et  les  Blancs  ^ 
la  Civilisation  de  l'Afrique  ^  le 
^  oyamne  d'Hayti  ^  etc. 


L'Orgueil  est  la  cause  des  Erreurs  de  THoiimië 

e.t  de  sa.  Misère, 

Pope  ,  Essai  sur  THomme» 


mm 


r  le  Baron  de  Vastjst. 


AU    CAP^HENRT 


Chez  P.   R  o  U  x  ,  imprimeur  du  Rùl 


■"M^mmvti^nKS^miv» 


Mars  18*6,  l'An  i3'"^'- 


<— *g— ni  "'■ I«l 


RÉFL 


Sur  une  Lettre  de  M  A  Z  E  R  E  S  ^ 
ex-Colon  français,  adressée  à  M*  J.  C.  L* 

SISMONDE  DE  SîSMONDIj 

Sur  les  Noîrs  et  les  Blancs ^  la  Civîlîsatloa 
de  FAfrique  j  le  Royaume  d'Hayti^  etc. 


mmœamissmm 


E  ne  connaissais  du  nom  de  Mazères  qu'une 
liabitalion  sucrerie  ,  située  dans  la  riche  et  floris- 
sante plaine  du  Quartier-Morin  ;  les  crimes  et  les 
cruautés  de  tous  genres  qu'il  avait  commis ,  oii 
ses  parens ,  sur  les  infortunes  noirs  dans  l'affreux 
l'ëgime  colonial ,  le  don  de  la  via  que  l'infortuné 
Ogé  lui  avait  fait ,  loi'squ'il  était  à  son  pouvoir  de 
rimmoler  à  la  vengeance  de  nos  frères  qu'il  avait 
fait  périr  dans  les  t®ituieâ.j  s'était  sous  ces  difféf 


f\ 


(      2      ) 

éms  rapports  qne  ce  Dom  abhorré  était  connu  î 
Hajti:  j'avais  (out  lieu  de  penser  qu?  semblable  à 
la  majeure  padie  de  sa  casle  avilie ,  il  ti-aînaii  dans 
l'exil,  sur  un€  terre  éUangèie,  sa  misërabl© 
existence  ;  mais  sa  lettre  adressée  à  M.  Sismonde 
de  Sismondi  vient  de  me  désabuser  et  m'apprendre 
que  ce  Mazères  qui  a  déshonore  rhumanilé  par 
ses  crimes ,  vît  encore ,  que  l'excès  des  maux  que 
les  ex>colons  ont  éprouve  ,  loin  de  les  corriger  e£ 
jde  ks  ramener  à  des  sentimens  plus  justes  et  plus 
îiimiains,  n'avait  fait  qu'augmenter  leur  rage; 
et  qu'ils  brûlent  encore  plus  que  jamais  du  désic 
de  pouvoir  torturer  à  leur  gré  une  grande  parti© 
du  genre  humain  ! 

Tourmen-és  par  la  soifintarrissable  desricbess?s , 
suscités  par  un  esprit  de  malédiction ,  que  d'absur- 
dités ,  de  divagations ,  de  calomnies  et  d'assertions 
mensongères  ,  ces  apôfres  de  satan  n'ont  pas 
inventées  pour  légitimer  la  traite  et  les  horreurs  d© 
l'esclavage  î  Que  de  blasphèmes  î  que  d'infamies 
n'ont-ils  pas  osé  imprimer  pour  ravaler  et  dégrader 
l'espèce  humaine  î  les  uns  nous  refusent  le  nom 
dhonDme,  nous  asM'mi'ent  et  nous  rangent  dans 
la  même  esyèr,e  rjiK-  les  orang-outangs  i  d'auires 
poussenl  la  (iémoiaiisaiion  jusqu'au  dernier  degré, 
disent  qu'i'  faut  nous  tAterminer  jusqu'aux  enfans 
ds  Tâ^e  de  six.  ans ,  pour  remplacer  notre  popu-^ 


f    3    ) 

hihn  par  d'ancres  infortunes  arraches  i^n  sein  âe 
leur  terre  natale  !  Exterminer  fout  «n  peuple  , 
grand  Dieu  î  parce  qu'il  ne  veut  pas  reprendre  les 
chaînes  de  resclavage  !  Parce  qu'il  veut  }ouir  des 
droits  qu'il  tient  de  Dieu  ,  de  la  nature  et  de  h 
justice  î  Ces  hommes  abominables  n'ont  pas  craint 
de  fouler  ainsi  à  leurs  pieds  les  lois  divines  e£ 
humaines,  de  braver  l'opinion  gëne'rale  de  leurs 
contemporains ,  le  jugement  de  la  postérité  qui 
îes  condamnent  à  i'exëcratîon  et  à  on  opprobre 
ëternel  :  c'est  dans  le  ï 9^  siècle  qu©  des  hommes 
éclaires  des  lumières  du  chrislianisme  ont  osé 
poser  en  principe  rexlermination  totale  d'une 
nation  I  Eh  !  la  voix  universelle  de  leurs  compa- 
triotes ne  s'est  point  ëieve'e  pour  im[)oser  silence 
à  ces  impies  I  Que  la  France  civilisée  se  vanté 
donc  maintenant  de  ses  lamières  ;  eï  lorsque  U 
Toix  d'un  homme  de  bien  se  fait  eniesidre  pour 
pré^'énir  un  grand  Tnallieur  et.  T accomplisse^ 
m.ent  d'un  grand  crime  ,  un  Mazères  ,  un  ex- 
colon ,  encore  tout  souille  de  notre  sang,  os© 
însuker  au  vertueux  et  gc^néfpux  Sismonde  de 

Sîsmondi  î  Parce  qu'il  a  une  certaine  facililé 
de  coucher  sur  le  papier  ses  idées  ^xtrnva-- 
-ganîes  et^superfi(;i>lles ,.  ce  pédant  de  Mazères 
^'est  permis  de  vociférer  des  i?ijures  etdt  s  calnm- 
îiies  les  plus  atroces  coiUre  les  africains  et  les 
feaviiens  kars  dêscendaos.  *■ 


i  ! 


(    4    ) 

.  La  pliitne  savante  de  M.  Sismonde  de  Sismondr 
n'a  ceitainernent  pas  besoin  du  secours  de  ia 
mienne  pour  rëfater  les  absurdités  de  Mazères, 
mais  étant  parîie  inlëressëe  ,  je  ne  dois  pas  rester 
speclateor  Iranquilîe  de  la  discussion;  je  dois 
faire  lous  mes  efforts  pour  aider  nos  dcTenseurs 
dans  la  grande  cause  qu'ils  ont  embrassée;  je  me 
dois  tout  entier  à  la  défense  de  mes  semblabies,  et 
si  comme  le  dit  Mazères^  Acchimède  ne  deman- 
dait  qu'on  point  d'appoi  pour.souiever  îe  moîide 
physique  ,  j'espère  quTIajii  sera  le  point  d'appui 
où  les  phiîantropes  pourront  poser  le  levier  puis- 
sant qui  doit  soulever  le  monde  moral ,  contre  les 
«nnemis  du  genre  humain  ;  j'espère,  dis  je  ,  quQ 
ces  mortels  vertueux  ,  pour  prix  de  leurs  veilles  et. 
de  leurs  travaux  trouveront  dans  la  gratitude  et  îçi 
reconnaissance  des  hayfiens  un  {JédomTnagemenù 
.assuré  contre  T Injustice  des  hoimnes.  Ah  !  si 
©es  hommes  généreux  et  bienfaisans  ,  persécutes 
parmi  leurs  semblables  ,  venaient  à  manquec 
d'asile,  qu'ils  viennent  donc  au  milieu  de  nous,  ih 
trouveroîit  aupiès  d'un  souverain  libéral  ,  grand 
et  magîianime,  chez  un  peuple  bon  et  reconnais- 
sant,  la  récompense  due  à  la  vertu  malheureuse  ! 
Il  n'est  point  inutile  que  je  prévienne meslecteurs, 
que  je  n'ai  jamais  fait  une  élude  particulière  de  la 
iciîigue  française,  ils  çxcusei'QiU  les  fautes  d'éiocu- 


(  s  ) 

lion  et  de  liitéVature  qui  doivent  iiécessairemenî 
fourniillerdans  les  ouvrages  d'un  insulaire,  qui  n'a 
jamais  eu  d'autres  maîîies  que  ses  livres  ,  d'autres 
stimulans  que  la  haine  des  tyrans  ;  Mazères  pourra 
donc  se  réjouir  de  trouver  dans  mes  écrits  quelques 
preuves  d'inférioritë  moraleWaus  des  expressions 
i?npropres ,  dures ,  hlzarres ,  prétentlemes ,  etce 
que  m'importe  pourvu  qu'il  m'entende  ,    pourvu 
que  par  les  simples  doniiés  du  bon  sens  ,   je  lui 
prouve  c[u'il  n  est  qu'un  extravagant ,  qu'un  fat 
ur.i ,  aya^^t  toutes  les  prétendons  au  bel  espiit-  s  n'a 
cependant  pas  même  le  sens  commun. 

Je  vais  relever,  je  ne  dirai  pas  ses  erieurSj  cae 
il  est  trop  méchant  pour  en  avoir  ,  mais  sa  turpi- 
tude et  son  insigne  mauvaise  loi;  je  vais  user  diî 
juste  droit  de  représailles  pour  terrasser  cet  ennemi 
odieux  ;  et  si  j'éprouve  dans  ce  moment  un  vif 
regret ,  c'est  d'être  réduit  à  me  servir  de  la  plume 
pour  redresser  ses  outrages  sangians  ,  et  de  ne 
pouvoir  paj  me  servir  d'autres  argumens  qui  le  con- 
vaincraient encore  mieux  que  des  paroles ,  que  notre 
espèce  n'est  pas  inférieure  à  la  sienne. 

Le  système  de  nos  détracteurs,  étant  de  vouloît! 
matérialiser  l'homme  noir,  par  la  diversité  primi- 
tive des  races  humaines  ,  démentir  le  récit  de  la 
création ,  et  dans  rinférioriîé  supposée  de  notre 


(    5   ^ 

espèce  ,  se  faire  xm  litre  pour  nous  fraiser  comme 
les  plus  vils  animaux;  je    ne  répondrai    donc 
pas  seulement  à  Mazères,  mais  à  toute  la  carte 
des  ex-coions  Françaîs  ;  je  vais  commencer  par 
débarrasser  mon  champ  ,   des  ordures  que  nos 
ennemis  y  jettent  pour  oÎ3scurcir  la  vérité;  je  vais 
remonter  à  la  source  des  choses,  rétablir    les 
faits,  les  appujer  parles  autorités  les  plus  respec- 
tables ;  Je  vais  combattre  toutes  leurs  objections  ; 
j'espère  que   je   ne  manquerai   pas   de  preuves 
et  d'arguraens  victorieux    pour   renverser  leurs 
sophismes  et  leurs  absurdités.   Mais  avant  d'entrei^ 
fn  raaîiè.-e,  je  vais  transcrire  l'espèce  de  profes- 
èion  'de  foi  de  Mazères, 

«  Considérez  soos  le  rapport  matériel  [dit-Il} 

f^  le  nègre  diffère  bien   évidemment  du  blanc. 

>>  N'en  différa -t-il  que  par  les  cheveux  et  par  h 

M  peau,    la  différence  serait  déjà  très-grande  ; 

»  il  ne  faut  que  des  jeux  pour  s'en  convaincre, 

p  Avec  les  mêmes  sens,  avec  les  marnes  or- 

>f  ganes,  et  une  configuration  à  peu  pressera- 

î»  blable  ,  ses  traits,  examinés  en  détail ,  offrent 

»  pourtant  des  différences  esseniialles.  Une  ficrure 

n  sans  expression  ,  des  formes  sans  grâces  et  sans 

»  harmonie,  des  mains  décharnées  et  calleuses', 

^>  un  œil  parsemé  de  fîlamens  sanguins  qui  14 


(    7    ) 

lf>  donnent  une  feinte  rosëe  ;  voilà ,  ce  me  senabley 

w  dans  le  nègre ,  des  traits  évidemment  distincts 
f>  et  qui  semblent  caraclëriser  en  lui ,  une  espèce 
»  pai'liculière  ;  il  y  a  ,  si  on  le  veut ,  entre  les 
^>  deux  espèces  une  grande  affinité  ;  mais  il  n'y 
»  a  bien  ceiiainement  pas  d'identité  ,  je  vous 
W  défie  de  le  nier  >^. 

Je  le  nie  affirmativement ,  et  Je  vais  prouve^ 
par  des  autotirés  irrécusables,  Funité  du  type  piî* 
mitif  de  la  race  humaine. 

Pour  démontrer  son  assertion  impie ,  Mazères 
tombe  de  suite  dans  des  divagations  qui  lui  s^nt 
suggérées  par  ses  passions  et  par  le  mépris  qu'il  a 
pour  l'espèce  humaine  ;  il  commence  suivant  son 
système  absurde  par  faire  de  l'homme  noir  un© 
espèce  distincte  de  l'homme  blanc  ;  pour  asseoir 
sou  opinion ,  il  ose  comparer  l'homme  aux  ânes  et 
aux  chevaux  et  veut  le  juger  par  analogie  avec  les 
bêtes  ;  et  tout  cala  pour  prouver  que  les  noirs  sont 
inférieurs  aux  blancs  î  Que  MazèrSs  et  les  ex- 
colons se  dénigrent  s'ils  le  veulent  ;  qu'ils  se  com- 
parent et  se  jugent  par  analogie  avec  les  ânes  et  les 
chevaux,  je  ne  les  en  empêche  pas!  Je  soutiens» 
pour  moi  et  mes  semblables  ,  que  l'homme  la 
plus  belle  œuvre  do  créateur ,  doué  de  rinfelli- 
gence  ëteriielle ,  foimé  à  son  image  et  resseiii^ 
humnQ^  riioaiuis  créé  pour  rég^aei' sur  toute  la 


■Si;^'^ 


t    8    ) 

tore  et  sur  tous  les  animaux,  forme  une  espèce 
particulière,  distincte,  unique,  et  qu'il  ne  peu'c 
être  compare ,  ni  jugé  par  analogie  avec  les  ânes 
et  les  chevaux, 

Mazères  et  les  ex  colons  ne  peuvent  apporter 
à  l'appui  de  leur  opinion  aucune  version ,  auto- 
rité ,  ni  témoignage  quelconques  ;  voici  mes 
preuves ,  qu'ils  les  récusent  s'ils  oâent  : 

«  Dieu  dit  faisons  l'homme  à  notre  image  y 
selon  notre  ressemblance  ,  et  qu'il  domine  sur 
les  poissons  de  la  mer ,  sur  les  oiseaux  des 
deux ,  sur  les  animaux  domestiques  et  sur 
êoute  la  terre  ,  et  sur  tout  reptile  qui  rampe 
€ur  la  terre  fij  >>. 

Mais  comme  ce  qui  est  autorité  pour  la  géné- 
ralité des  humains  ,  ne  l'est  sans  doute  pas  pour  les 
©x-colons ,  il  leur  fout  donc  d'autres  preuves  puisées 
dans  d'autres  sources  que  dans  les  livres  sacrés. 

Ecoutez  un  auteur  célèbre  : 

4<  Il  y  3  dans  la  nature  ,  dit  M,  de  Buffon  ] 
un  prototype  général  dars  chaque  espèce  ,  sur 
lequel  chaque  individu  est  modelé  ,  mais  qui 
semble  en  se  réalisant  s'altérer  ou  se  perfectionner 
par  les  circonstances  ;  en  sorte  que  relativement  à 


gw^ww»» M  ,e,iii»F.iii  II «tn'i»  1.141,41 1 1  >]ul.ii 


(i)  La  Genèse» 


de 


(    9    ) 
de  certaines  qualîiës ,  il  j  a  une  variation  hiËtivià 

en  apparence  dans  la  succession  des  individus,  en 
même  temps  une  constance  admirable  dans  toute 
Tespèce;  le  premier  animal,  ie  premier  cheval  ^ 
par  exemple,  a  été  ie  modèle  exîëneor  ou  le  moule 
intérieur  sur  lequel  tous  les  chevaux  qui  sont  né% 
tous  ceux  qui  exislenî  et  tous  ceux  qui  naîtront  ^ 
ont  été  formés  ;  mais  ce  modèle  a  pu  s'altërer  et 
se  perfectionner  en  communiquant  sa  forme  et  se 

.moiiiphant L'empreinte  originaire  subsista 

en  son  entier  dans  chaque  individu  ;  mais  que  d@ 
nuances  différentes  dans  les  divers  individus^ 
tant  dans  l'espèce  humaine  que  dans  celle  de 
tous  les  végétaux ,  de  tous  les  êîres  en  un  mot  qui 
se  reproduisent  ! 

Or,  si  M.  de  Buffon  reconnaît  à  chaque  indî* 
vidu  un  prototype,  à  qui  il  appartient  originaire» 
ment ,  comment  peut-il  exister  des  espèces  diffë- 
rendes  d'hommes  ,  d'ânes  et  de  chevaux  ?  Ce 
fait  pose ,  tout  réchafaudags  de  Mazères  ,  sesso« 
phismes,  ses  absurdités  (ombent  d'eux-mêœes| 
qu'il  compare  au  physique  et  au  moral  rf^fiîcaia 
à  l'européen  ,  à  rasialique  ,  à  l'américain,  ses 
frères;  le  hottenîoî  au  laponais ,  le  calmoi^k  à 
i  eskimaux  ,  rien  de  mieux  ;  qu'il  compare  les 
animaux  j  les  vëgëiaux  ,  los  îninëraux  de  l'A* 


m 


iii'ii! 


r  10  > 

fi-îque  aux  suires  productions  da  globe ,  à  la 
bonne  heure;  mais  lorsqu'i!  voudra  juger  l'homme 
intelligent  par  analogie  avecla  buule  ,  il  se  cou* 
vrira  du  dernier  ridicule,  et  il  ne  devrait  pas 
rougir  ,  maïs  mourir  de  honte ,  si  son  âme  gan- 
-grenée  en  élait  susceptible. 

Je  vais  donner  à  mes  lecteurs  une  jufle  idée  de 
la  bonne  foi  de  Mazères  et  des  ex-colons  ;  ils 
pourront  juger  quels  fondsmens  l'on  doit  faire 
$m  les  assertions  de  ces  hommes  pervers. 

<'i  Plus  on  considère  la  nature  dans  ses  proce'dës, 
f>  (  dit  Mazères  }  plus  on  retrouve  dans  ses  œuvres 
»  ces  harmonies  et  ces  consonnances ,  sui*  les- 
»  quelles  Bernardin  de  Saiat^Pierre  a  fait  un  livre 
»  charmant  ;  ainsi  quand  les  faits  ne  prouve- 
»  raient  pas  que  les  formes  exte'rieures  des  nègres 
»  correspondent  avec  leur  intelligence  on  pourrait 
^>  peut-être  l'affirmer  par  analogie  ». 

Lorsque  Ton  enîend  citer  ainsi  M.  Bernardin  de 
Saint-Pierre  ,  tout  le  monde  ne  croiraît-i!  pas  que 
cet  homme  vertueux  ,  dans  son  livre  cliarniant^ 
a  confirmé  l'opinion  stupide  et  méchante  dô 
Mazères  ? 

EcQUt^^  malatenant  le  savant  et  ge'néreux 


X   1^   5 

Bernardîn  de  Saînî-Pieiie  ,  et  vous  allez  joge^ 
comme.  Mazères  sait  citer  juste  et  à  propos: 

«  Tandis  que  des  philosophes  donnent  à  toutes 
»  les  espèces  de  chiens  une  oiigine  commune^ 
»  d'auires  en  attribuent  de  différentes  aux 
»  hommes.  lis  fondent  leur  système  sur  !a  variéië 
»  des  railles  et  des  couleurs  dans  l'espèce  ho- 
»  maine  ;  mais  ni  la  couleur,  ni  la  grandeur  ne 
»  sont  desi  caractères  au  jugement  de  tous  les  na(u* 
»  ra listes.  Selon  eux ,  la  première  n'est  qu'un  acci'* 
»  dent  ;  la  seconde  n'est  qu'un  grand  développe- 
»  ment  de  formes,.  La  différence  des  espèces 
»  vient  de  la  différence  des  praporiîons  :  or,  elle 
»  caractérise  celles  des  chiens.  Les  proportions  de 
»  l'homme  ne  varient  nuile  part;  sa  couleur  noire 
^y  enU'e  les  tropiques  ,  est  un  simple  effet  de  la 
»  chaleur  du  soleil,  qui  le  rembrunit  à  mesure 
H  qu'il  s'approche  de  la  ligne.  Elle  est  comms; 
»  nous  le  verrons  un  bienfait  de  la  nature  [i]  ». 

Mazères  aura  beau  se  creuser  la  iêïe  .pour 
^'approcher  Thomme  de  la  bête,  pour  prouver  que 
ΣS  noirs  n'ont  pas  élé  traités  par  la  nafure  aussi 
favorablement  que  les  blancs  ,  il  ne  |  ersuadera 
que  les  ex-colons  comme  lui ,  (|ui  sont  intéressés 


.|i]:  Etudedeiai^^aîiirej  tome  i  «-page  SS* 


!?'■ 


(      12      ) 

â  créer  des  préjuges  absurdes  ^  pour  soutenir  leuc 
affreux  système,  la  traite  etTesciavage  î 

Certes,  la  nature  n'a  pas  fait  pour  les  noirs  une 
exception  à  ses  lois  éternelles  ;  toujours  constante 
dans  ses  bienfait5"ï  elle  ne  lésa  pas  violées  à  notre 
égard,  elle  nous  a  traités  avec  la  même  faveur 
que  les  blancs  I 

ce  L'homme  (  dii  M.  Bernardin  de  Saint-Pierre  ) 
par  toute  la  terre  est  au  centre  de  toutes  les  gran- 
deurs ,  de  tous  les  mouvemens  et  de  toutes  les 
harmonies;  sa  taille  ,  ses  membres  et  ses  organes 
ont  des  pi-o^xDrtions  si  justes  avec  tous  les  ouvrages 
de  la  nature  ,  qu'elle  les  a  rendus  invariables 
comme  leur  ensemble  ;  il  fait  ,  à  lui  seul ,  un 
genre  qui  n  a  nî  classe,  ni  espèce,  et  qui  a  mérité 
par  excellence  le  nom  de  genre  humain  35, 

Mais  pourquoi  chercherai-je  à  accumuler  des 
faits  sur  une  question  déjà  décidée  depuis  long' 
temps  ;  s'il  fallait  citer  et  rapporter  ici  le  témoi- 
gnage de  tous  les  européens  vertueux  qui  ont 
résisté  et  bravé  toutes  les  injures  des  ex-colons , 
des  marchands  et  traficjoans  de  chair  humaine  , 
pour  prouver  notre  identité  avec  les  blancs ,  je 
deviendrais  prolixe.  Qui  doute  aujourd'hui  , 
excepté  les  ex-colons  •  que  les  hommes  sont  tous 
frères  et  qu'ils  se  r'attachent  par  leur  origine  à  la 
"lapiême  famille  ?  Toutes  les  absurdités  que  Mazères 


(    ï3    ) 

et  les  ex-coîons  oui:  imprimées  contre  le  genre 
humain  ,  ont  ëlë  déjà  fëruiëes  pau  les  hommes  les 
plus  célèbres.  Des  soaverains  magnanimes  ,  des 
nations  eniières  de  rEurope  ont  rendu  hommage 
à  Dieu  et  au  genre  humain  ,  en  brisant  les  fers  des 
africains  !  JLa  cause  de  l'homme  a  ëtë  défendue 
par  les  immortels  philantropes  européens  avec 
autant  de  zèle,  de  conslance  »  d'ardeur  et  de 
talens ,  que  les  noirs  auraient  pu  le  faire  eux- 
mêmes  s  ils  avaient  eu  les  mêmes  avantages  !  Si  ]& 
me  suis  déterminé  à  écrire  ,  ce  n'est  pas  précisé- 
ment pour  réfuter  les  sophi&mes  des  ennemis  de 
riiumanité ,  qui  ont  été  combalîus  déjà  victorieuse- 
ment par  nos  illustres  protecteurs;  mais  par  un 
sentiment  de  reconnaissance  et  de  graliiude  ,  j'ai 
voulu ,  par  mes  faibles  travaux ,  appuyer  les  asser- 
tions de  nos  amis  ,  excité  en  outre  ,  par  une  juste 
indignation.  Défenseur  de  ma  propre  cause  et 
de  celle  de  mes  semblables  ,  je  n'ai  pu  résister  au 
désir  de  trancher  le  nœud  Gordien ,  en  prouvant 
aux  ex-coîons,  moralement  et  physiquement ,  pae 
la  plume  et  par  Tëpëe  ,  que  nous  ne  sommes  pas 
inférieurs  à  ieur  espèce. 

Je  reviens  à  Mazères. 

<c  Les  colons  [dit -il  ]  en  réclamant  pour  les 
européens  l'évidente  préférence  que  leur  accorde 
la  nature  sm:  les  nègres ,  ne  ïefuseat  pas  à  ceux-ci 


'  il 

m 


m 


Mi 


(       T4      ) 

4e  nom  crhomms ,  eic  >?.  Qielle  impudence  de  te 
pari  des  ^x-colons,  de  lëclâmer  pour  les  européens 
une  préférence  qu'ils  ne  j  éciament  que  pour  eux- 
mêmes  î  Dv3  qui  donc  Màzèresa  t-il  reçu  l'apos- 
tolat, pour  se  rendre  l'organe  de  270  uiillioîts 
d'européens  ,  d'ur.e  poignée  d'ex-colons  fléiris 
dans  l'opinlun ,  par  les  crimes  dont  ils  se  sont 
couverts  ?  Quelle  extravagance  d'oser  léclanier 
line  préréreiice  absurde  ,  une  impie  ëî  et  ils  disent 
encore  qu'ils  sont  malheureux  5  mais  qu'ils  ne 
sont  pas  en  démence  !  A-t-on  jamais  vu ,  je  le 
demande  ,  des  preuves  de  folle  et  de  démenés 
plus  caractéristiques  ([ue  leurs  prétention  s  ridicules? 
Gomment  peuvent-ils  soutenir  une  ihèse  aussi 
extravagante,  qu'elle  est  absurde  ?  J.  J.  Rousseau 
avait  raison  de  dire,  quand  rhcmme  commerice 
à  raisonner,  il  cesse  de  sentir:  Mazères  nous 
démontre  la  vériié  de  cel  axiome  par  tout  soîi 
Veibiage  ! 

Ex -colons,  êlres  orgueilleux  et  dénaturés  > 
l'Europe  entière  vous  désavoue  ,  et:  cinq  cent 
millions  dliouimes  noirs ,  jaunes  et  basanés  9 
répandus  sur  la  surface  du  globe  ,  réveiidiquont 
les  droits  et  les  privilèges  qu'ils  ont  reçus  de 
l'auteur  de  la  nature  î 

Je  découvre  tant  d'absurdités ,  de  méchan- 
celés  et  d'dbjeclions  dans  récrit,  de  Mazères  ^ 


■r  i5  > 

f{ne  je  suis  vingt  fois  tenié  de  Jeter  la  plume  et 
d'abandonner  son  fratras  au  prolond  mëpris  qu'il 
m'inspire.  Je  me  sens  humilié,  je  suis  homme, 
je  le  sens  dans  tout  mon  être  ,  je  possède  des 
facultés,  j*ai  la  pensée,  la  raison,  la  force  ,  j'aî 
tout  le  sentiment  de  ma  sublime  existence,  et  je 
me  vois  obligé  de  réfuter  des  puérilités ,  d'ab-- 
surdes  sophismês ,  pour  prouver  à  des  hommes 
comme  moi ,  que  je  suis  leur  semblable  1  Mon 
âme  indignée  de  cet  excès  de  déraison  et  de 
méchanceté  «  me  force  de  douter  è  mon  tour, 
s'ils  sont  hommes ,  ceux  qui  ont  osé  mettre  en 
discussion  une  question  aussi  impie,  aussi  im- 
morale ,  qu'elle  est  absurde  î  c*  Mais  ,  ait 
K»  Macères,  si  les  castors  sont  plus  intelligens  qn& 
55  les  ânes ,  s'il  y  a  des  races  de  chiens  différentes 
»  en  intelligences ,  il  doit  nécessairement  y  avoir 
yy  des  espèces  d'hommes  inféneurs  aux  autres  ». 
Eh  non  imbécile  !  répond  J.  J,  Rousseau  ,  cet 
argument  tiré  de  l'exemple  des  bôîes  ne  conclut 
point  et  n'est  pas  vrai.  L'homme  n'est  point  ucï 
chien  ni  un  âne.  Il  ne  faut  qu'établir  dans  son  esprit 
les  premiers  rapports  de  la  société  pour  donner  à 
sessentimens  une  moralité  toujours  inconnue  aux 
bêtes.  Les  animaux  ont  un  cœur  et  des  passions  ; 
mais  la  sainte  image  de  l'honnête  et  du  beaa 
Ventra  jamais  que  dans  le  cœur  de  rhommej 


f    î6    } 
ç'^est  donc  une  grande  absurdité  que  de  voaloie 
juger  riiomme  par  analogie  avec  les  bêtes. 

.  Certainement ,  il  peut  y  avoir  des  castors  qui 
ont  un  peu  plus  d'instinct  que  d'autres  castors  ; 
des  ânes  et  des  chiens  qui  soient  on  peu  meilleurs 
les  uns  que  les  autres  ;  il  j  a  également  de  beaux 
hommes  ,  il  y  en  a  aussi  de  contrefaits  ;  il  y  a  des 
hommes  d'an  génie  supérieur ,  il  y  en  a  aussi  de 
sols  et  méchans  ;  par  exemple,  Mazères  se  croit-il 
i'ëgal  de  M.  de  Buffon  en  talens  et  en  lumières  ? 
Se  croit-i!  un  Achille?  tandis  qu'il  n'est  qu'un 
fat  rempli  d'orgueil  et  de  vanité,  lâche  comme 
Tbersite  î  Je  le  répète ,  que  Mazères  se  compare 
et  se  juge  s'il  veut,  par  analogie,  avec  les  ânes  et 
^îes  chiens ,  je  ne  l'en  empêche  pas  ;  il  peut  exister 
entre  lui  et  ces  quadrupèdes  quelques  analogies  | 
les  chiens,  par  exemple,  ont  été  les  auxiliaires 
des  ex  -  colons  ,  qui  les  ont  aidé  à  détruire  et  à 
dévorer  les  noirs  ;  ils  peuvent  donc  très  -  bien 
sympadiiser  ensemble  ;  mais  je  soutiens  (jue 
J'homme  intelligent ,  espèce  unique,  ne  peut  être 
comparée  et  jugée  qu'avec  l'homme  son  sem- 
blable ,  et  les  animaux  avec  les  individus  de  leur 
espèc^t 


aprsa 


{    17    ) 
«  D'après  le  système  absurde  de  Ma:gères  et  des 

ex*coIons  j  les  parisiens  [comme  îe  dit  fort  bien  M» 

Sismonde  de  Sismondi  ]  parce  qu'ils  seraient  plus 

ëciairés  que  les  paysans  de  la  Vendée  ,  se  croi- 

raîent  d'une  espèce  particulière  et  supérieure  à 

celle  de  ces  malheureux  »  ;  mais  ce  que  Mazères 

et  les  ex-colons  ne  pourront  jamais  comprendre  » 

c'est  que  le  plus  brut  des  liottentors  est  l'égal  d© 

M.  de  Baffon  aux  jeux  de  la  suprême  et  éter- 

laelle  iatelîigence  î 

Mazères  dit ,  I  animal  qui  a  âe  h  elle  forme] 

dont  la  tète  s  élève  vers  le  ciel ,  a  ordinaire'» 
ment  des  inclinations  plus  généreuses  ,  plus^ 
de  force  et  plus  d'intelligence  ;  eh  î  bien  , 
qu'est-ce  que  cela  prouve  ?  qu'un  cheval  d'une 
belle  taille,  bien  proportionné ,  devrait  être  sup- 
posé meilleur  qu\in  autre  qui  aurait  de  moins 
Ijeiie  forme  ;  c'est  une  règle  générale ,  mais  l'ex- 
péiience  démontre  qu'elle  n'est  pas  toujours 
exacte,  cr-Ci  il  y  a  des  chevaux  petits,  et  d'autres 
qui  sans  êtto  beaux,  sont  cependant  excellens. 
Adaptez  encore,  si  vous  le  voulez,  cette  loi  des 
harmonies  et  des  consonnances  à  l'homme  ,  il 
s'ensuivrait  aussi  que  le  génie  devrait  être  essen- 
tiellement Fapanage  des  beaux  hommes  ;  i'expé- 
riencâ  vient  encore  détruire  celte  règle  des  .bas» 


(    i8    î 

Ironies  etdesconsonnances,  car  lesbommpsîel 
plus  laids,   ont   toujours  été  les   plus  spiriruels. 
Esope  le  [ïhiygîen,  avec  ses  difformités,  avait 
une  belle  âme  !  Je  veux  bien  que  cette  loi  rècrtie 
dans  Ja  poësie  comme  dans  la  ppînture  ;  iî  fauÊ 
aux  arts  de  beaux  modèles  ;  cela  ne  prouve  rien 
contre  les  noirs ,  ni  contre  If  s  blancs ,  ni  contre 
îes  chevaux  ,  qui  ont  également  des  formes  et  des 
proportions  plus  ou  moins  belles.   Que  Virgils 
ait  dit  admirablement  pour  caractëriier  une  divi- 
nité ^A  K^era  incessii  patuiù  dea  »  à  son  marché  , 
elle  parut  une  vraie  déesse-  D  accord,  cela  ne 
prouve  rien  encore  contre  les  noirs.  Que  le  peuple 
dit ,  pour  caractériser  un  fripn  ,  il  a  une  mine 
patibulaire.  Je  suis  assfz  de  cet  avis  ,  et  s'il  est 
vrai  qu'il  y  a  toujours  dans  notre  extérieur  quel- 
que chose  dliarmoniqiie  avec  nos  facultés  inîel- 
îecruellss  ,  avec  nos  ir.clinalions  et  nos  pt  nchans, 
avec  nos  vices  et  nos  vertus;  quel  homme   doit 
avoir  un  |)hjsiqiie  plus  hideux  que  ce  Mazères  ? 
Mais  ce  n'es;  pas,  ce  me  semble,  ç  3  qri'ii  a  voulu 
prouver  par  ses  sophisraes  absurdes ,  c'est  la  supé- 
riori;é  cie  la  couleur  blanche  sur  la  noire  qu'il  a 
voulu   demonirtr;'  il  aurait  dû  donc  commencée 
|,\-3rë]ab!u-  iasupëiiurité  des  chevaux  blancs  sur  les 
cheval  x  r.oirs ,  des  chiens  blancs  sur  le  chiens 
rioi.s  ,  et  ensuite  de  riiomais  blanc  sur  Hiomnie 


C    ^9    ) 
lioir  ;  cetfe  marche  aurait  ëîé  plus  naturelle,  et  il 

aurait  monîrë  un  peu  plus  de  bonne  foi;  mais  en 

revanche,  que  cretiibarras  ,  que  d'obstacles  n'au- 

raiî-il  pas  rencontiés?  Par  exemple,  le  savant 

professeur  de  Gottingue  remarque  qa*en  Guinée  , 

non-seulement  les  hommes ,  mais  les  chiens  ,   les 

oiseaux  ,  et  suiiout  les  galiinacëes  ,  soni   ooiis  * 

tandis  que  Tours  et  d'autres  animaux  sont  blancs 

vers  les  mers  Glaciales,  La  cooieui-  noire  ëtont , 

selon  Knighr,  Tattribut  de  la  race  primitive  dai>s 

tous  les  animaux,  il  penche  à  croire  que  le  nègre 

est  le  ijpe  original  de  l'espèce  humaine   [  i  ], 

Hunter  soutient  que  quand  la  race  d'un  artimai 

blanchit  c'est  une  preuve  de  dëgénëralion.  Suffoa 

veut  que  les  chevaux  aux  extrémités  blanches 

soient  bannis  des  haras  ;   mais  cerîainemenl  tout 

cela  ne  prouve   pas   que  dans  l'esièce  humaine 

la  variété  blanche  soit  dëgënëree. 

UAfiique  produit  aussi  des  animaux  bien  plus 
formidables  crue  FEurope  ;  Ton  ne  pouî  rait  pas 
îKême  trouver  aucun  degré  de  comparaison..  Qael 
animal  pourrait  être  cumi^aré  au  lion  et  au  aus 
royal  de  la  ^one-torride  ?  seraient-ce  l'ours  blanc 
et  !e  loup  de  la  zone  glaciale  ?  Mazèresqui  aime  à 
juger  les  hommes  par  analogie  avec  les  chevaux, 
«êux  de  FEurope  peuvent-ils  soutenir  le  parallél® 


j^a]  littérature  tleslîît grès  ;  page  16,.. 


iJI^ 


(      2©      ) 

avec  ceux  de  l'AFriqua  ?  Ecoutez  M.  Bruce  dans 
son  voyage  de  la  NnLîe. 

«  C'est  à  rialfaïa  et  à  Agerri ,  dit-il  ,  qu'on 
commence  à  trouver  ceJJe  nobie  race  de  chevaux, 
si  justement  célèbre  par  toute  la  terre.  Ils  semblent 
être  d'une  espèce  tout  à-  fait  différente  des  chevaux 
arabes  qu'on  voit  dans  les  plaines  de  TArabie 
Ddserte.  Si  la  beauté  ,  la  régularité  parfaite  des 
'mes  ,  îa  grandeur  ,  la  force ,  ragiîilë ,  la  sou- 
esse  des  mou  ve  me  os  ,  la  facilité  à  supporter  ia 
fatigue  ,  ia  docilité  et  rattachement  à  son  maître 
doivent  constiiués  le  mérite  d'un  cheval,  le  nubien 
est  sans  compaiaibon  celui  qui  l'emporte  sur  tous 
les  autres.  Le  plus  beau  que  j'ai  vu  ,  dît-ii ,  était 
celui  que  montait  le  Sheik  Adelan  ;  le  cheval 
n'avait  pas  tout- à-fait  quatre  ans ,  et  il  avait  seize 
paumes  de  haut  :  ce  cheval  était  accoutumé  à 
s'agenouiller  pour  laisser  monter  son  maître , 
comme  pour  le  laisser  descendre  tout  armé  3?, 
Les  ex-colons  disent  que  nous  sommes  infé- 
rieurs aux  blancs ,  parce  que  nous  avons,  suivant 
eux  ,  des  traits  moins  purs  ,  la  peau  noire  et  les 
cheveux  crépus.  Je  répondrais  à  nos  détracteurs 
que  ie  même  préjugé  régne  parmi  les  noirs  à 
regard  des  bîancs  ,  ils  se  croyenl  plus  beau  ,  et 
favorisés  plus  paniculièrement  par  la  nature  . 
cette  croyance  se  fortifie  par  les  exemples  fré- 


qiTens  qu'ils  onl:  iscus  les  yta^:.  Des  eoropéeiïâ-' 
anivans  scii3  lei,  Iropiques ,  brillans  de  foixe  et  de 
sente  avec  le  S:ciiit  vsL-Liieil ,  au  bocî  cie  deux  oa 
trois  mois  de  résidence,  tombent  dans  uu  éiat 
Gf freux;  cette  peau  blanche  qai  lesa^i  lenr  orgaeil 
devient  blême,  sale,  banolee,  learsyeux  blanchâ- 
tres et  consternes  ne  peuvent  sonienir  les  rayons 
du  soleil  ;  le  corpus  dechariié ,  est  san^  vigueais  ses 
facultés  phjsiquej  et  morales  anéaru'eà  ;  Thomme 
blanc  n  est  plus  à  leurs  yeux  qu  on  spectre  aoibu" 
îant ,  disgracie  pai'  la  nature,  qai  ne  peut  même 
suD'ûortei'  i'infiuencs  dà  leui  catiial,m  habiter  ioUi: 

r  % 

heureuse  contrée. 

€c  Tout  ceux  qui  ont  voulu  déshériter  les  nègres, 
dit  le  vertueux  Grégoire,  ont  appelle  Tanatomis 
à  leurs  secours  ,  et  sur  la  disparité  des  couleurs  se 
sont  portées  leurs  premières  observations  «;  mais 
s'il  est  prouvé  que  la  couleur  noire  se  trouva 
entre  les  tropiques ,  et  que  ses  nuances  s'étendent 
progressivement  suivant  les  différens  degrés  de 
température  ,  s'il  est  prouvé  que  le  blanc  ne  peut 
pas  supporter  la  chaleur  de  la  zone  toriide  ,  €]ue 
le  noir  ne  peut  supporter  le  froid  de  la  zone 
glaciale  ;  quel  avantage  donc  ii  y  auiait-il  d'êtr© 
noir,  jaune  ou  blanc? 

et  Les  femmes  de  la  Nubie^  dit  Bmce,  en  voj£,n& 


<  >m 


(  2t  ) 

îa  blancheur  de  ma  peau  ,  firent  \m  crî  dTior* 
reur,   et  seniblèrenl  la  considërer  plutôt  com me 
Veffst  d'une  maladie  ,   que  comme  une  couleur 
ïiaîiirelle  5>,  Dauîres  feiiimt^s  se  moquèient  de 
Bruce ,  sur  son  nez  long  et  poinîu.  Chaque  peuple 
a  ses  préjuges  ;   nous  rrouvcns  la  couleur  noire 
plus  belle  que  la  blanche;  nos  peinfi-es  h-jât-ns 
peignent  la  diviniië,  les  ancres  en  noiis,  les  maa- 
vais  génies  et  les  diables  en  blanc.   Quant  à  la 
beaulé,  elle  consisîa  dans  de  belles  formes  et  dans 
la  régularité  des  traits  ;   et  sous  ce  rapport ,  nous 
nous  ci^o^ons  aussi  éminemment  favorisés  c^ue  les 
blancs ,   leurs  propres  témoignages  étant  ici  de 
quelques  poids ,  je  vais  en  rapporter  plusieurs, 
Bosman     vante  Ja  beauté  des  négresses    de 
Jiiïda  ;  Ledyard  et  Lucas  celle  des  nègres  Jalofes; 
lobo  celle  des  abyssins  ;  «  ceux  du  Sénégal  ,  dit 
Andansson ,  sont  les  plus  beaux  hommes  de  la 
Kigriiie  ;  leur  laille  est  sans  âéi^aul ,  et  parmi  eux  , 
on  ne  trouve  point  d'estropiés  >f.   Cossigny  vil  à  !a 
Corée  des  négresses  d'une  grande  beaulé  ,  d'une 
tai'k  imposante  ,  avec  des   traiîs  à  la  romair-e, 
iigon   parle  d'une  négresse  de  Vile  St- Yago , 
qui  réunissait  la  beauté  et  la  maîeslë   à  tel  point , 
que  jamais  il  n'avait  rien  ^  vu   de   comparable. 
Robert  Chasle  ,   auteur  du  journal  du  voyage  de 
l'amical  Duquesne  ,  étend  cet  éloge  aux  négresses 


(    ^3,    ) 

•t  mulâtresses  de  toutes  ks  îles  du  Cap- Vert; 
Léguât,  Uîîoa  et  Isert  rendent  le  même  témoî* 
gnage  à  Togard  des  négresses  qu'ils  ont  vues  ;  I® 
premier  à  Batavia  j  le  second  en  Amëiique,  et 
le  troisième  en  Guinée  [i] . 

Bruce,  en  voyant  une  jeune  personne  de  îa 
î^ubie  ,  s'exprime  ainsi  :  «  je  fus  frappe  de  soa 
«xtrême  beauté.  Tous  ses  vêiomens  consislaieni  à 
une  chsemise  bîeue  qui  lui  tombait  jusqu'aux 
pieds.  Quoique  cette  jeune  personne  n'eût  pas 
quinze  ans  ^  sa  taille  était  au  -  deisus  d'une  tailla 
oïdinaire  ;  tous  ses  traits  charmans  auraient  pu  ser* 
vie  de  modèle  à  un  peintre.  Les  dames ,  continue 
Bruce  ,  s'aperçurent  à  quel  point  j'étais  ému 
de  ce  que  je  venais  de  voir.  La  Clle  d'Adelan,  m© 
dit  alors  :  vous  av. z  resté  si  long-temps  en  Âbjs- 
sinie,  que  vous  devez  faire  bien  peu  de  cas  des 
femmes  de  vAthara;  mais  on  dit  cîue  les  femmas 
de  TEurope  sont  si  blanches,  que  leur  beauté 
remporte ,  sur  celle  de  toutes  les  autres.  Je  n'ai 
jamais  é\é  moins  persuadé  de  cette  vériié  qu'à  pré- 
sent, lui  répondii  Bruce  ^>.  Il  vante  aussi  la  beauté 
des  princes  a Fiicains  ;  «  Amba-Yasous,  ditiU 
paraissait  avoir  vingt  -  six  à  vingt-huit  ans  ,  il 
«tait  grand  et  parfaitement  bienfait,  ii  avait  une 


[aj  |-is;térâtui:.e  des  Nè^r 


rçs  j  page  2( 


m 


(  24  ) 

très-belle  Ggnre,  qnoîqaViven  de  pelîts  traî's,  ?f  seg 
îjianières  ëlaîent  extrêmement  prévenantes  ;  €vi 
voyant  ce  prir^ce  avec  le  Roi  et  Engedan,  Je  cva- 
jais  voir,>  dit  Broce,  les  trois  plus  beaux  homme?, 
qui  eussent  jamais  frappe  mes  regards  ». 

4<  Les  joiofs ,  dit  M'jngo  Parck,  sont  acîîfs  , 
puissc:ns  et  belliqueux  ;  leur  nez  est  moins  épâ:»^  » 
le'j.rs  lèvres  ir.oiîis  .épaisses  ,  leur  peau  est  tieA- 
izolve  ;  et  les  blancs  qui  font  le  commerce  d'es- 
claves ,  les  regardent  cooime  les  plus  besii.c 
nègres  de  celîG  pa-ûe  au  continent. 

Les  roiik-:!is  ont  1^  peau  d'on  noir  pen  foncé» 
!es  chcve  rx  sojerix  el  les  traits  agréables;  ils 
airr},eQî  la  vie  pasforaie  et  agricole,  et  se  repar- 
den!  de,:vi  les  r^naruies  v-^îsins ,  pour  y  elre  ber- 
^eis  et  hboureiH's  n.  En  cela*  il  font  beaocouo 
mieux  qise  les  snvoyrîrds  qui  se  jettent  en  France, 
pour  exucer  les  professions  méprisées  de  ramo- 
îienr  ei  de  dëcroieoi. 

Palerson   et  le   VaJHant    découvrent  dans  îe 

sauvage  bo:!enîot,  des  vertus  que  l'on  cherchô- 
rait  envain  cbez  des  peuples  civilisés. 

i<  Dans  la  soirée  du  7  Février,  dît  Paterson, 
rsous  apperçûmep  un  feu  sur  le  penchant  d'une 
montagne  ;  vers  les  huit  heures  ,  nous  rencon- 
trâmes trois  calfres  qui  parurent  singulièrement 

'  étonnés 


étonnes  à  notre  aspect,  car  nous  étions  certaine- 
ment  les  premiers  hommes  blancs  qu'ils  eussent 
vu ,  ils  s'en  fuirent  aussitôt,  et  donnèrent  l'alarme 
au  village.  Cependant,  quand  nous  y  arrivâmes, 
les  habilans ,  fidèles  à  l'usage  où  iis  sont  d'exercée 
l'hospitalité ,  vinrent  nous  ofûir  du  lait  et  un  tau- 
reau gras.  Les  cafres ,  dit  ce  même  voyageur , 
ont  en  général  cinq  pieds  dix  pouces ,  à  six  pieds 
anglais  de  hauteur  ;  ils  sont  bien  proportionnés  , 
et  la  manière  dont  ils  combattent  les  lions  et  les 
autres  bêles  féroces  ,  prouve  leur  courage  :  ils  ont 
le  teint  aussi  noir  qu'un  jaj,  et  lesdenrs  blanches 
comme  l'ivoire  ,  leurs  yeux  sont  très-grands. 

«  Voulez- vous  des  autorités  à  l'appui  de  mon 
»  opinion  sur  l'inférioriié  des  î.ègres  ?  dit  l'ex- 
>>  colon  Mazères,  en  fhèse  générale,  Fontenelle 
n  vous  dira  :  cfue  les  habitans  des  pays  très- 
?>  chauds  et  très-froids  ,  sont  incapables  des  opéra^ 
»  tions  un  peu  relevées  de  l'esprit.  L'abbé  Dubos, 
»  [  dit -il  ]  dans  ses  réflexions  sur  la  peinture 
»  et  la  poéne ,  vous  expliquera  et  vous  prouvera 
»  la  vérité  de  cette  assertion  », 

Qae  Mazères  explique  lui-même  comment 
se  fait  -  il  que  les  norw  égiens  ,  les  suédois  ,  les 
ïusses ,  qui  sont  dans  les  psys  très  froids ,  et  qù«  les 

D 


(     26     ) 

îiabîfans  du  Sénégal ,  qui  sont  dans  les  pays  très* 
rhauds ,  sont  de  très- beaux  hommes  et  très-capa- 
bles des  opérations  de  lesprit  le  plus  sublime. 
L'abbé  Dubos  ne  prouve  lien  ,  il  a  puisé  ses 
preuves  dans  de  mauvaises  sources ,  pour  un  his- 
forien  ,  les  poètes  et  les  orateurs  :  ce  n'est  point, 
dit  Montesquieu  ,  sur  des  ouvrages  d'ostentation 
qu'il  faut  fonder  des  systèmes  ;  et  j'oserai  me  per- 
mettre d'ajouter,  après  ce  grand  homme,  ce 
n'est  point  par  des  subtilités  d'esprit  et  par  des 
|eux  de  mots  que  l'on  doit  juger  le  genre  humain. 

Pour  justifier  sa  théorie  de  l'esclavage  , 
Mazères  appelle  le  témoignage  de  Montesquieu 
à  son  sec  ours ,  et  en  même  temps  il  calomnie 
Fduteur  de  TEsprit  des  Lois* 

Monfesquîf  u  ,  pour  avoir  dit  que  la  chaleur 
énervait  îe  courage ,  n'a  pas  imprimé  que  les 
nègres  étaient  une  espèce  particulière  et  infé- 
rieure aux  bîancs  ;  l'expérience  démontre  au  con-* 
trare  que  les  effets  des  clîma  ischauds  influent 
laitirulièrement  sur  les  bîanc<! ,  qui  éprouvent 
cet  abattement  de  force  et  d'esprii ,  dont  parle 
Mohiesquieu  ,  tandis  que  les  noiis  sous  la  zone 
torride  ,  dans  leur  climat  natal,  sont  fiers  et  rera- 
y  ïi>  de  courage  ,  ce  qui  est  contraire  au  jugement 
cit  MuiUesquieu  ;  mais  lious  respectons  les  écart$ 


(      27) 

<îe  ce  grand  homme  :  voici  comme  Monîe«quîeîl 
s'exprime  sur  le  droit  affreux  de  Tescîavage. 

«  L'esclavage  propreraeiu  dif  ,  est  réidblisse- 
»  ment  d'un  dmit,  qui  rend  un  homme  tellement 
»  propre  à  un  auue  humme ,  qu'il  est  le  maître 
»  absolu  de  sa  vie  et  de  ses  biens  ;  il  n'est  pas 
»  bon  par  sa  nature;  il  n'est  utile  ni  au  maîtra 
»  ni  à  l'esclave  :  à  celui-ci ,  parce  qu'il  ne  peut 
»  rien  faire  par  vertu  :  à  celui-là ,  parce  qu'il 
»  contracte  avec  ses  esclaves  toutes  sortes  de 
»  mauvaises  habitudes,  qu'il  s'accoutume  insen» 
»  siblement  à  manquer  à  toutes  les  vertus  mo- 
»  raies  ,  qu'il  devient  fier ,  prompt ,  dur ,  colère ,, 
»,  voluptueux  ,  cruel  >?. 

L'immortel  Montesquîen ,  en  écrivant  ces  deiS 
nières  paroles ,  songeait  aux  ex  colons  ;  il  a  voulu 
les  peindre  d'un  seul  trait. 

Il  continue  :  «  Il  n'est  pas  vrai  qu'un  homme 
»  libre  puisse  se  vendre,  la  vente  sup|)ose  un 
»  prix  ,  l'esclave  se  vendant ,  tous  ses  biens  en(re- 
»  raient  dans  la  propriété  du  mai  re  ;  le  maître 
»  ne  donnerait  donc  ri(^n  ,  et  l'esclave  ne  rece- 
»  vrait  rien  ,  il  aurai»  un  pécule,  dira-t-on  ,  mais 
»  le  pécule  est  accessoire  à  la  personne,  s'il  n'est 
»  pas  permis  de  se  tuer ,  parce  qu'on  se  dérob.  à 
»  sa  pafrie  ,  il  n'est  pas  plus  permis  de  s@ 
>y  vendre  ». 


C   28   ) 

Sur  l'esclavage  des  nègres,  Montesquieu  s'ex- 
prime ainsi  :  «Si  j'avais  à  souîei^ir  le  droit  que 
»  nous  avons  eu  de  rendre  les  nègres  esclaves , 
»  voici  ce  que  je  dirai. 

»  Les  peuples  de  TEurope  ayant  exterminé 
>>  ceux  de  l'Amérique  ,  ils  ont  dû  mettre  en 
M  esclavage  ceux  de  l'Afi-ique  ,  pour  s'en  servir 
5>  à  défricher  tant  de  terres  ». 

,  Si  les  ex  colons  n'ëraient  pas  aveugles  par 
leurs  passions  5  ils  auraient  senti  tout  ramertume 
qu'il  ^^a  dans  cette  ironie. 

Gomment  peuvent-ils  avoir  l'impudence  de 
citer  Montesquieu  pour  justifier  leur  affreuse 
théorie  ?  Quoi  !  parce  qu'il  aurait  écrit  que  la 
chaleur  éaervait  le  courage,  s'en  suivrait-  il 
que  tous  les  peuples  qui  habitent  les  climats 
chauds,  seraient  inférieurs  aux  peuples  des  cli- 
mats froids  et  devraient  être  leurs  esclaves  ?  Je 
soutiens  que  c'est  une  théorie  très-fausse  ,  qu'elle 
est  absurde,  chaque  homme  ayant  reçu  de  la 
naiiire  une  complexion  relative  au  pays  et  au 
climat  qui  l'ont  vu  naître  ;  pour  me  convaincre 
que  les  blancs  seraient  d'une  nature  supérieure 
aux  noirs  ,  il  faudrait  pouvoir  me  prouver  que  les 
blancs  pourraient  résistera  l'influence  des  climats, 
qu'ils  pourraient  habiter  sous  h  soleil  biûlant  de 
î'éqiiateur ,  comme  sur  les  glaces  des  pôles ,  sans 


(    29    ) 

éprouver  aucune  al!«  ran  n  ni  changement  dans 
leur  eomplexion  {jhjsii[iK  ;  mais  i!  est  prouve  pae 
des  faits  eî  des  auîoriîës  inécnsables  ,  qu'ils  ne 
peuvent  résister  à  peine  trois  mois  dansies  climats 
chauds  sans  dégénërer. 

Demanet  et  Imlaj  remarquent  que  les  des- 
cendans  des  portug;ais  établis  au  Gonso  ,  sur  la 
côlede  Sierra- Leone  eî  sur  d'autres  point  de  l'A- 
frique ,  sont  devenus  nègres  ;  ce  qui  prouve  dit 
M.  Grégoire,  l'ascendant  du  climat  sur  la  eom- 
plexion et  la  figure. 

Les  français  ont-ils  donc  déjà  oublié  les  fu- 
nestes effets  de  la  chaleur  brûlante  du  rojaume 
d'Hajti,  et  du  froid  glacial  de  l'emuire  Fausse,  pouc 
discourir  aussi  légèrement  ?  J'ai  vu  des  rnil.icrs 
Aq  français  qui  pouvaient  êire  de  tièûviguuieux 
et  de  très-braves  soldats  dans  leur  eosi  ree  ,  je  les 
ai  vu  ,  dis-je ,  et  je  m'en  rappelle  encore  ,  ëiendus 
sur  la  poussière  ,  présenter  le  comble  de  la  misère 
et  de  la  faiblesse  humairte  !  Où  est-dojie  celle  pré- 
tendue supëiioriië  des  blancs  sur  les  noirs  ?  Où  es£ 
donc  ceUe  préiendae  îht^urie  de  Montesquieu  qui 
nous  condamne   inéviiablemenî   à   l'esclavag-e  7 

Les  ex -colons  se  contredisent  sans  cesse  9 
quand  il  s'agit  de  leurs  intérêts  ,  ils  sont  sans  scru- 
pule ;  s'agît'il  de  prouver  la  supériorité  des  blancs 
%UL  les  noirs ,  ils  vous  disent  que  les  peuples  de 


(  3o  ) 
îa  zone  torrîde ,  en  ardeur  ef  en  puissance  ,  ïe 
cèdent  tous  aux  peuples  des  zones  tempérées  ; 
ils  vous  disent  effrontément  que  les  noirs  sont 
muus,  effemîriés,  amis  du  repos  ;  vo^^ez  !es  nègres 
dit  oet  impudent  de  Mozères  ,  tout  leur  mouve- 
menr  sont  des  efforts,  un  porte  -faix  d'Europe 
soulève  des  fardeaux  que  deux  n(>iis  soulève- 
raient à  peine  ;  mais  s'agit  il  de  labolition  de  la 
traite  et  de  l'esclavage  des  noiis  dans  les  colonies, 
vous  les  vojez  lout-à-coup  changer  de  langage  î 
Ecoutez  ces  chenapans ,  point  cl  esclavage  point: 
de  colonie  !  la  terre  des  Antilles  ne  peut-être  cul- 
tivée que  par  des  nègres  ;  ils  sont  déjà  habitués 
en  Afrique  dans  fardeur  du  soleil  ;  eux  seuls 
peuvent  résister  aux  travaux  de  la  culture,  Teu- 
ropéen  ne  pourrait  y  tenir ,  il  succomberait 
bientôt  sous  l'influence  du  climat  et  du  travail  î 
C'est  alors  qu'ils  se  souv-enneni  de  nus  pénibles 
labeurs;  qu'ils  récapitulent  la  masse  d'or  qu'ils 
pouvaient  extraire  de  notre  sang,  pendant  les  dix 
années  de  vie  et  de  tortures,  qui  étaient  le  ferme 
supposé  de  notre  existence  ;  noJre  g-nre  de  vie  , 
trois  heures  de  sommeil  dans  les  v'rngt-quatre 
heures,  pour  habillement  quelques  haillons  , 
pour  nourriture  quelques  racines  cultivées  sur  le 
lerrein  le  plus  ingrat  de  l'habitaiion  ,  dans  nos 
heures  de  repos  j  tout  bien  récapitulé ,  les  colons 


<    3r    ) 

«uppufent  ensuite  ce  que  le  travail  d'un  blano 
pourrait  leur  rendre  ,  le  pécule  qu'il  faudrait  lui 
donner,  les  heures  du  repos,  les  vêiemens,  un© 
nouirilure  plus  saine  et  plus  abondante;  et  ce  qui 
est  bien  plus  cruel  pour  un  colon,  c'est  d'être  obligé 
de  traiter  le  blanc  avec  un  peu  plus  d'humanité 
que  le  nègre,  de  ne  pouvoir  le  torturer  suivant 
ses  caprices  ;  tout  bien  compté  et  mûrement  rèflé^ 
chi ,  il  lexir  faut  des  nèo;i  es  ,  des  esclaves  ;  pouc 
en  avoir,  il  n'est  point  de  calomnies,  de  subfer* 
fuges  et  de  mensonges  que  ces  odieux  brigands 
n'inventent  pour  obscurcir  la  vérifë ,  afin  de  per* 
pëtuer  leur  abominable  système  colo^Vial  î 

G*est  ainsi  que  Mazères  ,  après  avoi»  fai(  tous 
ses  efforts,  en  employant  le  raisonnement  le  plus 
absurde  pour  nier  Tidenlité  de  l'espèce  humaine, 
veut  encore  que  les  africains  de  la  parlie  septen- 
tiionale  de  PAfrique  soient  d'une  autre  espèce 
que  les  africains  de  la  partie  méridionale. 

Ainsi  après  avoir  prouve  l'identité  des  nèo-res 
avec  les  blancs,  il  me  faudrait  encore  prouvée 
ridenîîîé  des  africaiîis  avec  les  nègres,  et  proba- 
blement aussi  l'identi.é  des  haytiens  avec  ces  der- 
niers ;  quant  à  moi ,  ayant  reçu  le  jour  d'une  afiî* 
caine,  je  me  crois  très-idenfifië  avec  les  africains  ; 
j'aurai  désire  que  Mazères  nous  eut  démontré  sî 
ks  peuples  du  midi  de  l'Europe  forment  une  espèce 


t      32     ) 

partîculîèt'e  d'avec  les  peuples  du  Nord  ,  s'il  3^ 
a  identiie  eviive  les  fiançais  et  les  laponais,  et 
les  espagfiols  avec  les  russes  ;  quels  mibérables 
sophismes  !  quelles  puëiilitës  !  Mazèses  a  cru  , 
sans  doute,  par  ses  subrerfuges,  éviierJes  objections 
que  l'on  pourrait  lui  faire  sur  l'anciônt^e  civilisa- 
tion des  peuples  de  îa  partie  septentrionale  de 
TAfiique,  ou  bien  comme  il  y  a  encore  des  nations 
de  TEurope  qui  font  Fodieux  trafic  des  hommes; 
et  comme  elles  ne  peuvent  pas  faire  la  traite  des 
égyptiens,  ni  des  marocains,  il  importe  peu  aux 
€x-colons  de  îeuu  attribuer  quelques  facultés  et 
d'en  faire  une  espèce  séparée  des  habitans  do 
Sénégal,  du  Monomotapa  et  du  Zanguebar,  qui 
sont  selon  eux  des  brutes  propres  à  faire  des 
esclaves  ! 

Les  ennemis  des  tifricains  veulent  persuader 
que  depuis  cirjq  à  six  mille  ans  (|iie  le  monde 
existe  l'Afiique  a  JouioAirs  été  plongée  dar.s  ia 
barbarie,  el  ime  Pesât  criViOianee  esi  iiihérent  à  la 
raUire  de  ces  h<iblt3'is.  0»u-i!>  floue  oublié  que 
l'Af  ique  a  été  le  berceau  des  sciences  et  des  arts? 
s'ils  feignent  de  l'oublier  ,  c'est  à  nous  de  les  en 
faire  ressouvenir  ! 

Je  ne  ferai  qu'une  esquisse  rapide  de  riiîsîoîrs  , 
pour  y  puiser  les  cirgomens  et  les  rapprochemens 

qui 


(  53  ) 
qiiî  me  sont  nécessaires  pour  réfuter  les  calom- 
nies des  ex- colons  ;  malgré  que  je  n'aie  pas  eu  le 
bonheur  de  faire  mes  études ,  comme  ce  fat  d@ 
Mazères  ;  sans  avoir  été  en  sixième ,  je  crois  que 
rhistoire  de  l'homme  ,  aux  yeux  du  philosophe  , 
à  quelques  exceptions  près ,  est  pour  ainsi  dire  la 
même ,  dans  tous  les  temps ,  tous  Içs  âges ,  et 
dans  les  diverses  régions  du  monde» 

D'abord  l'on  voit  que  les  pays  les  plus  voisins 
du  berceau  du  genre  humain  furent  les  premiers 
peuplés  et  les  premiers  civilisés  ;  les  peuples  se 
communiquèrent  ensuite  de  proche  en  proche  les 
premiers  rayons  des  lumières  :  chez  les  premiers 
Ton  voit  briller  déjà  les  sciences  et  les  arts,  et  chez 
les  autres  quelques  étincelles  ,  tandis  que  tout^ 
la  terre  était  couveiie  d'épaisses  ténèbres,  et  raêm@ 
encore  ignorée  des  hommes.  L'on  voit  le  Eam- 
beau  des  lumières  parcourant  le  globe ,  s'allumer 
pour  des  peuples  et  s'éteindre  pour  d'autres  ; 
des  empires  puissans  s'élever  et  disparaire  ;  les 
peuples  succombant  les  uns  les  autres ,  montrer 
ainsi  à  nos  yeux  des  exemples  frappans  sur  Tinsta* 
biiité  des  choses  humaines  !  D  après  la  version  des 
Septante,  il  y  avait  déjà  i656  années  qu'une  par- 
lie  de  l'Asie  et  de  l'Afrique  était  peuplée,  qu3 
rEuropç  était  eucorç  inconnue  aux  hommes  ;  ce 


(    34    ) 

FîVsf  qu'après  îe  déluge,  que  des  trois  enfans  de 
Nûé  sont  sorties  foules  les  nations  qui  peuplèrent 
îa  terre,  Se?n  TAsie,  C/Wz/z l'Afrique,  et  Japheù 
l'Europe  ;  suivant  les  annales  et  les  traditions  de 
tous  l«iîs  peuples,  l'Egjpîe  fut  le  premier  pays 
civilise  du  monde  ,  et  îe  berceau  des  sciences 
et  des  arîs  ,  ce  Cesù  de  ce  foyer  primitif,  dit 
M.  Lesage  ,  d'oij  bien  cerlaiiteinent  est  parti 
Féiiticelle  antique ,  qui  par  la  suite  dts  siècles  â 
engendré  toule  la  masse  de  lumière  qui  éclaîrô 
aujourd'hui  Tturope  », 

Tout  ie  rponde  sait  cjue  les  grecs  si  polis ,  ces 
modèles  du  goû»  ëtaieni  dans  îa  plus  grossière 
ignorance,  qu'ils  se  nourrissaient  d'hejbes  et  de 
giaîîds  à  riiriication  des  bêtes,  lorsqu'ils  furent 
civilises  par  dt's  colonies  égyptiennes  ;  alors  tout 
îe  res^e  de  FEarope  était  encore  inconnu  et  les 
peuples  qui  l'habifaient  étaient  cerîainement  aussi 
îjar bores  ,  aussi  igrîorans  ,  aussi  abrutis  que  le 
sont  peui-êtie  aujourd'hui  les  peuples  du  Eenin ^ 
do  Zangnebar  et  ûi\  Monomotapa. 

Mais  Iiiachus ,  Cecrops  et  Lelex,  au  Jieu  de 
faire  la  traire  d 's  blancs,  en  enseignant  aux  grecs 
le  vol ,  le  pillage  et  l'incendie  ,  au  lieu  de  leup 
fourî)ir  des  armes,  des  munitions  de  guerre  ,  des 
liqueurs  fortes  pour  égarer  leurs  rai-^ons  et  les  por- 
ter à  se  vendre  It^  uns  ks  auties  j  au  lieu,  dis-je^ 


(    35    ) 

de  les  exciter  à  ce  tradc  inhumain  ,  leur  appor* 
teietu  ie  bic  ,  leur  enseignèrent  lagricuiture  , 
îes  sciences  el  ies  aUs  des  egjpiiens  ;  au  lieu  de 
disculer  avec  ces  grecs  ignorans  pour  leur  démon- 
trer leurs  iiiieriori  es  physiques  el  morales,  ils  leur 
enseignèrent  à  les  iuiiter  dans  Fan  de  la  société,  et 
lîientô  même  à  les  surpasser  î  Athènes,  Sparte  „ 
Gorinthe  florissaient  que  le  reste  de  l'Euiope  étais 
encore  barbare. 

Vers  la  iîn  du  9^""®  biècle,  avant  Jésus-Ghrisf , 
tine  colonie  Tyrienne  ,  fondée  par  Didon  ,  blîit 
Carihage;  et  i38  ans  après ,  Rome,  ceite  maî- 
tresse du.  monde  ,  fui  fondée  par  une  poignée 
de  brigands  ;  les  romains  se  modelèrent  sur  les 
^grecs  ;  les  décemvirs  lédigèrent ,  les  lois  des  XII 
tables  sur  celles  des  athéniens,  qui  sont  le  fonde- 
ment du  droit  romain  ;  de  FLaiie  les  lumières 
■pas.sèrent  lentement  dans  les  Gaules,  qui  furent 
domptées  par  Jules  César,  ian  696  de  Rome ^ 
et  58  ans  avant  Jësus^Ghrist. 

Alors  les  gaulois,  comme  la  plupart  des  euro- 
•péens,élaiem  encore  idolâtre?,  plongés  dans  la  plus 
crasse  ignorance,  pratiquant  des  coutumes  supers- 
titieuses ei  barbares;  le  monde,  cependant ,  avait 
oéja  près  de  4oooans  d  existence,  et  ces  peuples  de 
1  i!iUrope  n  avaient  pu  recueillir  une  seule  élir.celle 
,  de  lumièi'ej  valnemenù  une  ceinture  de  cwili- 


(■'wn 


m 


i   3ro   ) 

Wallon  la  bordait  dans  sa  partie  méridionale^ 
îa  iuraière  ne  pouvait  pénéirec  dans  les  sombres 
forêts  des  Gaules  et  dans  fesprit  de  ses  grossiers 
liabilans.  Les  éthiopiens  ,  les  égyptiens ,  les  phe- 
lîicieos  ,  les  carthaginois  ,  les  grecs,  les  romains 
civaient  fait  relenlir  le  monde  du  bruit  de  leur 
sagesse  ,   de  leurs  lois  et  de  leur  gouvernement, 
ique  les  gaulois  dîaîesit  encore  demeures  dans  leuc 
Ignorance  primitive.  D'immenses  forêts,  des  hau- 
tes montagnes  ,  le  passage  des  lacs,  des  fleuves  » 
la  rigueur  des  climats  froids  ,  la   barbarie  des 
peuples  arrêtaient  l'introduction  des  lumières  dans 
Je  nord  de  l'Europe  ;  tandis  que  des  causes  diffé- 
rentes ,  mais  d'une  même  nature,  empêchaient 
la  civilisation  des  peuples  du  midi  de  l'Afrique, 
Il  était  très-difflciie  aux  égyptiens  et  aux  car- 
thaginois de  communiquer  avec  les  nations  afri- 
caines du  midi ,   qui  sont    séparées  d'eux    par 
l'immense  désert  du  Sahara  \    la   difficulté  de 
traverser  ces  sables  mouvans  qui  engloutissent 
quelquefois  des  caravanes  entières  ,   le   défaut 
d'eau  et  de  subsistance ,  sous  un  soleil  brûlant , 
étaient   autant  d'obstacles  qu'il  fallait  franchir  ; 
c'est  ce  qui  engagea  sans  doute  les  carthaginois 
d'envoyer  des  colonies  par  mer  sur  les  cotes  de 
rOcéan.  lîanori  par  ordre  du  sénat  de  Garthage 
i'epandit  3Q,oaQ  cariliagincis  depuis  les  colcnnes- 


(    37    5 

^'Hercule  jusqu'à  Gevné  .  au  25"  degré  âe 
latitude  Nord  ,  c'est-à-dire  jusqu'au  Cap  de  Bada- 
jor,  limite  de  la  navigation  des  anciens  dans  cette 
partie  de  l'Afrique. 

«  C'est  un  beau  morceau  de  l'antiquîté  que  la 
relation  d'Haiion  ,  dit  Mosatesquieu  ,  les  choses 
sont  comme  le  style  ,  il  ne  donne  ponU  dans  le 
merveilleux  :  tout  ce  qu'il  dit  du  climat ,  du  îerrein , 
des  mœurs  ,  des  manières  des  habita ns  se  rap- 
porte à  ce  qu'on  voit  aujourd'hui  dans  cette  côte 
d'Afrique  ;  il  semble  [  dit-il  ]  que  c'est  le  journal 
d'un  de  nos  navigateurs» 

»  Les  carthaginois  ,  continue  Montesquieu  , 
étaient  sur  le  chemin  des  richesses ,  et  s'ils  avaient 
été  jusqu'au  4^  degré  de  latitude  Nord  et  au  î5^ 
de  longitude ,  ils  auraient  découvert  la  Côte-d'Oc 
et  les  côtes  voisines.  Ils  y  auraient  fait  un  com^ 
merce  de  foute  autre  importance  que  celui  qu'on 
y  fait  aujourd'hui;  que  TAmërique  semble  avoir 
avili  les  richesses  de  tous  les  autres  pays  ;  ils  y 
auraient  trouvé  des  trésors  qui  ne  pouvaient  être 
enlevés  par  les  romains  ». 

Les  ex-colons  voyent  le  mépris  que  Montes- 
quieu avait  pour  la  traiîe  des  nègres  ,  qui  a  avili 
£  dit-il  ]  les  richesses  de  tous  les  autres  pays  ; 
Mazères ,  qui  s'appuie  souvent  sur  le  témoignage 
deMoii^esquîeu,  ne  recasera  pascelui-ci  sans  doute. 


m 


20 


f    33    > 

Je  croîs  cps  la  d-sti  action  de  Cartiiaae  ,  pai* 
les  ro  iiains  ,  est  une  des  principales  causes  qui  ait 
cmoechë  que  rÂfrique  ne  fû^  enlièremPTi?  civi- 
lisée, joinl  à  rir. vision  des  barbares  dn  Nord, 

«  C'est  aa  commencernent  du  cinquième 
Siècle ,  dit  M.  Lesage  ,  dans  son  savant  onvrage, 
que  le  pied  barbare  foula  pour  la  première  Ajjs 
cette  terre  embellie  par  plusieurs  siècles  de  civi- 
li&ation.  Gen.sëric  avec  les  vandales  ,  en  cha  sa 
îes  romaiîjs  et  bâdt  son  trône  sur  Mes  ruines 
ïiaênies  de  rancienne  Cartilage.  Mais  si  les  van- 
dales arrachèrent  l'Afrique  à  l'empire  d-Qc- 
cîdenî  ,  ils  s'en  virent  dépouiller  à  leur  tour  par 
Fempîre  d'Orient  ,  qui  jetta  uri  lusue  éphémère 
sous  le  génie  du  célèbre  et  malheureux  Bélisaire. 
Ce  dernier  triomphe  ne  fut  pas  long,  et  l'Afiiqu'é 
ëchappa  de  nouveau  à  la  civiiisaion  ,  pour  ren^ 
trer  encore  dans  la  possession  des  barbares.  Elle 
avait  succombe  d'abord  sous  une  invasioîi  du 
!Nordi  celte  fois  ce  Fut  sous  une  invasion  du  Midi , 
sous  les  terribles  Sarrasiiis  qui  faisaient  (ouï 
plier  ,  sous  leur  fanatisme  et  leur  courage  ^>. 

L'établissement  du  mahcmélisme  ,  l'incendie 
de  la  bibliolbèque  d'Alexandrie  ,  brû  ée  par 
Omar  ,  achevèrent  de  détruire  les  restes  de  l'an- 
cienne civilisa:ion  africaine;  les  muses  effrayées 
prirent  la   fuite  ;    les  lettres  disbarureol  ,    les 


(    Sg    ) 

«nonumens  furept  détruits  et  muriles  ;  la  lumière 
morale  sëleîgnit  ;  et  rinvenlîoii  de  la  traite ,  ce£ 
odieux  trafic,  de  critries  et  de  sang,  vint  mettre 
le  comble  aux  grandes  calamités  qu'avait  déjà 
éprouvé  cel.e  n^aUieuieuse  contrée. 

T.^ndis  q?ie  rignoiance  couvialt  de  son  voile 
lugub.e  celte  antifjue  patrie  des  sciences  et  des 
arts,  l'Europe  plus  heureuse  soulevait  son  ban- 
deau :  uidés  par  les  lumières  du  chrisûanisme,  I© 
grand  Aified  ei  ChaileraagFie  commencèrent  à 
policer  îpnr  p-euple  ;  parlerai  je  des  époques  célè* 
bres  de  Léoîi  le  Grand  ,  dei  Medicis  ,  ces  immou* 
tels  pro'ecieurs  des  sciences  et  des  arts  ?  Pierre  le 
Grand,  au  17^  siècle,  vint  encore  ajouter  îa 
Russie  à  la  civilisation  euro|:ëenne. 

Malgré  le  témoignage  de  l'hisfoire,  tous  !es 
calomniateurs  des  noirs  indistinctement  affir- 
ment  que  l'ignorance  et  îa  barbarie  sont  des 
vices  inhérens  à  la  nature  des  africains  ;  ils  diseoÊ 
que  de  tout  temps  ,  cette  partie  du  globe  eut  des 
esclaves  ;  que  ce  fléau  est  indigène  à  cette  terra 
de  malédieiion.  Os  indignes  enfansde  Japhet  ^, 
oubliaiU  ainsi  leur  propre  histoire  ,  calomnient 
\2m%  frères  ,  et  leur  rt^pr.)elie  cet  e^at  d'ignorance 
et  de  barbarie  dans  ieqoei  ils  ont  été  ploop-éa 
eux  mêmes  pendanl  phis  de  cinq  mille  ans.    "^ 

1)5  :out  ttrmps,  diseru:-ils  ,  il  j  eut  des  esclaves 
m  Aliiuae  ;  mais  û  j  m.  eut  aassi  de  IquI  tempi 


2'/ 


en  Europe ,  et  îl  en  existent  encore  ;  les  grecs  ,  les 
romains,  les  gaulois,  ies  germains,  tous  les  peuples 
eurent  des  esclaves  ;  le  son  affreux  des  illoîes  dans 
l'ancienne  Grèce  nous   représente  assez  quelle 
était  notre  situation  dans  ce  pays ,  sous  rabumî- 
nable  régime  colonial.  Pourquoi  reprochent  -  ils 
aux  africains  leur  barbarie  et  leur  ignorance  ? 
Les  européens  n  ont-ils  pas  été  également  igno- 
rans  et  barbares  avant  d'être  civilisés  ?   Malgré 
que  les  assertions  des  ex -colons  doivent  nous  être 
bien  suspectes ,  surtout  celles  ^wn   Paiissot  de 
Beauvois  qui  a  eu  l'infamie  de  nous  ranger  dans 
la  classe  des  orang-ouiangs ,  et  qui  n'a  jamais 
bessé   de  nous  calomnier  ;   il   est  possible  qu'il 
existe  encore  chez  plusieurs  peuple^i  de  l'Afrique 
des    coutumes    superstitieuses  eî  barbares  ;     il 
est    possible    que   les  béniniens    sacrifient     des 
victimes    humaines  ,    et   que     d'autres    nations 
massacrent   leurs   prisonniers  ;    je    suis  loin    de 
vouloir  diminuer  l'horreur  qu'inspirent  ces  mons- 
trueuses   pratiques  ,  et  mon  cœur    en    gémit  ; 
xnais  c'est  le  résultat  de  la  profonde  ignorance  de 
ces  peuples ,  et  ce  n'est  que  par  le  secours  de  la 
civilisation  que  Ton  pourra   les  faire  disparaître 
successivement. 

Il  est  bien  étonnant  que  les  ex  colons  veulent 
iuo^ec  ks  africains  sur  quelques  traits  de  supersti- 
*  ^  lion 


(    4ï    ) 

tîon  et  de  barbarie ,  s'ils  avalent  îeié  m  coHpN 
d  œil  sur  l'histoire  et  sur  eux-mêmes  ,  ils  auraîeni 
eu  la  conviction  que  ce  n'est  pas  seulement 
les  nègres  qui  ont  été  îgnorans  ,  superstitieux  , 
cruels  et  barbares  ,  mais  que  les  blancs  l'ont  été 
également  ;  je  retrouve  chez  les  européens  les 
înêraes  pratiques  superstiiieuses  et  barbares  que 
les  ex-colons  reprochent  aux  africains  ;  il  n'est  pas 
même  jusqu'à  Te'preuve  à  l'eau  rouge  du  roi  ds 
Sherbro  qui  se  trouve  dans  la  loi  Salique  ,  qui 
admettait  l'usage  de  la  preuve  par  l'eau  bouil- 
lante ,  ensuite  vint  la  preuve  par  le  combal 
judiciaire. 

Faut-il  que  ce  soit  un  insulaire  illetré  qui  leuB 
rappelle  sans  cesse  l'histoire  du  genre  humain  ? 

Dans  les  premiers  âges  du  monde  les  of- 
frandes étaient  simples  ;  les  premiers  hommes  p 
ait  Porphire,  ne  sacrifiaient  que  de  l'herbe  ; 
lorsqu'ils  furent  livrés  à  Fagriculture,  les  pré*- 
mices  des  récoltes  et  les  plus  beaux  fruits  de  la 
terre  étaient  offerts  à  la  divinité  ;  par  la  suite  , 
on  immola  des  animaux  ;  ces  sacrifices  se  muiti* 
plièi^ent;  et  dans  les  calamités  publiques ,  ce  sang 
paraissant  trop  vil  ,  on  fit  couler  celui  des 
hommes;  cet  usage  barbare  et  presque  uni  versai 
remonte  à  la  plus  haute  antiquité. 

'       E       ' 


20 


( 


) 


tes  gaulois  aussi  bien  que  les  autres  peuples 
Se  i'Europe  ëtaienl  livres  à  ces  pratiques  supers- 
fitieuses  et  barbares  ;  les  plus  solennelles  de 
toutes  les  cérémonies  des  druides  étaient  celles  d© 
cueillir  le  gui  de  chêne.  Je  vais  rapporter  quel- 
dues  unes  des  principales  maximes  des  druides  » 
qui  ont  été  conservées  par  la  tradition ,  parc® 
qu'ils  ne  les  ëcrivaieni  jamais. 

«  Le  gui  doit  être  cueilli  avec  un  grand  res- 
pect ,  toujours  s*il  est  possible ,  le  dixième  jour  de 
la  lune ,  et  il  faut  se  servir  d'une  faucille  d  oï 
pour  le  couper. 

»  Dans  les  occasions  extraordinaires  ,  il  faut 
immoler  un  homme.  On  pourra  prédire  l'avenic 
selon  que  le  corps  tombera  ,  selon  que  son  sang 
coulera  ,  ou  selon  que  la  plaie  s'ouvrira. 

»  Les  prisoniiiers  de  guerre  doivent  ê(re  im- 
moiës  sur  des  auiels,  ou  être  renfermés  dans  des 
paniers  d'osier ,  pour  être  biûlés  vifs  en  ilionneui; 
des  dieux. 

»  Tous  les  pères  de  famille  son  rois  dans  feurs 
maisons  ;  ils  ont  puissance  de  vie  et  de  mort  suu 
leurs  femmes,  leurs  enfans  et  leurs  esclaves  ». 

Telles  étaient  les  horribles  maximes  des  prêtres 
gaulois;  ils  sacrilidient  des  victimes  humaines  à 
Esus  eî  k  Teutatès;  ils  massacraient  et  brûlaient 
kurs  prisonniers  de    gueu^e  daus  des   paniers 


(    43    ) 

d'osîer  ;  les  pères  de  familie  exerçaient  riiorrîbl© 
pouvoir  de  vie  et  de  mort  sur  leurs  femmes  ,  leurs 
enfans  et  leurs  esclaves.  Cette  dëgradalion ,  dans 
laquelle  les  gaulois  étaient  plongés ,  est  attestée 
par  César,  Tacite,  Lactance  et  Lucain.  Ce  fut 
sous  l'empire  de  Claude ,  fan  5o  de  Jésus-Christ , 
que  ces  abominables  coutumes  furent  abolies  ;  et 
Tordre  des  druides  né  cessa  d'exister  qu'au  temps 
oii  le  christianisme  triompha  entièrement  des 
superstitions  des  gaulois. 

Les  peuples  du  Nord  qui  reçurent  plus  tard  les 

lumières  conservèrent  ces  monstrueuses  pratiques 

jusqa  au  neuvième  siècle  ;  ils  ignoraient  encore 

les  arts  qui  avaient  adouci  les  njœars  des  grecs  et 

des  romains.   Les  peuples  du  Nord  croyaient  que 

le  nombre  trois  était  chéri  des  dieux  ;   chaque 

neuvième  mois ,  ou  trois  fois  trois ,  on  renouvelait 

les  grands  sacrifices  ;  ils  duraient  neuf  jours ,  et 

Ton  immolait  neuf  victimes  ,  soit  hommes  ,  soit 

animaux. 

Dans  les  temps  de  guerre ,  on  choisissait  les 
victimes  parmi  les  captifs;  et  pendant  la  paix , 
parmi  les  criminels.  Neuf  personnes  étaient  im- 
molées; la  volonîé  des  assistans  et  le  sort  combiîsés 
ensemble  réglaient  le  choix  ;  les  malheureux  qu@ 
désignait  le  sort  étaient  traités  avec  tant  d'honneur 
par  rassemblée  ,  on  leur  prodiguait  teiiemeiU  ck 


C    44    ) 
caresses  ei  de  promesses  pour  la  vie  à  venîr , 
qu'ils  se  fëlicitaienr  quelquefois  eux-mêmes  de 
leur  deshnée.   Le  choi;^  ne  tombait  pas  îouiours 
sur  un  sang  vil  ;  plus  les  victimes  étaient  chères  , 
plus  on  ciojair  racheter  îa  bienveillance  divine! 
L'histoire  du  Nord  est  féconde  en  exemples  de 
rois  et  de  pères  qui  ont  fait  taire  la  nature  pour 
obéir  à  cette  coutume  barbare. 
^  Lorsque  Ion  immolait  des  hommes,  ceux  que 
l'on  choisissait  étaient  couehës  sur  une  grande 
pierre  ,  où  ils  étaient  étouffés  ou  écrasés  ;  quel- 
quefois on  faisait  couler  leur  sang  ,  et  l'impétuo- 
sité avec  laquelle  il  jaillissait  était Vuades  présage 
les  pi -s  respectés  ;  on  ouvrait  aussi  le  corps  de 
ces  victimes  pour  consulter  leurs  entrailles,  et 
démêler  dans  leurs  cœurs  la  volonté  des  dieux  , 
les  biens  et  les  maux  à  venir.  Les  tristes  restes  des 
objets  sacrifiés  étaient  ensuite  brûlés  ou  suspendus 
dans  un  bois  sacré ,  voisin  du  temple  ;  on  répan- 
dait le  sang  en  partie  sur  le  peuple ,  en  partie  sur 
le  bois  sacré  ;  on  en  arrosait  les  images  des  dieux  , 
les  autels ,  les  bancs  el  les  murs  du  temple  au 
dedans  el  au  dehors. 

Pies  du  temple  était  un  puits  ou  une  source 
profonde ,  on  y  précipitait  quelquefois  une  vie 
lime  dévouée  à  Frigga^  déesse  de  la  terre  ;  elle 
«tait  ^gcéabk  à  la  déesss ,  si  tW^  allait  prompt^- 


X    45    1 

ment  au  fond ,  îa  dëesse  alors  l'avast  reçue.  Dao5 
le  cas  contraire ,  la  déesse  la  refusait,  et  on  la  sus* 
pendait  dansîa  forêt  sacrée.  Près  du  temple  d'Up- 
sal ,  on  voyait  un  bois  de  cette  espèce,  dont 
chaque  arbre  et  chaque  fruit  étaient  regardés 
comme  la  chose  la  plus  sainte  ;  ce  bois,  nommé 
le  bois  anodin  ,  était  rempli  des  corps  des 
hommes  et  d*:'S  animaux  que  Ton  avait  sacrifié  ; 
on  les  enlevait  quelquefois  pour  les  brûler  en 
riiooneur  de  Thoj'  ou  le  soleil,  et  Ton  ne  doutak 
pas  que  Tholocauste  ne  lui  eut  été  agréable  ,  lors- 
que la  fumée  s'élevait  directement  ;  lorsque  Ton 
immolait  une  victime ,  le  prêtre  disait  :  Je  t& 
dé^^oue  à  Odin,  je  t^ envole  à  Odin,  ou  je  te 
dévoue  pour  la  honne  récolte,  pour  le  retour 
de  la  bonne  saison  ;  la  cérémonie  se  terminait 
par  des  festins  où  Ton  déployait  toute  la  magni- 
ficence connue  dans  ces  temps-là.  Les  rois  et  les 
principaux  seigneurs  portaient  les  premiers  des 
santés  ou  saints  en  l'honneur  des  dieux  ;  chacun 
buvait  ensuite  en  faisant  sa  prière  et  son  vœu, 

C'en  est  assez  pour  les  ex- colons ,  que  Mazères 
et  Pallissot  de  Beauvois  étudient  l'histoire  de 
leurs  ancêtres  ,  dans  laquelle  nous  avons  puisé 
ces  faits ,  et  ils  cesseront  de  s'étonner  de  Tigno- 
rance  superstitieuse  et  barbare  des  africains  ;  ils 
classeront, dis-je, de  s'étonner,  que  Jabou  capi- 


I 


(    4S    ) 

laînp  des  (i^ardes  dn  "Roi  »ie  Benîn  ,  ait  sacrifié 
trois  hommes  dans  vue  fête ,  où  Pallissot  de 
Beau  vois  a  assis' ë-,  n'esî-il  pas  même  uès  -  pro- 
bable que  Fallis>^oî  de  Beauvois  ait  contribué 
pour  qyelq»^-e  chose  dans  cethonible  saciiiice, 
en  ïonml^sant  àJaboii  dei?  hqueurs  fortes  pouc 
Fenoivrer ,  et  en  ëg^aranî  sa  raison,  le  porter  à  haï 
procurer  quelques  esclaves  ?  Je  suis  d'auîant  pins 
fonde  dans  cette  assertion  ,  que  Paliissot  de  Beau- 
Tois  dît  que  Jabou  avait  un  grand  nombre 
d'esclaves ,  et  ce  ne  pouvait  êlre  que  dans  l'inlen- 
tîon  d'en  obtenir  ,  que  Pâlis&ot  se  trouvait 
chez  le  capitaine  des  gardes  do  Roi  de  Bénin  ; 
il  aurait  dû  au  moins  par  humanité  acheter 
ces  trois  vicûmes,  et  empêcher  son  hôte  de  com- 
mettre ce  crime  horrible  1 

Il  appariient  bien  aux  ex-co!ons  et  aux  mar- 
chands et  trafiquans  dechair  humaine,  de  vouloir 
décrire  les  mauvais  traiiemevs  que  les  afiicains 
iofnorans  font  éprouvera  leursii3!or. unes  esclaves; 
quand  eux-mêmes  ([ui  sont  civilisés,  et  qui  ont  reçu 
des  lumières  ,  ont  exercé  les  cruautés  les  plus 
înouies  sur  les  malheureux  esclaves;  qu'ils  jettent 
un  ref^ard  sur  les  horreurs  de  !a  traite  et  sur  les 
crimes  dont  ils  se  sont  rendus  coupables  dans  les 
colonies  ,  et  ils  verront  comme  ils  sont  double- 
SBeot  odieux  de  calomnier  ces  infortimés  afi> 


(    47   V 

caîns  !  ce  sont  ces  hommes  de  sang,  ces  es* 
colons,  couverts  de  ciioles,  qui  osent  encore  nous 
calomnier  ;  c'est  eux ,  comme  le  dit  M.  Sismonda 
de  Sismondi ,  qtti  reprochent  aujourd'hui  aus 
africains  ia  barbarie  qu'ils  ont  créée  ;  ils  veulent 
qa'ori  juge  ces  peuples  sur  les  crimes  qu'ils  ont 
exci.és  et  qu'ils  onl  payes  î 

Ecoutez  le  langage  de  ce  fourbe  de  Mazères  9 
considérez  l'Afrique ,  dit-il,  considértz  son  inal- 
térable, je  dirai  presque  son  ineffaçable  barbaries 
qu'a-t^tlle  fait  ?  Qu'a-î-elie  imagioé  ?  Qu'a-t-elk 
perfectionné  ?  lorsque  la  lumière  européenne 
briUait  par  (orrens  sur  ses  bords  médilerianéens , 
et  depuis  qu'elle  en  reçoit  les  rayons  affaiblis  pas 
des  voies  si  nombreuses  i 

OSa  t-elle  fait  ,  ose  demander  cet  impudent  , 
lorsque  les  lumières  brillaient  par  torrens  sur  ses 
bords  africains  ?  Ce  qu  elle  a  Fait  t  elle  a  civilisé 
l'Europe ,  et  c'est  à  la  race  nègre  ,  aujourd'hui 
esclave,  dit  Volney  ,  que  les  européens  dolvenl 
les  arts  et  les  sciences,  et  jusqu'à  Fart  de  la  parole  ! 

Je  demande  à  mon  tour ,  depuis  que  rEurop©, 
civilisée  est  devenue  la  paUie  des  sciences  et  des 
arts,  depuis  qa^elle  a  élé  éclairée  des  lumièi-es  du 
chnsiianisme  ,  qui  enseignent  aux  hommes  la 
charité  ,  rhamanîté  envers  leurs  prochains ,  qu'a- 
â^ellô  fait  pour  civiliser  l'Afrique ,  cette  cgntréa 


'*^ 


(  48  ) 

înfortanée  que  ce  monstre  de  Mazères  à  Fîmpu^ 
deur  d'appeller  une  terre  de  malëdiction  ?  Ce 
que  l'Europe  a  fait  !  elle  a  ëtabii  cet  effroyable 
commerce  d'hommes  qui  a  corrompu  la  popula- 
liou  africaine  ;  les  progrès  de  la  vie  sociale , 
l'agiiculture  ,  la  morale ,  les  lumières  ont  été 
étouffés  par  les  effets  de  cet  odieux  trafic  ;  elle 
a  fait  naître  la  désolation  ,  la  barbarie  et  tous  les 
genres  de  crimes  et  de  brigandages  auxqu  els  la 
société  humaine  puisse  être  réduite  i  les  larmes  , 
la  misère ,  le  sang  des  africains  crient  vengeance 
et  demandent  justice  à  la  nature  entière  î  et  les 
auteurs  de  leurs  maux  osent  dire  (jue  ï Afritjue  a 
résisté  aux  enseignemens  de  la  nature,  comme 
à  ceux  des  hommes^  lorsque  la  lumière  euro- 
fêenne  brillait  par  torrens  sur  ses  bords  mé- 
diterranéens, et  depuis  quelle  en  reçoit  les 
rayons  affaiblis  par  des  voies  si  nombreuses. 

Grand  Dieu  !  quelle  lumière  î  quelles  voies 
pour  civiliser  et  éclaii^er  des  hommes  que  celles 
de  la  trai(e  ! 

Ce  comble  d'audace  et  de  méchanceté  soulève 
mon  âme  d'indignaîion  !...  Je  m'airêfe,  j'allais  mau- 
dire l'Europe  et  les  auteurs  de  cette  horrible  inven- 
don  :  généreux  Sismonde  deSismondi,  Wiiber- 
force,  Glarkson,  et  vous  tous  européens  sensibles 

et 


<    49    ) 

®f  verfueux  ;  rass«rPz--vous,  l'excès  des  maux  qu« 

nous  avons  éprouves  ne  peuvent  nous  rendre  nî 
injustes  ni  ingrats  ;  ce  n*est  qu'à  cette  classe 
dilemmes  féroces  et  barbares,  ennemis  du  genr0 
humain  ♦  que  je  puis  imputer  toutes  nos  infor*» 
tunes  ;  c'est  conlr'eux  seuls  que  je  dirige  mes 
ëcrîts;  ils  ont  pendant  assez  Ions; -temps  dénigré, 
calomnié  et  torturé  mes  semblables;  qu'il  me 
soit  donc  permis  d'user  envers  eux  du  juste  droil 
de  représailles,  en  repoussant  leurs  odifeuses  ca- 
lomnies; jamais ,  non  jamais ,  nous  ne  leur  dirons 
autant  d'injures,  ni  nous  leur  ferons  la  millième 
partie  des  maux  dont  ils  nous  odi  accablé  pendant 
des  siècles. 

Vils  calomniateurs  des  africains  ,  dites -nous 
qui  a  pu  donc  les  empêcher  de  se  livrer  aux  ensei- 
gnemens  de  la  naiure  et  des  horiunes  ,  si  ce  n'est 
votre  infâme  avarice  et  voie  cupidiié  ?  N'est=ce 
pas  vous  qui  les  avez  déïouiîié  des  douceurs 
de  la  vie  pastorale  et  agricole ,  pour  les  livrer 
à  la  plus  horrible  de  toutes  les  corruptions  1 
La  nature  a -t- elle  pu  jamais  enseigner  à  UA 
père  de  vendre  ses  enfans  »  et  à  ceux  -  ci  les 
auteurs  de  leurs  jours?  Frëlendez-vous  aussi  qu@ 
les  hommes  puissent  se  civiliser  et  s'éclairer  aveo 
de  pareik  iostituteurs  ,  lels  que  ces  barbares  , 

Q 


I  w  ; 


(50    ) 

marchands  et  trafiquans  c;le  chaîr  humaine  qui 
«nseîgnent ,  pour  préceptes  de  morale ,  aux  afii- 
cains  le  vol ,  le  pillage  et  Pincendie ,  qui  leur 
fournissent  au  lieu  de  livres  d  educafion  ,  des  li- 
queurs fortes  ,  des  verroteries  ,  des  armes  et  des 
munitions  de  guerre  pour  s'entre  détruire  ?  et  vous 
avez  encore  l'impudeur  de  parler  des  lumières 
européennes  qui  brillaient  par  torrens, dites-vous, 
8ur  ces  bords  africains?  ahî  ce  n'est  pas  ainsi 
<|ue  vos  barbares  ancêtres  ont  élé  civilisés  !  au 
lieu  de  ces  indignes  moyens,  lorsque  les  euro^ 
péens  auront  introduit  les  lunuères  dans  l'A- 
frique ,  en  y  envoyant  de  sa  vans  professeurs  et 
d'habiles  artistes  ;  lorsqu'ils  y  auront  fait  naître 
l*agricuîture,  Tindustrie»  les  sciences  et  les  arts, 
4Î  les  africains  ne  profîrent  pas  de  leurs  leçons  , 
en  s'éia.Mcant  dans  la  carrière  de  la  civilisation, 
alors  vous  pouirïirz  avoir  reiison  de  dire  que  nous 
sommes  d'une  es|.èce  inférieure  à  la  vôtre  ,  et 
nous  reco!inaî< lions  sans  murmurer  l'injustice  du 
sort.  Mais  non  ,  que  dis-je  f  la  gloire  immortelle 
de  civiliser  une  des  quatre  parties  du  monde, de 
rendre  cent  millions  d'africains  à  la  société  euro* 
péenne  ,  ce  grand  œuvre  qui  doit  surpasser  tout 
ce  que  les  peuples  des  temps  antiques  et  modernes 
ont  fait  de  grands  et  de  glorieux  ,  qui  doit  obs- 
curcir tous  les  genres  de  gloire ,  appartient  à  la 


(    5i    ) 

magnanime  et  généreuse  A  ngîeterre  !  cet  œntrrô 
grand  et  vraîment  sublime  est  déjà  commencé  !.*• 
Vaille  gloire  des  conqiïérans  disparaisse z  '.  Des» 
tructtuis  des  humains  humiliez  vous  !  vos  triom- 
jvhes  ont  éié  fleiiis ,  ils  sont  souillés  de  larmes  , 
de  crimes  et  de  sang ,  la  posiériié  les  condamne  ^ 
mais  la  vraie  gloire  ,  la  gloire  de  l'Angleterre  est 
éternelle  ,  et  ses  bienfaiis  survivront  encore  au^ 
bout  des  siècles  dans  la  mémoire  des  hommes  l     . 
«  Les  portugais ,  dit  Mjzères ,  ont  essayé  da 
policer  le  congo  au  moyen  du  christianisme;  le 
congo  est  resté  aussi  barbare  qu'il  l'étaic  lorscju'oa 
Y  fît  cet  essai,  TAbyssinie  a  reçu  le  chisûanisme^ 
il  est  dégénéré  au  point  d'être  méconnaissable  ». 
De  toutes  les  calomnies  des  ex-colons  «  rien 
n'égale  l'impudence  de  celle-ci.    Parce  que  le 
chf  is'ianisme  a   civilisé   TEurope  ,  il  aurait  dâ 
aussi  civiliser  l'AFriqne  et  rAmérique  :  mais  les 
blancs,  ont -ils  suivi  l'esprit  de  l'évangile  envers 
lesinforluiiéîs^fiicains  ei  américains  ?  Les  blancs 
n'ont  suivi  i'espvit  de  l'évringile  (lu'en  vers  les  blanCvS» 
et  le  chfissiaimme  a  civilisé  l  Enrojje;  sa  douceur, 
son  humanité  ,   sa   chariip  ouï  ado  ici  les  it  œurs 
^e  ses  barbares  habi«ans;  mais  l'avarice  ,  la  cupi« 
diié  ,  et  suro^at  le  fanatisme  des  européens ,  nous 
ont  fait  considérer  comms  des  bêtes  de  somme  | 
et  le  cUrisdaniâtîie ,  la  religion  d'un  Dieu  de  pai:^ 


(       S2       > 

éf'de  dianré,  a  é;ë  le  j/ré^exte  que  les  homme* 
se  sont  servi  poin*  exîei  rainer  les  infortunes  améri- 
caios,  Pi  pour  en  faire  des  chréiiens,  les  malhea- 
reux  africains  ont  ëlë  plonges  dans  le  plus  cruel 
esclavage.  C'est  ainsi  qu'ils  onî  déshonoré  le  chris» 
^aiïisme  au  Heu  d'avoir  ira  vaiyd  à  sa  propagation. 
1- L'auloi^ilë -.de  Montesquieu  '  ërant  d'un  grand 
poids  pour  les  ex  calons  ,  je  vais  rapporter  son 
opinion  à  cet  ëgard  i  ia  voici  : 

«  J'aimerais  autant  dire  que  la  religion  donnQ 
à 'ceux  qui  la  profejjseiiî  un  droit  de  téduite  en 
servitude  ceux  qoi  ne  la  professent  pas  ,  pont 
travailler  plus  aisément  à  la  propagation.  Ge  fut 
ceîfe  manière  de  penser  qui  encouragea  les 
destructeurs  de  l'Acriënque  dans  leurs  crimes. 
G*est  sur  cette  idée  qu'ils  fondèrent  le  droit  de 
rendre  tant  de  peuples  esclaves  ;  car  ces  brio-ands 
qui  voulaient  absolument  eue  chriiiens  é.aient 
trés-dëvots. 

»  Louis  XIII  se  fit  une  peine  extrême  de  la 
loi  qui  rendait  esclaves  les  nègres  de  ses  colonies  : 
mais  quand  on  lui  eut  bien  mis  de^ns  i'e.^pril  que 
c'ëtait  la  voie  la  plus  sure  pour  les  convenir,  il  y 
consentit  ».  On  peut  très -bien  présumer  que  ce 
fut  la  même  cause  qui  empêcha  d'abord  Louis 
XV m,  de  nos  jours  ,  d'abolir  la  traire  des  noirs. 
Je  vais  snûitïQ  sous  les  jeax  des  es -colons  des 


(    53    ) 

faîîs  qu'ils  ne  pourront  récuser  ;  Je  leur  ferai  vok 
comme  des  hommes  impies  et  pervers  se  sont 
servi  de  la   religion  pour  assoi»vi<  leurs  [abSj<:)iis 
effrënëes  er  persécuter  les  huraaiiis  î 
.    A  Hajii,  par  exemple  ,  sous  fa iTreux  régime 
colonial  ,   n'avions-nous  pas  des  prê'res  cadioli» 
ques  ,  apostoliques  et   romains  dans   toutes    les 
paroisses  de  la  colonie  ?  N'ëtiorjs-î joos  pas  aussi 
îgnorans  que  les  contas  et  les  abjssins  peuvent 
i'êire  f  Pourquoi   n'ëiions-nous  pas  polices  ,  nous 
professions  cependant  le  christianisme    ?    C'est 
parce  ciue  les  prêUes  étaient  autant  d  instrumens 
pajës  et  emploj^ës  par  les  ex-culoiss  pour  nous 
tePiir  dans  un  eîat  dVbjeciion ,  pour  LOas  empêcher 
de  secouer  le  joug  de  l'esclavage  ;  ces  pierres  nous 
représentaient  sans  cesisC  dans  leurs  seimons  que 
les  blancs  ëtaieîii  des  êtres  d'une  nature  su|jérii^ure 
à  la  nôu-e  ;  ils  nous  prêchaient  le  respect  j  la  sou- 
mission  ,   rhumaniLë  envers  les  blancs  ;  ils  rcus 
consolaient  des  tortures  et  des  châumens  que  nous 
éprouvions ,  en  nous  disant  qu'il  fallait  souffrir  et 
endurer  des  peines  dans  ce  mond«^,  pour  être  plus 
heureux  dans  l'autre  ;  ils  nous  façonnaient  ainsi 
dans  Tesclavage,  et  nous  accoutumaient  à  en  sup- 
porter le  joug.  Les  ex-colons  ne  dëménûiont  pas  la 
vëritë  de  ces  assertions;  ils  saveîil  très-bien  ïtiii" 
-pire  cj[u  avaient  alors  les  prêtres, et quelk  était  kus 


i 


(54    ) 

tîtîlîté  pour  les  ex-colonj.  ;  car  iîs  proposant  pncôrè 
dans  tous  leurs  ëen'ts,  comme  un  sûr  moy.-n  de 
nous  ramenei'  dans  Tesclavage  ,  de  nous  envoyer 
des  prêtres  pour  nous  enrraîner  cians  l'abîme,  sous 
le  manteau  respeciable  de  la  reiigiotj;  mais  qu'ils 
sachent  que  nous  avons  brisé  les  hocheis  de  la 
superstition  avec  les  chaînes  de  IVsclavage. 

Dans  les  pays  où  les  prêtres  trouvèrent  des  obs- 
tacles pour  asseoir  leur  puissance  ,  ils  devinrent 
întDlërans;ces  fanatiques,  s'ëloignant  de  la  morale 
évangëiique  de  notre  divin  sauveur  ,  jetèrent  le 
trouble  dans  les  familles  ,  excitèrent  les  guerres 
civiles  dans  les  royaumes;  pour  parvenir  à  se 
saisir  de  i'autoritë,  des  peuples  furent  extermines; 
d'autres  plushsureux,  fatigues  d'être  en  butie  à  la 
persëcutioii  et  à  la  tyrannie  de  ces  fanatiques,  les 
chassèrent  de  leurs  contrées.  Ex-colons,  c'est  de 
cette  manière  que  l'Amérique,  le  Congo,  TAbys- 
sinie^  la  Chine,  le  Japon,  reçurent  les  lumières 
du  christianisme  I  Tous  les  maux  qui  désolent  le 
genre  humain  sont  l'ouvrage  des  hommes  ;  non 
contens  de  les  avoir  créés  ,  ils  calooinient  encore 
l'auteur  de  la  nature. 

Il  fallait  donc  introduire  en  Asie  ,  en  AHiqua 
et  en  Amérique  le  chrisûanisme  ,  comme  il  s'est 
introduit  en  Europe,  avec  cet  fspiit  de  paix, 
d'humanité^ et  de  chaiité,  que  Tevaugile  prescvic 


BBO 


(    55    ) 

aux  hommes ,  il  fallait  nous  considérer  eomm« 
vos  fj ères,  et  non  pas  cc^mme  des  bêtes  de  somme 
condamnes  à  une  servitude  plus  cruelle  que  la 
mort  même  ;  alors  le  christianisme  ♦  au  lieu  de 
disparaître  dans  les  pays  où  il  avait  déjà  jelë  da 
profotides  racines,  au  lieu  de  dégénérer  dans  d'au* 
1res  au  point  d'être  ra(^>connaissable  ,  se  serait 
répandu  sur  toute  la  terre  ,  et  aurait  fait  le  bon- 
heur du  genre  humain.  ^ 

et  On  ne  croira  jamais ,  dit  Montesquieu  ^  que 
c'eut  été  la  pitié  qui  eût  établi  Fesclavage  dans  le 
paganisme,  et  pourra-t-on  jamais  croire  que  ce  fuÊ 
pour  rendre  chrétiens  les  peuples  de  l'Afrique  et 
de  rAaiériqae,que  les  européens  les  massacrèrent 
et  les  plorsgèrent  dans  le  plus  dur  esclavage  >>  ? 

Ce  n'est  plus  aujourd'hui  la  pitié  des  payens,  nî 
le  fanatisme  des  chrétiens ,  qui  autorisent  le  droit 
affreux  de  resclavage  ;  mais  suivant  les  ex-colons» 
cesù  la  prudence ,  l'équité  et  F  humanité  ;  l'a* 
bolition  subite  de  la  traiîe  ,  dit  Palissot  de  Beau- 
Vois,  sans  aucune  modification ,  ni  aucun  tem- 
péramment  est  contraire  aux  lois  sociales;  telles 
sorJ  les  horribles  maximes  que  cet  homme  de 
mauvaise  foi  n'a  pas  eu  honte  d'imprimer ,  el 
que  Mazères  son  vil  flaUeur  n'a  pas  rougi  de  cîtep 
comme  un  témoignage  respectable.  C'est  ainsi 
q[us  la  pitié ,  la  religion ,  l'humanité  ^  î@s  senti- 


1  '  i'*- 


«'.: 


'til'! 


t    56    ) 

mens  les  plus  doax  ont  servi  de  prcffexfes  pouç 
assouvir  les  passions  ,  Torgueil ,  la  rapacité  et  !« 
Uiéchancelë  des  hommes. 

Pour  achever  de  réfofer  les  calomnies  de 
Mazères,  je  vais  jetôr  un  coup^d  œi!  sur  la  situa* 
«ion  de  rAfrique  ,  et  c'est  par  le  lérnoignage 
îïîêrne  des  vojageurs  qu'il  a  ciiés  ,  que  je  vais  la 
convaincre  d'impûsiUEe  et  de  calomnies  envers 
îes  africains.      ^ 

J'éprouve  ici  îe  p]us  grand  legret  de  ne  pas 
avoir  éîodié  la  langue  ang'aise  ,  et  je  suis  bien 
pnvë  de  ne  pouvoir  renforcer  mes  asserfions  , 
par  i'autonié  re^ppciable  des  hommes  (élèbres , 
tels  que  MM.  Clark.on  ,  Wiiberforoe  ,  Stephen, 
et  en  généra!  tous  les  veiUieîîx  philantropes 
ë-Q  la  grande  ei  niagnanime  naUo  i  btiiannique, 
qui  ont  e!npk)jë  lesirs  talens  ,  leurs  vcillt^seî  leurs 
travaux ,  pour  le  bonheur  et  la  peifeciion  de 
l'espèce  humaiîie. 

Les  assertions  de  M.  Si'^monde  de  Sismondi 
sont  fondées,  non  seult^merst  sur  le  témoignage 
universel  des  voyageurs,  mais  sur  ia  connais- 
sance profonds  qu'il  a  des  hommes  et  des  choses; 
je  suis  plus  à  même  d'apprécier  la  justesse  de  ses 
arguniens  ,  que  la  plupart  des  européens  cjui  ne 
connaissent  que  Uès-impaifaitemenl;  le  caraclère 

et 


(    37    ) 
cl  les  mœurs  des  africains  et  des  haytîens  leatl 
descendans. 

Oui,  ce  Je  soutiens  avec  M.  Sismonde  de  Sîs«. 
mowdi  que  l'Afrique  esî  habitée  par  une  race 
d'hommes  nombreuse  ,  active  ,  industrieuse  e% 
accoutumëe  au  commerce  >3. 

Mazères  s'e'tonne  et  ne  peut  comprendre  pour-»» 
quoi  il  n'existe  pas  de  viiles  florissajites  sur  la  côto 
du  Sénégal  et  de  la  Guinée  ;  iî  feint  aussi  d'ignoreje 
quel  est  ce  mur  d'airain  qui  écarte  les  savans 
et  les  commerçans  de  ce  pays  mystérieux  ;  il 
demeure  confondu  de  surprise  ;  il  croit  rêver  z 
Mais  qu'est  -  ce  que  ce  mur  d  airain,  dit-il  ^ 
dont  vous  nous  parlez,  si  ce  ri  est  une  barha^ 
rie  qui  résisùQ  à  tous  les  exemples,  à  tous  le3 
enseignemens  et  qui  repousse  la  lumière  par, 
toutes  les  voies  oà  elle  pourrait  pénétrer. 

Si  Mazères  avait  lu  les  voyageurs  dont  iî  a 
cité  les  noms  ,  ou  du  moins  si  son  âme  gangre-- 
née  par  ses  passions  lui  avait  laissé  l'usage  de  la 
réflexion  et  de  Ibl  raison  ,  il  aurait  pu  discerne!? 
les  causes  qui  empêchent  qu'il  existe  des  villes 
florissantes  sur  les  côtes  du  Sénégal  et  de  la 
Guinée  ;  il  aurait  aussi  découvert  qu'est-ce  que 
ce  mur  d'airain  qui  écarte  les  savans  de  ce  pays 


1**  ,/■ 


%yM 


C    58    ) 

jttijsténeux ,  qui  promet  aux  uns  sa  poudre  d'oï 
et  son  ivoire,  aux  autres  ses  antiques  secrets. 

Il  n'existe  pas  de  ville  sur  la  côte  du  Sénégal 
et  de  la  Guinée  ,  paiee  que  cet  esprit  d'avarice  et 
cle   cupidité    qui   excite    les   européens    à   par- 
courir la  vaste  étendue  des  mers  pour  chercher 
des  contrées  nouvelles  ou  imaginaires  ,  les  a  fixé 
en  AHique  sur  les  côtes  ;  là ,  ils   attendent   la 
poudre  d'or  ,   l'ivoire  ,  et  surtout  les  malheureux 
esclaves;  là,  ils  n'inventent  que  les  moyens  de  pou- 
voir s'en  procurer  n'importe  à  quelque  prix  que  ce 
soit  ;   ils  ne  comptent  pas  les  crimes  ,   mais  leur 
profit  ;  peu  leur  importe  ce  qui  se  passe  dans  Tin* 
térîeur  du  pays,  qui  ne  leur  offre  que  des  profils  frop 
incertains,  des  fatigues  et  des  dangers  ;  s'il  fallait 
aller  chercher  eux-mêmes  les  malheureuses  vic- 
times de  leur  cupidité:   les  crimes  de  la  traite , 
les  usurpations  et  les  brigandages  des  européens  , 
ont  contraint  les  natifs  de  s'enfoncer  dans  l'inté- 
rieur des  terres  ;  ces  côtes  jadis  si  populeuses,  sont 
devenues  désertes  et  retournent  dans  la  barbarie, 
-tandis  que  le  centre  fait  des  progrès  dans  la  civi- 
lisation ;   la  crainte  où  sont  les  africains  ,  que  les 
européens  pénètrent  dans  Tiniérieur  où  ils  pour- 
raient rommetire  les  mêmes  brigandages  que  sur 
les  çôleb ,  les  rendent  extrêmement  méfians  ,  ce 
an'i  les  empêchent  de  permettre  l'entrée  aux  voya* 


<  Sg  ) 

geiirs  dans  leur  pays  ;  ajoutez  encore  à  ces  causes 
que  la  plupart  de  ces  peuples  professent  le  raaho- 
mëtisme ,  et  ont    en  horreur  le  nom  chrëlien  ; 
alors  vous  verrez  quel  est  ce  mur  d'airain  qui 
emoêclie  de  pénétrer  dans  ce  pays  mystérieux. 
Des  européens  anîme's  par  la  curiosité  et  la  gloire 
de  faire  de  nouvelles  découvertes ,  ont  parcouru 
une  partie  de  cette  grande  région,  Biovv^n  pé- 
nétra dans  le  Darfour  ;  Bruce  dans  TAbyssinie 
jusqu'au  source  du  Nil  ;  Mango  Park  fît  trois 
cents  lieues  dans  î'inlériear  des  bords  de  la  Gambie 
aux  bords  du  Niger;    Patterson  et  le  Vaillant 
ont  visité  le  pays  des   hottentots  et  des  cafres  ; 
une  infinité  d'autres  voyageurs  ont  parcouru  l'A- 
frique ;   voudrait-on  en  conclure  que  ees  voya- 
geurs qui  n'ont  fait  que  passer,  et  qui  ignoraient 
jusqu'à  ia  langue  des  natifs  ,  auraient  pu  y  in- 
troduire les  lumières  et  la  civilisation? 

Parce  que  les  infortunés  major  Houglhon  el 
Mouî^o  Paik  ont  péri  victimes  de  leur  cuiiosité^ 
serait  il  juste  de  juger  tous  les  peuples  de  FA- 
fviciue  sur  ce  trait  de  barbarie  ?  Dans  les  pays 
policés  de  TEurope,  n'est-ii  jamais  atrïvé  que  des 
voyageurs  furent  assassinés  par  quelques  hordes 
de  brigands  ?  Eji  France  n'a-t-il  pas  existé 
des  Cartouches  et  des  Mandrins?  Les  hordes  les 
plus  féroces  se  sont-dies  jamais  souillées  des  munies. 


(  Bo  ) 
crimes  dont  les  français  de  nos  Jours  se  sont 
reîîdiîs  coupables  ?  Doit  -  on  en  conclure  |iOur 
cela  c|ue  la  France  n'est  pas  civilisée  ,  et  que  la 
barbarie  soit  inhérente  à  son  sol  et  à  la  naïuie  de 
ses  habiians  ? 

Ne  devraii-on  pas  s'étonner  au  contraire  ,  que 
chez  des  peuples  ,  tels  que  les  africains  ,  qiâ  ont 
tant  de  sujets  de  haine  et  de  méfiance  contre  les 
blancs  ,  que  parmi  ces  nombreux  voyageurs ,  il 
n'ait  péri  que  ces  deux  hommes  ?  Ne  devrait  •  ou 
pas  s'étonner,  dis-je,  que  ces  peuples  aient  pu 
laissé  visiter  leur  pays  par  des  européens  ,  qui 
devaient  leur  être  suspecis  à  tant  de  titres  ,  mais 
qui,  au  contraire,  en  dépit  des  calomnies ^es 
ex-colons  ,  ont  exercé  à  l'égard  de  ces  voyageurs 
les  lois  de  l'hospitalité  ? 

Si  j'étais  chef  de  quelqu'un  des  peuples  de  la 
Nigritie ,  dit  J.  J.  Rousseau ,  je  déclare  que  je 
ferais  élever  ,  sur  la  fi ornière  du  pays  ,  une 
potence,  où  je  ferais  pendre  sans  rëmi^^sion  le 
premier  européen  qui  oserait  y  pénétrer,  el  le 
premier  citoyen  qui  tenterait  d'en  sortir. 

Mazères  croil-il  pouvoir  s'introduire  à  Haytî 
pour  prendre  des  renseignemens  sur  notre  situation 
intérieure  comme  Dauxion  Lavaysse  ei  Médina  ? 
S'il  est  dans  cette  croyance,  je  me  donnerai  bien 
de  garde  de  l'en  désabuser  j  qu'il  vienne  donc  ! 


(    61     > 

Si  les  afncaîns  ëtaîeîir  aussi  barbares  que  ce 
vil  caioniniaîeur  veut  bien  les  représenrer ,  ces 
voyageurs  auraient-ils  pu  pénétrer  dans  rin^^rieuïr 
de  l'Afrique  ?  Un  seul  homme  sans  défense 
aurait-il  pu  voyager  avec  des  marchandises, 
considérées  dans  le  pays  par  leur  rareté  ,  comme 
des  richesses  immenses  ,  sans  avoir  été  dépouillé 
par  des  voleurs  ?  Lorsque  nous  voyons  dans  les 
pa3^s  les  plus  policés  de  l'Europe  ,  dans  Paris 
môme ,  des  voleurs  détrousser  les  voyageurs  pouc 
s'emparer  de  leurs  butins. 

Mais  il   est  temps  d'appuyer   mes  assertions 
par  l'autorité  même  des  voyageurs  ;  oui  ,  je  sou- 
tiens avec  M.  Sismoode  de  Sismondi ,  «  que  la 
civilisation  a  fait  des  progrès  remarquables  dans 
le  centre  de  l'Afrique  ,  tandis  que  les  côtes  retour- 
nent à  une  absolue  barbarie;  de  très-grandes  villes 
commerçafUes  et   manufacturières  ont  été  bâties 
au  milieu  du  continent  africain  ;  elles  sont  les 
capitales  des  puissans  royaumes   où  les  arts,  les 
niaîiufactures  et  lagriculture  attestent  les  progrès 
de  la  vie  sociale.  La  propriété  y  est  assurée  ,  la  vie 
civile  y  est  garantie  ,  la  justice  y  est  administrée 
avec  sagesse ,  et  le  gouvernement  y  est  respecté  ». 
«  Je  le  demande  ,  s'écrie  Mazèses ,  à  tous  les 
hommes  sans  préventions  :   ne  faul-il  pas  vouloir 
tout  déaaturei:  et  tout  peiiidœ  sous  des  couleurs 


(      62      ) 

fausses  pour  faîrp  nn  pareil  tableau  de  rAPncftie  ; 
et  si  vous  aviez  à  -larler  de  Paris,  de  l.on  'res,  de 
Ijon ,  ou  de  Manchester,  si  vous  aviez  à  caracté- 
riser lesrésulratsde  la  constitution  anglaise,  ou  dâ 
la  charte  française  ,  que  pourriez  -  vous  dire  de 
plus  f  puisque  vous  ciîe:z  Mungo  Park,  j'adjure 
ici  ses  nombreux  lecteuis  de  me  dire  si  ce  n'est 
pas  pousser  la  prévention  jusqu'à  la  fo'ie ,  que 
de  nous  peindre  l'Afrique  des  mêmes  traits  , 
dont  un  français  on  «n  anglais  pourrait  tout  au 
plus  peindre  leur  heureuse  et  briilanîe  patrie  >s 

Eh  bien  !  c'est  par  Mtmgo  Paik  même  que  je 
vais  répondre  à  Mazères;  c'est  par  ce  voyageur 
que  je  vais  le  convair  cre  d'imposture  et  de  ca- 
lomnie ;  j'adjure  aussi  les  nombreux  lecteurs  dé 
Mungo  Park  ,  de  juger  de  la  bonne  foi  de  ce 
Mazères. 

Arrivé  sur  les  bords  du  majestueux  Niger  , 
large  comme  la  Tamise  à  Westminster,  Mungo 
Paik  s'exprime  ainsi  «  :  Sègo  capitale  du  Bani- 
hara  ,  se  compose  de  quatre  villes,  deux  sur  la 
rive  septentrionale ,  s'appellent  Ségo-Koro  ^  et 
-Ségo-Bou  ;  les  dt'ux  sur  la  rive  méridionale, 
s'appellent  Sego-soi.korro  ,  et  Scgo-see-korro, 
Toutes  sont  entourées  de  grands  raurs  de  terre; 
les  maisons  soîit  constiuiies  en  argile  ;  elles  sont 
earrëes  et;   leurs  toits  soal  plats  ;  quelques  -  uué^s 


(    63    ) 

tint  deux  étages  ;  plusieurs  sont  tlanchies.  Outre 
ces  bâlittiens,  on  trouve  dans  tous  ies  quartiers 
des  mosquées  bâlfes  par  les  Maures.  Les  rues 
sont  étroites ,  les  voitures  à  roues  inconnues.  Sa 
population  s'élève  environ  à  trente  raille  habitans; 
le  roi  de  Bambara  réside  constamment  à  Ségo- 
sce-korro  ,  et  il  emploie  un  grand  nombre  d'es- 
claves à  transporter  les  habitans  d'un  cô'é  à 
l'autre  de  la  rivière.  Le  salaire  qu'ils  reçoivent 
fournit  un  revenu  considérable  ;  les  canots  dont 
on  fait  usage  pour  ces  passages ,  sont  d'une  forme 
singulière  ;  ils  sont  faits  avec  les  troncs  de  deux 
arbres  joints  bout  à  bout  :  de  sorte  que  la  jointure 
est  précisément  au  milieu  ;  ils  n'ont  ni  pont ,  nî 
mâts;  mais  beaucoup  de  capacité.  J'en  ai  vu  qui 
traversaient  la  rivière  chargés  de  quatre  chevaux 
et  de  plusieurs  personnes. 

a  En  arrivant  au  passage,  fa  foule  me  regardait 
en  silence  ;  j'y  vis  avec  inquiétude  plusieurs 
Maures;  je  m'assis  sur  le  rivage  pour  attendre 
mon  tour  el  je  contemplai  cette  grande  ville  ^ 
ces  nombreux  canois  ,  cette  population  active  , 
les  terres  bien  cultivées  qui  s'étendaient  au  loiîi 
et  afinonçaient  l'opuif^nceel  la  civilisation. 

^>  J'attendis  plus  de  deux  heures*  Le  roi  Man^^ 
sofi^é^-  Fiit  averti  que  je  venais  pour  le  voir,  il  me 
&t  dire  aussilôi  que  j«  ne  serais  pas  admis  en  sa 


(    64    ) 

présence ,  sans  qu'il  sut  ce  qui  m'amenait  en  son 

pays ,  qu'il  me  défendait  de  passer  la  rivière.  Le 

messager  qui  m'apporta  cet  ordre  ,  me  conseilla 

d'aller  chercher  dans  un  village  qu'il  me  montra, 

wn  logement  pour  la  nuit  ,  en  me  disant    que 

le  lendemain ,  il    m'apporterait    de    nouvelles 

instructions  ». 

^'est-il  pas  prouvé  par  Mur.go  Park  même  , 
que  M.  Si'^monde  de  Si.smondi  n'a  fait  que  rëpé- 
ter  les  mêmes  choses  que  ce  vojageur  a  vues  et 
rapportées  :  Je  contemplai^  dit- il ,  cette  grande 
ville ^  ces  nombreux  canots,  cette  population 
active,  les  terres  bien  cultivées  qui  s'éten- 
daient au  loin  et  annonçaient  l  opulence  et  la 
civilisation 

Cette  défense  du  roi  Mansono;  à  Mungo  Park 
de  passer  la  rivière  sans  qu'il  sut  les  motifs  qui 
FamenaieMÎ  en  son  pays ,  ne  prouve-t-eîle  pas  cette 
juste  défiance  que  les  africains  ont  des  européens; 
défia jice  qui  ne  cessera  que  lorsqu'ils  n'auront 
plus  rien  à  craindre  des  injustices,  des  brigandages 
et  usurpations  detousgeîues  de  leur  part  ;  et  cela 
est  si  vrai ,  que  le  lendemain  un  messager  apporta 
à  Mungo  Park  un  sac  contenant  5ooo  kauris, 
don  de  la  générosité  du  roi ,  qui  l'invitait  en 
mem*"'  fpaijts  de  s'éluigner  de  Ségo  ;  le  messager 
avait  ordre  de  le  conduire  jusqu'à  Sansandiîig,  si 
son  intention  était  d'aller  à  Jenné.  Je  ne  pus, 
dit  Mungo  Paik,  deviner  les  motifs  de  cette 
conduite  \  elle  était  bien  facile  cependant  à  devi- 
ner i 


teëPi  que  vient  îl  donc  chercher  dans  le  Bambar^ 
cet  étranger  4  a  au  dire  Mansong  ?  Quels  projets  ! 
Quelles  intentions  peuvent  avoir  amener  l'homme 
blanc  de  si  loin  au  travers  de  tant  de  dangers  I 
Je  ne  puis  recevoir  ce  chrétien  ^  ni  je  ne  puis  violée 
les  lois  de  Thospitalité  envers  lui  ;  je  le  renverrai 
donc  ,  et  en  lui  faisant  un  présent  et  en  lui  don* 
nant  un  guide  poui'  le  condoire ,  je  satisferais  à 
la  fois  à  la  sûreté  de  mes  peuples  et  aux  lois  d© 
rhospitalité.  Tels  sont  les  modfs  qui  ont  dâ 
diriger  Mansong  dans  sa  conduite;  mais  comme 
Ja  plupart  des  blancs  ne  nons  jugent  qu'avec  des 
, préventions  toujours  injustes  ,  ils  ne  peuvent  se 
figurer  que  nous  sommes  susceptibles  de  senîî-* 
Biens  généreux  ;  car  enfin  si  sa  majesté  le  roi 
Mansong  avait  eu  rintenlion  de  faire  du  mal  à 
Mungo  Park ,  qui  l'en  aurait  empêché  ?.  ... 

C'est  avec  ces  mêmes  senûmens  de  prévention 
et  de  haine  que  ce  monstre  de  Mazères  traite  de 
"vieilles  négresses  les  femmes  humaines  et  chari- 
tables qui  accueillirent  Mungo  Paik  ,  lorsqu'il 
était  mourant  de  faim  et  piêî  à  être  dévoré  parles 
bêtes  féroces.  Ecouter  le  propre  récit  de  Monga 
Paik  et  vous  allez  juger  juscp'où  peut  ailei^ 
l'atrocité  de  l'âme  d'un  ex-colon. 

éè  Vees  le  soir  ^  dit  ce  voyageur ,  j'étais  déciâi 


m\ 


.  ,  J1J.T» 


(    66 

â  grimper  sur  l'arbre  pour  y  passer  la  nuît  à  l'ai 
des  bêfes  féroces;  déjà  j'avais  lâche  mon  cheval > 
afin  qu'il  put  paître  en  liberté ,  quand  une  femme , 
qui  revenait  des  champs,  s'arrêta  pour  me  regar- 
der.   Elle  s'informe  de  ma  position  ,  je  la  lui 
expose  en  peu  de  mots  :  alors  avec  un  air  de 
grande  compassion  ,  elle  prend  ma  selle  et  ma 
tride ,  et  me  fait  signe  de  la  suivre  ;  elle  me  con- 
duit dans  sa  hutte  ,  allume  une  lampe  »  étend  une 
natte  sur  le  sol  et  me  dit  que  j'y  pouvais  passer  la 
tiuit  ;  mais  elle  s'aperçoir  que  j'ai  faim  et  sofj 
aussitôt  pour  me  procurer  à  manger.  Bientôt  elle 
revient  avec  un  fort  beau  poisson  qu'elle  fait  griller 
à  moijîé  sur  quelques  charbons  et  qu'elle  me 
donne  ensuite  pour  souper  ;  puis  me  montrant  ma 
îiaîte ,  ma  digne  bienfaitrice  m'invite  à  m'y  repo- 
ser sans  crainîe.  Les  femmes  de  sa  maison  n'a- 
vaient cessé  de  me  contempler  ;  elle  les  rappella 
alors  au  travail  »  qui  consistait  à  filer  du  coton. 
Pour  charmer  Fennui  de  ce  travail  »  elles  eurent 
recours  à  des  chansons  et  en  improvisèrent  même 
«ne  sur  moi,  Une  fpmme  seule  chanlaîi  d'abord  ^ 
les  autres  reprenaient  en  cbtéur.  L'air  en  était 
doux  et  plainJif,  les  paroles  répondaient  à  celles- 
ci.  —  i  1  es  venîs  i  ugissaient  et  la  pluie  tombait.  — . 
Le  pauvre  hoîi;tme  blanc,  faible  et  fatigué,  vint 
'-ex  s'assit  sous  notre  arbre.  -^  Il  n'a  point  de  mèr« 


(  67  ) 
p©ur  luî  apporter  du  lait ,  point  de  femme  poue 
moudre  son  grain,  ^  Chœur  —  Ayons  pilië  de 
l'homme  blanc ,  il  n'a  point  de  mère.  etc.  etc.  n 
Ces  détails  minutieux  pour  le  lecteur  ,  donneront 
peut-être  une  idée  de  la  position  cruelle  où  je  me 
trouvais.  Emu  d'une  bonté  si  touchante  ,  si  ines- 
pérée, je  ne  pus  fermer  les  yeux.  Le  malin  je 
donnai  à  ma  généreuse  hôiesse  deux  des  quatre 
boulons  de  cuivre  qui  restaient  à  ma  veste»  c'étail 
le  seul  don  que  j'eusse  à  luî  offrir  >i. 

Ames  sensibles,  vous  qui  n'êtes  point  dominées 
par  d'injustes  préjugés ,  n'abhorrez-vous  pas  le 
vil  calomniateur  de  ces  femmes  bienfaisantes  2  , 

Poursuivons ,  c'est  par  Mungo  Park  même 
que  je  vai%  confondre  Mazères. 

«c  Je  partis  »  dit  ce  voyageur,  du  village  le  24». 
et ,  accompagné  de  mon  guide  ,  je  passai  vers 
huit  heures  par  une  grande  ville  appel lëe  Kahba, 
située  au  milieu  d'un  beau  pays,  très  bien  cultivé, 
et  ressemblant  pîaiôt  à  l'intérieur  de  l'Angieterreg 
qu'à  celui  de  l'Afrique.  »  Je  le  demande  à  tous  les 
hommes  sans  préventions ,  si  Mungo  Park  avait 
eu  à  décrire  l'Angleterre  ou  tout  autre  pays 
çivi'isé  de  i'Euiope ,  se  serait-il  exprimé  diffé- 
remment ? 

Mungo  Paik  dirigeant  sa  route   vers  Tom- 
buctou  a  qu'il  devait  atteindre  pour  couronnejî  le 


lU 


\\  i 


(  68  ) 
gorcês  âe  son  voyage  ,  passa  par  Sansanâing  , 
Siblli  ,  Nyara  ,  Nyamee  ,  Mouzzan  rt  Sllla, 
touies  ces  villes  plus  ou  moins  grandes  soni  iiès- 
peuplëes  et  très  fréquentées  par  Jes  Maures,  qui 
y  apportent  du  sel ,  de  la  veiTOteiie  et  du  coiaii , 
qu'ils  échaiigent  (  onire  de  la  poudre  d'or  et  de  ia 
toile  de  colon  ,  qu'ils  revendent  à  un  très-grand 
bénéfice  à  Burou  et  dans  le  pays  des  Maures, 
Silla  fut  ie  dernier  terme  où  s'arrêta  Mungo 
Paik;  la  maladie  Ja  fatigue  ,  la  saison  despluies, 
les  marais  inondés ,  et  la  crainte  de  voyager  dans 
un  pays  influencé  par  les  Maures ,  qui  ne  veu» 
lent  pas  voir  les  chrétiens  ;  tous  ces  obstacles  le 
eontraignîrent  de  retourner  sur  ses  pas  ,  vers  ia 
Gambie ,  par  la  même  route  qu'il  était  venu. 

Avant  de  quitter  Silla ,  il  prit  des  renseigne- 
mens  sur  le  cours  ultérieur  du  Niger ,  sur  la  situa- 
tion et  l'étendue  des  royaumes  qui  1  avoisinent  ; 
sur  les  villes  de  Jtnné,  Tomhuctou,  Eoussa, 
qui  sont  les  plus  considérables  de  l'Afrique  , 
«i  encore  inconnues  aux  européens. 

Etant  arrivé  aux  environs  de  Ségo ,  il  se  détef» 
mina  à  remonler  îeN'ger,  afin  de  savoir  jusqu'oii 
îi  éîaiî  navigable  dans  celle  diredion. 

Il  continua  à  remonter  le  Niger,  dans  un 
pays  populeux  et  bien  cnliivé  ;  il  passa  à  Ka- 
viallaj  ville  muiée,  sans  s'y  aiiêicrj  il  uaversa 


f    69    ) 

encore  Samèe  ,  où    se  lient  un  grand   marcbé 

de  bëiail,  de  toile  ei  de  grain  ;  il  ira  versa  une 
grande  viile  appellëe  Scil  ^  qui  excita  sa  cario 
silë  ;  elle  est  ceiîite  de  deux  fosses  tiès-profonds, 
ëloignës  d'environ  cent  toises  de  ses  mars; 
sur  le  haut  des  tranchëes  sont  plusieurs  tours 
carrëes  ;  le  tout  offïe  Faspect  d'une  foriificatioîi 
régulière. 

Le  20,  il  entra  au  coucîier  du  soleil  dans  Kouli* 
liorro,  Ville  considérable  et  grand  marche  de  sel- 
Le  21  Août,  après  avoir  traversé  les  villages  de 
Kayou  et  ToulumboUj  il  arriva  à  Marrahou  ^ 
ville  célèbre  par  son  commerce  de  sel.  Le  28  ,  ii 
était  à  Bammakou ,  ville  du  mojen  ordre  j  dont 
les  habitans  sont  très-riches. 

Dans  les  environs  de  Sihldoulou  ^  îî  fut  dé- 
pouillé par  des  voleurs  ;  arrivé  dans  cette  ville^ 
Mungo  Park  porta  ses  plaintes  au  Mansa  ou 
gouverneur  ,  qu'il  avait  ëlë  voîé.  Voici  les  propres 
expressions  de  Muîiga  Paik  :  «  A  peine  j'eus 
fini,  qu'ôtant  sa  pipe  de  sa  bouche  ,  il  agita  avec 
indignation  la  man(  he  de  son  vêtement.  Asseyez- 
vous,  me  dit  il,  tout  vous  sera  rendu  ,  je  Tai  )uré: 
puis  s'aJi'Pssant  à  un  serviteur  ,  domiez,  dit  il ,  à 
rhomiïie  blanc,  de  l'eàu  à  boire.  Au  point  du 
jour  vous  irez  sur  les  monta2:nes  et  vous  infor- 
merez  le  doutj  £  le  juge  j  de  Bammakou^  qu'un 


paavre  bîanc  ,  réîrangtr  du  roî  de Bamhara ^  a 
été  voie  par  les  gens  du  roi  de  Fouladou  ». 

Le  Mansa  iisvha  ensuite  Mungo  Paik  à 
rester  avec  lui  jiisqu*au  retour  du  messager.  Il  le 
fit  conduire  dans  son  logement  et  lui  envuj^a  des 
elimens;mais  la  foule  qui  s'assemblait  j^îour  le 
voir,  qui  prenait  piiié  de  Mungo  Psik  et  mau- 
dissait hsFouIahs  de  l'avoir  volé,  l'empêcha  de 
dormir  avant  minuit.  Mungo  Paik  ne  voulant 
point  abuser  de  la  générosité  du  Marna,  lui  de- 
manda la  permission  de  partir.  Le  Marisa  l'en- 
gagea d'aller  jmqu'à  FF'onda  ,  où  il  lui  piomit 
qu'il  aurait  des  nouvelles  de  ses  effets  qui 
livaienî  été  volé, 

«  TVonda  *  où  j'arrivai  le  3o  »  dit  Mungo 
Park,  est  une  p^^liîe  ville  près  d'une  haute  mon- 
tagne ,  où  Ton  trouve  utie  mosquée.   Le  Mansa 
qui  était  mahométan  .  itîmplissait  les  deux  fonc- 
tions de  premier  magistrat  et  de  ruaîlre   d'école 
pour  les  enfans.  Il  tenait  son  école  dans  un  han- 
gar ouvert  9  où  je  pris  ma  demeure.  D^^pnij*  long-» 
temps  je  ressentais  des  accès  de  fièvre»  qui  redou- 
blèrent pendani  mon  séjour  à  Wonda.  Mon  hôte 
s'en  aperçut  et  s'en  inquiéia  ,  car  il  eut  été  obligé, 
dans  i'eoî  de  maladie  où  j'étais  ,  de  me  garder 
jus(ju"à  ce  (jie  je  me  guérisse  ou  mourusse  rt, 
X®  6  Septembre >  deux  personnes  à^Sihldcii^ 


tou  ramenèrent  à  Mungo  Parle  son  cheval,  seô 
habits  et  sa  boussole ,  qui  avaient  étë  volés  par  les 
gens  du  Fonladou.  Le  8  de  Septembre  ,  au  mo- 
ment de  son  départ  »  le  Mansa  donna  à  Mungo 
Parken  témoignage  de  souvenir,  sa  lance  et  un 
sac  de  cuir  pour  contenir  ses  habits.  Je  convertis  , 
dit41  ,  mes  bottes  en  sandales  et  je  marchai 
facilementf 

Je  le  demande  aux  nombreux  lecteurs  d^ 
Mungo  Park  ,  reconnaît-on  à  ce  rëcît,  ces  afri- 
cains slupides ,  féroces  et  barbares ,  tels  qu'ils  sont 
dépeints  par  Mazères.  Dans  quel  pays  de  TEu^ 
rope  où  la  police  y  est  la  mieux  exercée  ,  Ton 
aurait  pu  contraindre  à  des  voleurs  de  remettre 
des  effets  volés  ^  et  où  Ton  aurait  accueilli  avec 
plus  d*huraanîté  et  d'hospiîalilé  un  malheureux 
voyageur  ? 

Mazères  n'est>îl  pas  convaincu  d'imposture  el  ' 
de  caloj>nie,  et  M.  Sisruonde  de  Sismondi  n'esl-il 
pas  pleinement  jusnfié  d'avoir  écrit  que  TAfriqu© 
est  habitée  par  une  race  d  hommes  ,  nombreuse , 
active,  indusîiîeuse  et  accoutumé  au  commerce  I 
K'esî-ii  pas  prouvé  que  dans  r.n  pays  où  il  y  a 
d*anssî  grandes  villes,  aussi  proche  l'une  de  l'autre 
et  de  nombreux  villages,  que  ce  pays  doit  avoîc 
une  population  considérable  ?  N'est  il  pas  prouvé 
c^ue  dans  tous  les  pays  où  les  campagnes  sont  bîea 


'!'^  t 


ëu\iwéek  ,  que  nécessaiiement  il  doit  y  exister  d^ 
lindustrie,  de  lac  iv  té  et  du  commerce  ? 

Il  ma  suffit  de  citer  encore  quelques  passages 
de  IVlungoFark,  et  j  aurai  achevé  de  confondre 
les  impostures  de  M' îzères. 

«  Les  mandingues  sont  les  plus  nombreux 
habita ns  des  cariions  qu'a  parcourus  M.  Park  s 
leur  langue  est  parlée,  ou  du  moins  entendue  dans 
toute  celle  partis  du  continent, 

»  On  croit  que  ces  peuples  portent  le  nom  ds 
Mandingues  ,  parce  que  leurs  pères  sont  sortis 
du  Mandlng,  qui  est  au  centre  de  T  Afrique.  Mais, 
loin  d'imiter  le  gouvernement  républicain  de  leuE 
ancienne  patrie ,  ils  n'ont  formé  dans  le  voisinage 
de  la  Gambie  que  des  états  monarchiques  Cepen- 
dant ie  pouvoir  de  leurs  rois  ri  est  pas  illimité  :  dans 
les  aft'^aires importantes,  ils  sont  obligés  de  convo^» 
quer  une  assemblée  des  plus  sages  vieillards  ,  d© 
se  diriger  par  leurs  conseils  :  ils  ne  peuvent ,  sans 
leur  assentiment  ,  déclarer  la  guerre  ou  conclure 
la  paix. 

v>  11  y  a  dans  toutes  les  grandes  villes  un  Alkaïct 
dont  la  place  est  héréditaire.  Il  maintient  l'ordre  « 
perçoit  les  droits  imposés  aux  voyageurs  et  préside 
à  radfninistration  de  la  justice. 

»  ta  juridiction  est  composée  de  vieillards  de 

condition 


<    73    ) 

/condition  libre  :  leur  assemblée  s*a|5pelle  un  pata^ 
ver»  Ses  sé^inces se  tiennent  en  plein  air,  avec  laà 
plus  grande  solennité.  Là,  les  affaires  sont  examî-* 
nées  avec  franchise  ^  les  témoins  publiquemenî 
entendus ,  et  les  décisions  des  juges  presque  loii-* 
jours  reçues  avec  l'approbation  générale.  Les 
nègres,  n'ayant  point  de  langue  écrite,  jugent  leâ 
affaires  d'après  leurs  anciennes  coutumes;  mais 
depuis  que  rislamisrae  a  fait  des  progrès  parmi 
eux  ,  plusieurs  institutions  civiles  du  prophète  se 
sont  introduites  avec  les  préceptes  religieux  ,  et  ^ 
lorsque  le  koran  n'est  pas  assez  clair  ,  ils  ont 
recours  à  un  commentaire  intitulé  al  scharra  qui 
contient  une  exposition  complète  et  méthodique 
des  lois  civiles  et  criminelles  de  l'Islamisme* 

M.  Si  monde  de  Sismondi  a  donc  eu  encore  raî*' 
son  de  dire  que  la  propriété  j  était  assurée ,  la  via 
civile  y  esî  garantie,  la  justice  y  est  admirvistrée 
avec  sagesse,  et  le  gouvernemeiu  y  est  respecté.  Et 
Mazéres  est  donc  un  infâme  calomniateur  pou0 
avoir  affirmé  que  ers  peuples  étaient  stupides  èl 
féroces  ,  et  que  la  barbarie  élait  inhérente  à 
l'Afrique  ? 

Il  n'y  a  pas  de  doute  que  les  peuples  de  l'Aft  ï^ 
que  sont  infiniment  plus  avancés  que  les  naiurelf 
de  l'Amérique ,  et  que  ceux  §itués  au  nord  et^  aa 
levant  de  l'Europe,  R 


WA 


^^  Xes  mexicains  faisaient ,  H  est  vraî ,  des  calcul 
^vec  des  c/ulpos ,  espèces  de  noeuds  ou  à'hiéro''^ 
filyphes  ,qui  leur  servaîenr  à  mesurer  le  temps, 
■comme  les  romains  s'éiaient  servis  pendant  long- 
temps dé  clous  pour  marquer  leur  lustre;  mais  les 
mexicains  ne  savaient  pas  écrire  ni  chiffrer ,  et  ils 
lie  connaissaîenî  même  pas  Fusage  du  fer;  au  lieu 
t|tïe  les  africains  possèdent  récriture  et  le  calcul, 
manufricuirent  le  fer ,  les  toiles ,  tannent  les  cuirs, 
^  èiîfîn,  sont  bien  plus  civilisés  qu'étaient  les  na- 
turels'dô -rAmérique  (i). 

//  n  existe ,  dit  Mazères  ,  rien  de  comparable 
^âuns  haute  T Afrique  ,  à  la  chaussée  construite 
5wr  îè  lac  Mexico  :  oui ,  mais  il  n'existe  non 
plus  lien  chez  les  iroquois  et  les  esquimaux  qui 
soit  comparable  aux  grandes  villes  ,  à  ia  police 
et  à  la  culture  de  l'Afrique  ,  et  quand  aux  ruines 
du  Mexique ,  je  ne  crois  pas  qu'elles  puissent  être 
comparées  aux  fameuses  ruines  de  l'Egypte  eî 
de  Garlhage. 

Pûuiquoi  vouloir  établir  le  parallèle  entre  les 
peuples  les  plus  éclairés  de  FAmérique  avec  les 
peuples  les  plus  ignoians  de  l'Afrique  ?  Pourquoi 
ne  pas  com,.arer  les  mexicains  aux  égyptiens  , 
les  iroquois  et  les  escjuimaux  aux  peuples  du  Zan- 

(i)  Les  afi-irains  se  servent  de  rérriture  et  des  chiffres 
arabes  j  C3b  cliiiTxes  sont  en  wfiage  clcws  toute  fEurope, 


(  75  > 
guebar  et  du  Monomotapa  ,  qui  sont  à  peu  pre^ 
aussi  sauvages  les  uns  que  les  auîre^  ?  Pourquoi 
vouloir  toujours  prendre  des  degrés  de  comparai- 
son dans  des  objeis  qui  n'ont  aucune  ressem- 
blance ,  ni  aucuns  rapports  entr'eux  ,  pour  ap- 
puyer sesargumens  sophistiques?  n'est-ce  point 
là  les  preuves  les  plus  manifestes  de  l'insigna 
mauvaise  fui  des  ex  colons  î 

Je  ne  parlerai  pas  de  ces  peuples  du  Nord  /tek 
que  les  laponois,  les  samoyedës;ceux  du  levant, tels 
que  les  raingieliens ,  les  mongals ,  les  tartares  da 
la  Bessarabie.  Tout  le  monde  sait  qu'ils  ne  sont 
pas  plus  avancés  dans  la  civilisation  que  les  peu- 
ples du  Zangoebar,  du  Congo,   de  la  Nigritie, 
etc.  ces  peuples  du  nord  et  du  levant  sont  blancs 
cependant ,  et  Mazères  n'en  parle  pas.  Il  y  a  près 
de  six  mille  ans  que  le  monde  existe ,  et  ils  sont 
demeurés  stationnaires  dans  leur  ignorance  pri- 
mitive ;  sont'-ils  aussi  d'une  espèce  inférieure  à  ia 
sienne ,  ou  la  barbarie  est  elle  aussi  inhérente  à 

leur  sol  ?  ... . 

Non-seulement  les  africains  sont  plus  avancés 

actuellement  dans  la  civilisation  que  les  mexicains 

lors  de  la  découverte  de  T  Amérique ,  mais  ils  sont 

encore  beaucoup  plus  civilisés  que  ne  l'étaient 

les  français  au  sixième  siècle.  Nous  même  enfin^ 

4ilM.  de  GliaLeaubiiaiilsdansle  Génie  du  Gbria* 


1  •  i. 


^^H, 

^^H  '  jMP'''!P 

(  76  ) 

tianîsme  ,  ne  sommes-nous  pas  un  exemph 
frappant  de  la  rapidité  avec  la  quelle  les  peu-^ 
pies  se  civilisèrent  ?  il  ny  a  guère  plus  de 
douze  siècles  que  nos  ancêtres  étaient  aussi 
barbares  queleshottentots,  et  nous  surpas* 
sons  aujourd'hui  la  Grèce  dans  tous  les  raffi-^ 
nemens  du  goût ,  du  luxe  et  des  arts  (i). 

N'esr-il  pas  bien  ëtonnanl  que  c'est  à  peine 
sorti  du  gouffre  d'une  révolution  terrible  qui  a 
ébranle  le  monde  par  ses  secousses  et  failli  entrai 
lier  la  France  à  deux  doigts  de  sa  perte  ?  NVs -il 
pas  bien  étonnant,  dis-Je ,  que  les  français  raison- 
nent  toujours  avec  autant  de  facilité  et  de  légè^ 
reté  sur  les  grands  désastres  qui  ont  de  tout  temps 
affligé  l'univers  ? 

Si  les  puissances  alliées  de  TEuropp  avaient 
détruit  Paris,  comme  les  romains  ont  détruit  Car- 
SÎiage,  si  leur  invasion  avait  été  semblable  à  celle 
de  cette  nuée  de  vandales,  de  goîhs,  daîains 
mï  de  huns  ;  si  au  !îf u  de  Souverains  magna- 
ïiîmes  ,  ils  n'avaient  trouvé  que  des  farouches 
conquérans.  tels  que  les  Agaric,  les  Genséric  et 
les  Attila  ,  les  français  seraient  aujourd'hui  beau- 


(1)  Les  ex-Colons  ne  recuserort  pas  sans  doute  laiitorîtâ 
de  M>  de  Cïiateaubriaiit ,  minisUç  de  la  Maison  du  Roi  d^ 


(    77    ) 
coup  pins  cîrconspecrs ,  et  ils  ne  dîscoureraîent 

pas  si  à  leur  aise  et  avec  autant  de  frivolité  sur 

Thistoire  du  genre  humain. 

Thèbes,  Memphis^  Babjlone,  Aihènes,  ces 
vilies  célèbres  ne  sont  plus  !  A  peine  trouve-t  oîi 
les  traces  qui  attestent  leur  existence  ,  et  !es  débris 
des  monumens  qui  faisaient  leur  orgueil  ;  elles 
sont  tombées  ,  ces  villes  superbes  et  opulenîes  , 
sous  les  coups  des  barbares  ,  des  revoîutioîîs  et  du 
tempsi  Paris,  ville  présomptueuse  Isecroi-eUe^erje 
exempte  de  cette  loi  du  sort  r  uîj  jour  |  tu.* -être  , 
le  voyageur  cherchera  en  vain  b.uv  b-s  rives  de  la 
Seine  ,  la  place  où  elle  aura  exiscée  ;  au  lieu  de  ses 
monumens,  il  ne  trouvera  |;aimi  des  ronces  et  des 
épines  que  de  faibles  restes  de  son  atchiîecture. 
Qiie  ces  débris  seront  loin  d'égaler  les  fameuses 
ruines  des  égypiiers  !  Quelle  faible  idée  se  for- 
mera ce  vojagnu'  de  îa  puissance  ,  des  sciences 
jet  des  arts  des  français  î 

Alors  la  vieille  Europe  blasée  par  des  siècles  de 
lumière  et  de  civilisation  retournera  dans  la  bar- 
barie ,  dans  l'état  de  nature  et  d'ignorance  ,  jus- 
qu'à ce  que  le  temps  et  le  concours  des  circons- 
tances aient  réunis  et  formés  de  nouveaux  été- 
mens  pour  îa  rappelier  encore  à  îa  civilisation. 
Alors  peut-être,  après  un  long  repos,  l'Afrique 
raehauffée  et  rajçunie   aura  recueilli  as&tz  da 


(    78    î 

forces  et  de  facultés  pour  occuper  la  scène  du 
monde,  en  sVlançaat  de  nouveau,  et  peu -être 
encore  avec  plus  de  vigueur,  dans  la  carrière  de 
la  civilisation  et  des  lumières, 

La  dorëe  des  en:ipires  comme  l'existence  des 
hommes  sont  mesurées  par  laibitre  suprême  de 
Fonivers  ;  au  bout  du  tenue  ,  lorsqu'ils  ont  at- 
teint l'ëtar  de  vieillesse  et  de  vétusté,  ils  meurent 
et  renaissent  ensuite  comme  les  autres  produc- 
tions de  la  nature. 

Ce  ne  sont  pas  les  mêmes  empires  ni  les  mêmes 
hommes  qui  renaissent ,  mais  c'est  toujours  la 
même  répétition,  des  empires  et  des  honifnes; 
Êelte  vëriié  devient  encore  plus  frappante ,  lors- 
qu'on considère  Texisteoce  ,  la  durée  ,  et  la  suc- 
cession des  peuples  qui  se  sont  légués  tour  à  tour 
la  puissance  et  [et  lumières  comme  un  héritage , 
dont   la  possession   dei'ait   être    transmissibie  à 
d'autres  peuples.    L'Empire  Grec  a  du{é  près  de 
onze  siècles;  l'Empire  Romain  ,  ie  plus  puissant 
qui  ait  jaraais»existé,  près  de  cinq  siècles;  celui  d'A- 
lexandre n'a  dure  que  pendant  sa  vie  seulement  : 
voilà  près  de  1400  ans  que  la  monarchie  française 
subsiste  ;  la  France  a  dépassé  son  zéoilh ,  elle  se 
précipite  a  grands  pas  dans  la  nuit  de  l'ignorance^ 
ii'est-il  pas  lemps  qt^elle  transmette  à  d'autres 
peuples  rhaiilage  qu 'dilc  a  reçu  des  romains  ? 


t    79    î 
'Je   croîs   avoir    suffisamment  rëFaté  les  so# 
pVismes,  lesabsnrdilës  et  les  calomnies  de  l'ex- 
èolon  Mazères  sur  les  noirs  et  les  blancs ,  et  la 
civilisation  de  TAfiique. 

Je  demande  aux  hommes  impartiaux,  que 
lui  reste-l-il  de  son  ralsonneaient  ignoble  ,  de 
toutes  ses  calomnies ,  de  toutes  ses  impostures  g 
pour  ravaler  et  dénigrer  l'espèce  humaine  ?  un 
opprobre  éternel  î  Mais  que  fait  la  honte  et  Fin- 
famie  pour  un  ex-colon  ?  Que  fait  rexëcralion 
coî^temporaine  et  future  pour  des  monstres  qui 
disent  ouvertement  qu  ils  ne  sont  pas  philanfropes, 
et  qu'ils  ne  se  donnent  pas  si  facilement  à  cette 
bienveillance  pour  le  genre  humain  ?  Qu'importe 
à  ces  fléaux  de  la  société  de  corrompre  toutes  les 
sources  de  la  morale  par  des  calomnies  et  des  im-»^ 
postures  les  plus  atroces,  pourvu  qu'ils  aient  des 
hommes  '^  onr  esclaves  ,  pourvu  qu'ils  aient  des 
îioirs  pour  extraire  de  For  de  leur  sang  ,  afin  d© 
satisfaire  leur  avarice  et  leur  cupidité  insatiable  l 

L'on  s'indic^ne  de  voir  en  ex  colon,  un  fat, 
un  présomptueux  ,  tel  que  Mazères ,  prendre  le 
ton  de  l'ironie  pour  faire  des  menaces  et  des 
insultes  aux  phllantropes  ;  mais  que  peuvent  faire 
suc  ces  hommes  verîueox ,  les  sarcasmes  et  ks 
injures  de  ce  vil  suppôt  du  crime  et  de  Tescla- 
vage  ?  De  tous  les  temps  ,  la  philosophie  goîh* 


•f 


(    Bo    ) 

p^^ne  ndèle  de  la  phiîantropîe ,  et  celîe-cî  d*  fa 
lib^^ilé  et  du  bonheur  des  hommes  ,  ont  éié  les 
objets  de  la  haine  et  de  la  persëcuticn  des  tyrans; 
je  vois  Socrate  buvant  la  ciguë  pour  avoir  prêche 
la  morale  aux  athéniens  ;  je  vois  ouvi  ir  les  veines 
et  couler  le  sang  de  Sënèque  et  de  Thraséas, 
pour  avoir  résisté  à  la  corruption;  malgré  tous 
les  efforts  des  tyrans,  je  vois  que  la  sainte  philo- 
sophie est  éternelle  ;  le  désir  d'étudier  ce  qui  est 
bon  et  ud'e  à  ses  semblables  est  inné  dans  le 
cœur  de  Thumme  ! 

Généreux  Si^moiîdede  Sîsmondï  !  philantrope 
vertueux  î  consoit-z-vuus  î  vous  pouvez  braver  , 
cofî^me  ces  martyrs  de  !a  philosophie ,  les  me- 
naces et  les  injures  des  ex-co'ons  l  Oui ,  sans  doute^ 
c'est  un  beau  rô'e,  bien  noble  et  bien  digne  de 
vous  ,  que  de  plaider  pour  le  genre  hnmairi 
touf  entie>  î  avec  des  tâîens  supérieurs  et  la  bonté 
de  votre  cœ  ir  ,  vous  pouvez  conlrihuer  puissam- 
ment aux  sucf:ès  de  la  grande  cause  de  l'ha- 
manité  l 

Q  j'importe  fe  pays  que  vous  habitez  ;  qu'importe 
la  naiion  à  rji>i  vouh  appartenez ,  avdnt  tout ,  vous 
êtes  hommes ,  vous  vous  devez  au  genre  humain  et 
à  Dieu  î  Qui  ne  s'ordotine  pas,  dit  M.  Bernardin  de 
St-Piei'ie,  à  sa  patrie  5  sa  patrie  au  genre  Immain, 

et- 


E   8»    f 

et  1-e  genre  humain  à  Dieu,  n'a  pas  plus  connu  lea 
lois  de  la  politique  que  celui  qui ,  se  faisant  unf 
physique  pour  lui  seul ,  et  sëparanî  ses  ''elationg 
personnelles  d'avec  les  élémens ,  la  terre  et  lo 
soleil,  n'aurait  pas  connu  les  lois  de  la  narure,  » 

C'est  avec  les  mêuies  senlimens  ,  mais  avec  de 
plus  faible  moyens,  que  j'ai  commencé  d'abord 
par  défendre  la  cause  des  africains  mes  ancêtres  g 
avant  que  de  discuter  les  droits  des  hayïiens  mes 
compatriotes  ;  J'ai  osé  me  traîner  sur  les  traces  de 
ces  hommes  célèbres  et  bienfaisans  pour  plaidee 
la  grande  cause  de  f  humanité ,  celle  de  mes 
semblables,  tant  de  fois  dégradée  et  avilie  Ah! 
si  le  cœur  des  hommes  n'est  pas  totalement  ferm^ 
à  tout  sentiment  d'humanité  et  de  justice ,  raa 
faible  voix  sera  écoutée  sans  doute  ,  je  n'aurai 
pas  en  vain  imploré  l'humanité,  l'équité  et  la 
bienveillance  des  européens  ! 

C'est  de  mon  pays  maintenant  dont  je  vais 
parler  ;  c'est  d'un  peuple  infortuné  qui  a  génaî 
pendant  plus  de  ï5o  ans  dans  le  plus  barbare 
esclavage ,  qui  est  parvenu  par  sa  constance  ,  sa 
valeur  et  son  courage ,  à  conquérir  sa  liberté  el 
son  indépendance.  Quel  sujet  plus  sublima ,  plus 
vaste ,  plus  fécond ,  plas  digne  ^  d'occuper  la 
plume  d'un  patriote  I 


m 


t  82  1 

Saîat  ferre  heureuse  î  terre  de  prf^diîec- 
fion  !  O  Rayù  !  O  ma  patrie  !  seul  asile  de  la 
Bbertë,  où  fhouime  noir  puisse  lever  la  tête» 
Jouir  et  contempler  les  bienfaits  du  père  universel, 
des  hommes,  salut  î 

Témoin  des  faits  que  je  vais  rapporter,  à 
Tappui  de  mes  assertions  ,  je  n'aurai  plus  besoin 
d'emprunter  le  témoignage  d'autrui  ,  de  fouiller 
dans  les  relalions  des  voyageurs  »  pour  garantir 
leur  authenticité.  C'est  comme  hajrien ,  et  des- 
cendant d'africain  ,  que  je  vais  répondre  aux 
infâmes  calomnies  de  Mazères ,  sur  a*on  auguste 
Souverain  «  mes  compatriotes  et  mon  pays, 

«  Après  avoir  parlé  de  l'Afrique  [dit  MszèresJ 
à  M.  Si^nionde  de  Sii  mondi ,  comme  on  parlerait 
a  peine  des  parii<-s  les  plus  civilisées  et  les  plus 
biiHanîes  de  lEurope  ,  vous  dissertez  sur  Saint- 
Domingue  ,  d'un  ton  plus  ^dmîratif  encore  ;  jouet 
ainsi  d'une  crédiiljJé,  qui  serait  inexplicable  dans 
1311  homme  comme  vous  ,  sans  les  préventions 
qm  vous  subjuguent  ,  c'est  dans  les  gazettes  fa- 
briquées à  Londres ,  par  les  agens  de  Christophe 
fie  Roi  ]  que  vous  prenez  et  que  vous  adoptez, 
les  élémens  d'une  opinion ,  dont  les  bases  sont 
toutes  hypothétiques  ou  supposées.  » 

Ne  voit-on  pas  dans  ce  passage,  le  œêmô 
fsprit  de  haiae  et  de  prsv^niioa  cjui  a  diiigé 


î  83  5 
la  plume  de  Mazères  contre  les  africains  4  e^  tpî 
raïuiïie  encore  avec  plus  de  violence  contre  les 
hajtiens  ?  Wy  découvre-t-on  pas  la  mauvaise  foi 
la  plus  insigne  ,  toute  la  méchanceté  et  ratrocité 
de  Târaed  un  eX' colon. 

L'opinion  de  M.  Sismonde  de  Sismondi ,  sui? 
Hayti ,  bien  loin  d'êire  fondée  sur  des  bases  hj- 
poîhëtiques  ou  supposées,  comme  le  prétend cel 
imposteur ,  repose  sur  la  plus  exacte  vérité ,  sue 
des  faits  et  des  exemples  vivans.  Nous  en  appelons 
fiux  témoignages  des  éuangers  qui  fiéquentenfe 
nos  ports  ,  et  qui  ont  visité  l'intérieur  du  royaume  j 
ne  sommes-nous  pas  constitues  et  org^  î  S 
comme  les  naâons  civilisées  de  1  Europe?  N'ag- 
irons nous  pas  un  gouvernement  stable  et  monar- 
chique, une  charte  consti(uiionnelle  ,  des  institu- 
tions et  drs  lois  ?  La  justice  n'esî-elîe  pas  admî-* 
nistrée  avec  in(égriié  ?  îSos  armées  nombreuses 
et  aguerries  »  ne  sont-elles  pas  aussi  bien  disci^ 
plinees  que  les  prt^mières  liou|>es  du  monde  ? 
N'avons  nous  pas  élevé'  des  citadelles  impré* 
1  ables ,  c(ifistrtîitps  dans  toutes  les  »èg'es  de  Vdit^ 
c  a  >s  dei  lieux  inaccessîb''e5i,  où  il  a  fallu  surmon** 
1er  tous  les  obsracles ,  en  faisant  des  îravaux  da 
romains?  N'av  -ns-nous  pas  bâti  des  pala  s ,  des 
ërafic-es  publics»  qui  font  la  .gloire  de  noue  pajs  et 
Vadmiiaiioivdes  étrangers?  N'avons  noua  pas  des 


'm\ 


r  84  1 

manufactures  de  poudre  et  de  salpêtre  ?  La 
inàsse  de  notre  population  n'est-eiie  pas  entière- 
menî  livrée  à  l'agriculture  et  au  commerce  ?  Nos 
marins  ne  peuvent  -  ils  pas  traverser  la  vaste 
étendue  des  mers  ,  et  ne  n'aviguent  ils  pas  avec 
habileté  sur  nos  côtes  ,  sur  les  plus  grands  bâtî- 
meos^  Nous  écrivons  et  nous  imprimons.  Encore 
dans  son  enfance  ,  notre  nation  a  eu  déjà  des 
ëcri vains  et  des  poètes  ,  qui  ont  défendu  sa  cause 
et  célébré  sa  gloire.  A  la  vérité  Ton  n'a  point 
trotivé  dans  eux  la  plume  des  Voltaire\  des 
Rousseau  et  des  De  Lille,  mais  nous  n'avons  pas 
encore  vécus  comme  leur  najion  ,  mille  ans  en 
civilisaîion;  nous  avons  donc  tout  lieu  de  ne  pas 

nou    désespérer nous  avons  égalemeni 

fait  des  essais  dans  les  beaux  arts  ,  et  nous 
nous  sommes  convaincus  ,  qu'il  ne  nous  man- 
quait que  des  maîtres  habiles  ,  pour  avoir  bien- 
tôt nos  Lepoussin  »  nos  Mignard  ,  nos  Rameaux 
et  no:-.  G'-Hfy  ,  etc.  Enfin  l'expérience  a  prouvé 
eu  monde  que  les  noirs  comme  les  blancs  avaieni; 
îa  même  aptiiude  aux  sciences  et  aux  arts  par  les 
pi'Oû^rès  immenses  que  nous  avons  faits  dans  les 
lumières  et  la  civilisation.  Parcourez  Thistoire  du 
genre  humain ,  Jamais  vit-on  un  pareil  prodige 
dans  le  mcwide  j  que  les  ennemis  des  noirs  citent 
ua  ssul  exemple  d'aucun  peuple  qui  se  soit  troavé 


r  85  j 

dans  une  situation  semblable  à  la  nôlre  »  et  qui  ajit 
fait  de  o'us  grindes  en  >,6h  que  nous  dans  moins 
d'un  quarf  de  sècie;  noïi-seulement  le  peuple 
haïtien  s*est  acjuis  des  dio<s  immottels  i  Tadmi- 
râtiixj  a.  1  univers  et  de  la  postédté  ,  mais  encore 
il  a  arquis  d  auires  tiires  à  la  gloire  qui  railile  en 
sa  ferveur ,  pour  s*ctre  élevé  de  lui-même  ,  du  sein 
de  rignorance  et  de  Tesdavage»  au  faite  de  la 
gloire  et  de  la  prospérité ,  où  il  est  maintenant 
parvenu  î  Ce  n'est  donc  point  par  esprit  de  pré- 
ventîon  ^ni  sur  les  gazettes  fabriquées  à  Londres, 
comme  le  prétend  ce  fourbe  de  Mazères,  que 
M    Si«monde  de  Sismondi  ,   a  puisé  les  élémens 
qui  fondent  son  opinion  sur  les  haylîens  ,  mais 
bien  sur  des  faits  notoires ,  sur  des  pièces  réJigées 
et  imprimées  à  Hayti ,   par  des  ha  jtiens  ;  tout  le 
monde  civilisé  en  est  instruit ,  il  n'y  a  que  les 
eX'Colons  seuls  qui  ont  la  scélératesse  d'en  douter, 
tant  ils  sont  dominés  par  les  passions  effrénées 
qui  les  subinguent  î 

Je  ne  m'appesantirai  pas  sur  les  outrages  que 
Mazères  vomit  dans  sa  rage,  contre  mon  au- 
guste Souverain  ,  mes  compatriotes  et  mon  pays; 
je  pourrai  facilement  lui  rendre  outrage  pour 
outrage;  le  champ  en  est  va^?e  et  fertile;  son 
souverain  et  sa  nation  donnent  tant  4u  ridicule  5 
ses  fureQrs  bailescjues ,  ses  e:^pr2ssions  igiiobies  51 


r  85  ] 

Semontrent  la  bassesse  de  son  âme  ,  et  m^ntenl 
te  plus  profond  mépris  de  ma  part.  Sans  Timpé- 
rieuse  nécessite  ,  je  le  répète  »  où  je  suis  de 
défendre  la  cause  de  mes  semblables,  tant  de  fois 

'humiliés  et  dégradés  par  ces  éternels  ennemis 
du  genre  humain  ,  j'aurai  cru  m'avilir  ,  si  je 
n'écrivais  que  pour  répondre  à  un  ex-colon  tel 

que  ce  Mazères  couvert  de  crimes  et  d'ignominie. 
Sans  m'arrêter  donc  sur  ses  invectives,  je  pour* 

suis  la  tâche  que  j'ai  entreprise. 

«  Après  vingt  ans,   d'erreurs  et  de  leçons  ^ 

dît-il ,   vous  ne  vojez  qu'un  beau  spectacle  dans 

ce  qui  se  passe  à  Hajti.  » 

Oui  ,  Mazères  ;  le  p!us  beau  et  le  plus  digne 

d'attirer  les  regards  et  les  méditalioos  du  phi- 
losophe. 

L'orgueil ,  les  préjugés  ,  l'avarice  des  plan- 
îeurs,  avaient  fait  de  Thomme  noù\  une  espèce 
particulière  et  distincte  de  l'homme  blanc  ç 
notre  race  avilie  et  dégradée  par  eux,  ï\i\  assimilée 
au  rang  de  iorangoutang:  (ont  en  faisant  Té- 
preuve  de  nos  forces ,  en  nous  écrasant  de  tra- 
vaux forcés,  ils  soutenaient,  par  un  rai-onne- 
inent  sophistique  et  absurde,  que  nous  leurs  étions 
inférieurs  en  facultés  physiques  et  m  ^ral^s,  et  sue 
cette  prétendue  infériorité  ,  ils  s'arrogèrent  le 
diQÎt  banbare  ds  nous  iéi\m%  dans  en  perpé- 


C  87  3 
taeï  esclavage ,  et  de  nous  traiter  comme  les  plot 
vils  animaux.  Quel  ëvëneraent  plus  glorieux  » 
plus  digne  de  fixer  fairenlion  du  monde,  que 
celui  qui  a  renversé  par  des  faits  et  des  exemples 
vîvans,  tout  réchafaudage  du  crime  et  du  men^ 
songe  ërevë  par  eux  depuis  des  siècles  contre  l'es- 
pèce humaine  î  Grand  Dieu  !  que  tes  œuvres  sont 
grands!  C'est  du  sein  d'un  troupeau  d'esdaves  , 
que  ta  toute  puissance  forma  les  ëlëmens  néces- 
saires pour  venger  tes  divines  lois  !  tu  soufflas 
dans  nos  cœurs  le  feu  divin  de  la  liberté;  soudaiï?5 
nos  chaînes  furent  brisées ,  nos  oppresseurs  dis- 
parurent de  notre  sol ,  et  lenis  préjuges  et  leur 
orgueil  furent  confondus  pour  jamais  !  Ex  colons, 
êîressuperbps  et  orgueilleux  ,  reconnaissez  done 
dans  ce  qui  se  passe  à  Hajtî ,  la  main  divine  et 
toute  puissante  qui  vous  châtie  î  Htsmiliez-  vous 
donc,  fléchissez  vos  genoux  ,  au  devant  des  dé- 
crets du  père  univer&el  des  hommes ,  que  vous 
avez  trop  loiig-ïemps  méconnus  et  outragés  î 
Mais  non ,  leur  orgueil  est  indomptable  !  sem-^ 
blables  è  ces  esprifs  infernaux  dans  leurs  affreux 
conciliabules ,  tels  qu'ils  nous  sont  dépeints  pac 
l'immortel  Milmn  ,  api  es  leur  chute,  les  ex  colons, 
quoique  vaincus  ,  foudroj^és  eî  précipités  dans 
i abîme,  cherchent  encore  partout  les  moyens- 
gui  Jeuc  sont  suggérés  pac  i^ars  méciiaoteîés  à 


C    88    3 

Se  ressaisir  de  l'empire  ,   qu'an  Dîeu  Juste  el 
ïënumérateur  leur  a  fait  perdre  pour  jamais. 

»  Vous  vous  empressez  de  reconiiaîire  (  dît 
Mazères  le  Belzëbuih  colon  )  comme  légitime  ce  ri- 
dicule sou  verain,  qu^aucune  puissance  européenne 
n'a  encore  reconnu.  Vous  déclarez  assez  formelle- 
ment !a  Colonie  de  Saini-Domingue  indépendante 
par  le  droit ,  comme  par  le  fait  et  consacrez  à 
la  fois  en  faveur  d'un  brigand  heureux ,  la 
déchéance  de  la  France  ,  souveraine  légiiime  de 
la  colonie  ,  et  cette  maxime  subversive  du  repos 
des  peuplés  : 

Le  premier  qui  fut  Roi  fut  un  soldat  heureux  ». 

Et  moi  j'ajoure  le  complëmeri}  de  la  phrase  que 
Mazères  évife. 

Qui  sert  bien  SQn\  pays  n'a  pas  besoin  d'ayeux. 

Je  réponds  d'abord  à  Mazères  ,  que  cette 
roasime  subversive  du  repos  des  peuples,  n'est  pas 
de  M.  Sismonde  de  Sismondi ,  m  de  Monsieur  1© 
€omte  de  Lunonade  ,  mais  elle  est  bien  du  grand 
homme ,  dont  Mazères  s'est  servi  de  l'auiorité 
pour  prouver  que  les  blancs  ,  les  nègres  ,  les 
albinos,  les  hoiienîois,  les  chinois,  les  américains 
étaient  de  races  différentes.  Par  respect  ^«our  ML. 
de  Voltaire  ^  je  a'ai  pas  essajé  de  relever  cette 

errçar^ 


■B 


erreur ,  maïs  îl  me  semble  que  Mazèi*es  quî  s'est 
servi  de  son  autorité  pour  nous  combattre ,  aurait 
<Jû  au  moins  respecter  les  maximes  politiques 
de  ce  grand  homme;  car  s'il  le  récuse  lorsqu'il 
nous  est  favorable  ,  j'aurai  aussi  le  droit  de  le 
récuser  lorsqu'il  est  en  notre  défaveur  ;  maïs  c© 
sont  de  ces  inconséquences  que  je  passe  volon*» 
tiers  à  cet  ex-colon  i  il  aurait  dû  songer  que 
M.  de  Voltaire  avait  exprimé  ailleors  et  avea 
noblesse  les  mêmes  sentîmeos  de  philosophie  ,  eS 
qu'il  n'était  pas  toujours  en  fai'eur  des  orgueilieus:» 

Cet  insecte  insensible  enseveli  sens  Tlierbe  ; 

Cet  aigle  audacieux  qui  piâne  au  haut  du  ciel, 

îlentrent  dans  le  néant  aux  yeux  da  Véternel  ; 

Les  mortels  sont  égaux  ;  ce  n'est  point  la  naissance, 

C'est  la  seule  vertu  qui  fait  leur  différence  j 

ÎI  est  de  ces  mortels  favorisés  des  cîeux  , 

Qui  sont  tout  par  eux-mêmes ,  et  rien  par  leurs  ajeoK. 

\  S:ins  adopter  ni  rejelter  ces  senfimens  ,  je 
pense  qu'un  souverain  ,  tel  que  Sa  Majesté  Henvy 
T^  ,  roi  d'Hajtî ,  qui  a  été  placé  sur  son  irôn© 
par  le  choix  unanime  et  par  l'amour  de  soa 
peuple,  qui  a  consiamment  combattu  pour  sa 
liberté  et  son  indépendance  ,  qui  a  su  vaincre  ses 
ennemis  ,  qui  i  ègne  avec  sagesse  et  gloire  ;  je  crois^ 
dis  je,  qu'an  tel  souverain  n'est  point  dutotit  ridi- 


[   go  I  ^ 

Cîuîe,  comme  le  prétend  Mazères,  et  qu'il  esl 
pour  le  moins  aussi  lëgiliiïie  el  aussi  grand  qu'un 
souverain  qui  ne  serait  rien  \mv  lui-même  ,  mais 
tout  par  ses  a  jeux  ;  si  Mazéres  a  voulu  nous  mys- 
tifier en  insultant  notre  auguste  Souverain,  il  me 
serait  facile  de  le  mystifier  lui-même  par  de  cer- 
laines  allusions  qui  ne  mettraient  pas  les  rieurs  de 
son  côtf^  ;  je  pourrai  lui  dire  que  le  roi  Henry  est 
Un  des  plus  beaux  hommes  du  Nouveau  Monde, 
qu'il  est  le  modèle  des  guerriers ,  franc ,  généreux 
et  intrépide,  sobre,  actif  et  înfaiigabte  ,  qu'à  ses 
qualités  guerrières  il  joint  îa  sagesse  d'un  législa- 
teur et  toutes  les  vertus  d'un  bon  el  grand  Roi  ; 
qu'il  est  religieux  sans  être  bigot ,  qu'il  sait  parfai- 
tement que  tous  les  hommes  peuvent  adorer  Dieu  , 
chacun  en  leur  manière  ,  sans  cesser  pour  cela 
d'êîre  de  bons  et  de  fidèles  citoyens  ;  que  son 
amoorpourson  paysetspn  patriotisme  est  si  grand 
qu'il  s'oublie  toujours  pour  ne  penser  qu'aux  vrais 
întéreis  de  son  peuple  ,   et  que  le  roi  Henry  Y^ 

bien  loin  de  ressembler  à ;  mais  je  m'arrêfe  ; 

la  circonEpeclion  et  le  respect  que  je  porte  aux 
tel  es  couronnées  ,  m'empêchent  de  poursuivre.  ,. 
Ce  serait  vouloir  encore  mystifier  Mazères  ,  sî 
je  voulais  argumenter  avec  lui  ,  pour  prouver 
notre  indépendance  de  fait,  malgré  toute  son 
înciéduliié  ,  il  ne  peut  douter  de  cette   fatale 


[    9ï    3 
vérité  ;  la  question  de  tait  étant  donc  reconnue  ^ 

bon  gré  ou  n:ialgré  par  eux  ,  il  ne  s'agit  plus  que 
de  discuter  la  ([uestioii  de  diuii ,  et  si  la  justice  et 
Téquiié  doivent  la  résoudre ,  elle  le  sera  encora 
en  noti-e  faveur. 

Si  rinjustice ,  la  mauvaise  foi ,  les  cruautés  de 
tous  genres  ,  donnent  des  droits  à  ceux  qui  les 
ont  éprouvés  ,  contre  ceux  qui  les  ont  exercés  , 
quel  peuple  à  jamais  eu  plus  de  droit  à  i  mdépen- 
dance  que  le  peuple  hajtien  ? 

Ce  serait  ici  le  lieu  de  fairs  le  tableau  de  la 
situation  déplorable  où  nous  étions  plongés  sous 
TaFfreux  régime  colonial ,  en  faisant  la  nomen- 
clature des  crimes  innombiables  des  ex  colons  ; 
mais  cela  m'entraînerait  trop  loin  :  je  renvois  mes 
lecteurs  au  Système  Colonial  Dévoilé ,  où  j'ai 
à€\k  traité  ce  sujet  horrible  :  hélas  î  avec  tout  le 
•  désir  c[ue  j'c^i  d'êire  vrai  et  d'être  utile  à  la  cause 
de  l'humanité  ;  pourrai  je  dépeindre  aux  yeux  de 
îxjeri  lecteurs  toutes  les  horreurs  de  l'esr'avage  1 
Iraije  exhumer  les  cadavres  de  mes  infortunée 
compatriotes  ,  qu'ils  ont  fait  enterrer  vivans  ,  pouf 
îiUerroger  leurs  mâmes  et  é|^.ouvan!er  les  humains 
par  se  réc'r  horrible  des  crimes  de  ce^  monrAres  ? 
Mais    r|v/ai  je    besoin   de   tracer   ee.s    horreurs  1 
Mazères  qui  est  un  de  ces  ex-çolorj£  féroces  les 
îgnoi'S-t-ii  ?  Lui  qui  les  a  iris  en  pratique  dès  soii 


■  ^^■11^ 

Z  9^  j 
plus  bas  5ge  ;  Inî  qui  dès  son  enfance  s'exerçait 
à  touimenter  les  petits  noirs  de  son  habitation  . 
Juî  qui ,  avec  le  lait  qui  l'a  nourri ,  apprit  à  devenir 
impitoyable  et  à  étouffer  dans  son  cœur  barbare 
îout  sentiment  dliumanile  ;  a  - 1  ~  il  besoin  que  je 
ïui  fasse  la  description  des  horribles  supplices  que 
lui  et  ses  pareils  avaient  coutume  d'infliger  à 
leurs  infortune's  esclaves  r  Certes  ,  il  n'en  a  pas 
besoin  ,  il  les  connaît  mieux  que  moi ,  e».  son  cœur 
de  bronze  ,  bien  loin  de  s'apitoyer  ,  s'en  r^jodiraii: 
encore  î 

Souvent  je  me  suis  fait  cette  question ,  quels 
droits  les  ex-colons  avaient-ils  donc  de  torturer 
BÎnsi  leurs  infortunes  esclaves  ?  Quoi  ?  y  aurait-il 
dans  ce  monde  comme  dans  lautre  une  race  de 
bourreaux  destine'e  à  tourmenter  les  humains  ? 
les  ex  •  colons  sont  ils  sur  la  terre ,  ce  que 
sont  les  démons  dans  Tcnfer  ?  mais  il  n  y  a  , 
ÎI18  disais  je,  que  les  criminels  qui  soient  con- 
damnés aux  flammes  éternelles ,  et  les  innocens 
sont  ici  bas  condamnes ,  pendant  leurs  vies 
entières  ,  aux  plus  horribles  supplices  ;  non  ,  me 
disais-je  encore,  c'est  calomnier  un  Dien  juste,  bon 
et  bienfaisant  ;  c'est  une  impiété  que  d'atiribuer  à 
l'auteur  universel  nos  cruels  iuforiunes  ;  Tes^la- 
Tage  est  l'ouvrage  des  hommes  corrompus  et 
médiane  5  c'est  la  plais  la  plus  affieiise  qui  ait 


y 


[    9^    ]  ^ 

jamais  désole  rhumaaitë  ;  c'est  le  droit  que  s'est 

aiTOgé  le  plus  fort  sur  le  plus  faible  ,  du  plus  riiàé 
sur  le  plus  ignorajit  ;  or  ,  si  les  hommes  r,e  sop.t 
arrogé  le  droit  de  réduire  d'autres  hommes  dans 
3e  plus  baibaie  esclavage  >  ceux  ci  n'auraient  iis 
pas  le  droit  de  briser  leurs  fers  ?  Qaoi  ?  vous  pour- 
riez me  priver  de  la  liberté ,  me  ravir  le  plus 
précieux  de  tous  les  biens  ;  vous  pourriez  me 
charger  d'indignes  fers  ,  et  moi ,  votre  frère  et 
votre  semblable  ,  je  ne  pourrai  pas  révendicper 
les  droits  que  Je  tiens  de  Dieu  seul ,  que  nul  ne 
peu^  me  ravir  ;  je  ne  pourrais  pas  ,  dis-je  ,  briser 
mes  chaînes ,  et  vous  accabler  de  leurs  propres 
poids  ;  quelle  logique  abominable  !  quelle 
affreuse  moralité  .'  que  de  vouloir  admettre  en 
principe  que  k  liberté  est  un  mal ,  et  que  Fescla- 
vage  est  un  bien  ;  de  vouloir  persuader  aux 
hommes  que  les  uns  auraient  le  droit  de  réduire 
îes  autres  dans  un  perpétuel  esclavage  ,  sans  que 
ceux-ci  n'auraient  le  droit  de  pouvoir  jamais  en 
sortir  ! 

Les  ex^colons  ne  feront  jamais  des  adeptes 
parmi  nous  dans  la  science  de  Fesclavage  1  à  c|U]i 
persuaderont -ils  que  l'esclavage  est  uo  bien? 
Est-ce  à  nous  qui  en  avons  éptouvé  toutes  leS 
horreurs  ?  Eh  !  si  leurs  assenions  étaient  vraies  ^ 
que   ne  se  melleni-ils  à  liolre  place  «  ils  nous 


C    94    ] 
ccnvaincraîent    bien    mieux    encore     par    des 

exemples  ,   que  par  des  raisonnemens  absurdes* 
Je  meKrais  de  côlë  si  l'on  veut  îe  droit  universel 
que  tous  les  hommes  ont  à  la  liberté. 

Le  peuple  hajtien  se  trouve  placé  dans  une 
circonstance  (out-àfait  particulière  ,  qi^i  assure  à 
jamais  la  bonîë  et  la  Jusdce  de  sa  cause. 

Le  monde  entier  n'ignore  pas  que  la  France 
républicaine  proclama  la  //Z^er/^e  dans  celte  île  : 
après  avoir  joui  sous  ses  lois  [)endant  dix  ans 
de  ce  bienfaif,  après  avoir  combattu  et  versé 
notre  sanr^  pour  elle ,  et  lui  avoir  donné  des 
preuves  de  2è!e  ,  de  fi  léliié  et  de  reconnais- 
sance pour  les  bienfaits  f[ue  nous  en  avions  reçus , 
ces  vils  républicains,  sans  aucuns  motifs  cruei- 
conques  ,  voulurent  nous  ravir  la  liberté  (ju'iis 
nous  avaient  donnée ,  comme  hi  l'homme  ,  en 
butte  aux  caprices  des  tyrans ,  devait  quitter  oa 
reprendre  les  chaînes  de  l'esclavage ,  suivant  leurs 
volontés  ;  ils  ne  se  contentèrent  pas  d'employer  la 
force  pour  nous  ramener  sous  ce  joug  abhorré  , 
ils  employèrent  encore  la  ruse  et  le  mensonge  ; 
tout  fut  mis  en  usage  pour  nous  séduire  et  Mous 

tromper  ;  i!s  nous  dibaieni  que  nous  étions  tous 
frères  et  tous  égaux  devout  Dieu  et  devant  la 
ï\épuhlique  ,  tandis  (ju'ils  étaient  veîius  dar^sS  lat 
barbare  et  criminelle  intention  de  nous  txleimiLei' 
ou  ds  nous  rédiilrQ  dans  l'esclavage. 


■■ 


r  95  } 

Pleine  de  confiance  dans  leurs  belles  promesses  j 
la  majeure  partie  de  la  population  ,  se  considërant 
depuis  long-temps  comme  française ,  se  rendit  sans 
coup  fërir,  sans  tirer  un  seul  coup  de  fusil  ;  mais 
bientôt  nous  fûmes  étrangement  désabuses;  lors- 
que les  franç-ns  se  crurent  les  plus  forts  ,  iis  com- 
mencèrent à  établir  leur  système  de  proscription  5 
ils  montrèrent  leurs  véritables  intentions,  et  ils 
proclamèrent  hautement   Fesclavage  ! 

Mazères  qui  veut  que  Ton  juge  les  afrîcaihs  sur 
les  crimes  qu'ils  ont  commis  ,  pourra  fixer  soa 
jugement  sur  ses  compatriotes  ,  par  la  faible 
esquisse  que  je  vais  faire  des  crimes  et  des  cruautés 
de  tous  genres  que  les  français  ont  exercés  sus! 
îious.  O  souvenir  horrible  !  qui  remplit  nos  cœurs 
des  seotimens  d'amertume  ,  de  haine  et  d© 
vengeance  ! 

Nous  avons  vu  nos  concitoyens ,  nos  amis  ,  nos 
parens  ,  nos  frères  ,  hommes  ,  femmes  ,  enfans  « 
vieillards ,  sans  disûnction  d'âge  ni  de  sexe ,  traînés 
aux  derniers  supplices  par  ces  monstres  :  ceux-cî 
expiraient  dans  les  flammes  des  bûchers  ;  eeux-îà 
attachés  aux  gibets  servaie-iit  de  pâture  aux  oiseauiC 
de  proie  ;  les  uns  élaienr  livrés  aux  chiens  pour  être 
dévorés,  les  autres  plus  heureux  périssaient  sous 
fes  coups  de  poigiîard  et  de  bayonnette   :    dans 


T    9^   1 
tes  places  qnf»  les  Frarçcjïs  ëvacuaîent  des  mîlîîers 
d'hajiieii?  qui  avaient  combattu  avec  t^ux  ,  dans 
lenis  rangs  ,  avaient  îa  crédulité  de  se  coiiEer  à 
leur  génërosiié  ;   ne  voulant  pas  abandonner  les 
français  dans  leur  détresse  ,  ils  les  suivaient  et 
s'embarquaient  à  bord  de  leurs  vaisseaux  avec 
leurs  femmes  ,  leurs  enfans  eî    les  effers  qu'il» 
avaient  pu  sauver  du  pillage  ;   mais  à  peine  y 
étaient  ils  que  ces  infortunés  étaient  chargés  de 
chaînes,  précipités  au  fond  de   cale   des   vais- 
seaux ,  pour  être  livrés  aux  plus  affreux  supplices. 
Chaque  soir ,  ces  barbares  faisaient  monter  sur  le 
pont  quelques  centaines  de  victimes  ;]à ,  elles  étaient 
liées  ,    garrottées  et  renfermées  dans  de  grands 
sacs ,  Ton  y  joignait  souvent  des  enfans  ,  et  comme 
si  dans  cet  état  unDieudevair  venir  à  leur  secours, 
et  les  sauver  ;  elles  éiaient  poignardées  au  travers 
des  sacs  avant  d'être  jetées  à  la  mer ,  pour  devenir 
îa  proie  des  monstres  marins.  D'autres  fois  ils 
faisaient  des  mariages  républicains  à  l'instar  do 
ceux  de  la  Vendée  ,   un  homme  et  une  femme 
étaient  attachés  ensemble  avec  un  bouIet-ramé 
au  cou  ,  et  ensuite  précipités  dans  les  abîmes  de  la 
mer,  aux  acclamation^  et  aux  eris  de  joie  de  ces 
monstres  î  des  centaines  de  victimes  enfermées 
dans  le  fond  de  cale  des  bâtimens  ,   périssaient 

asphyxiées 


C    97   1 

aspîiyxîfes  par  les  vapeurs  da  soufra;  le  Jou^ 

venait  éclairer  les  crimes  de  la  nuit  ;  nos  rivages 
couverts  de  cadavres  de  nos  infortunes  compa- 
triotes nous  attestaient  les  forfaits  des  français  ,  el 
étaient  pour  nous  le  précurseur  du  sort  funeste 
qui  nous  e'taît  re'servéî 

S'il  fallait  raconter  toutes  les  injustices  et  toutes 
les  cruaute'sque  les  français  ont  exercées  sur  nous» 
j'enflerais  des  volumes  ;  il  me  suffit  de  signalée 
les  principaux  traits ,  mes  lecteurs  jugeront  de  là 
manière  barbare  dont  nous  avons  été  traités. 

Témoin  oculaire  et  auriculaira  des  faits  que  |ô 
rapporte  ,  on  ne  peut  douter  de  leur  véracité. 

Trois  hommes  devaient  être  brûlés  vifs  sur  là 
place  Royale  ,  du  Gap^Henry  (  alors  Cap-Fran- 
çais y  Dès  le  matin  ce  bi^it  cii'cule  en  ville  ;  uns 
foule  immense  se  rend  sur  la  place  pour  voie 
les  appareils  de  cet  horrible  auto  da-fé  ,  les  uns 
attirés  par  une  cruelle  curiosité  ,  les  autres  poun 
se  convaincre  par  leurs  propres  yeux  jusqu'oà 
pouvaient  aller  la  barbarie  et  la  cruauté  de  nos 
tyrans.  Je  suivais  ces  dernier  le  cœur  centriste 
de  faction  horrible  qui  allait  se  passer.  Arrivé 
sur  la  place  Royale ,  je  vis  deux  poteaux  plantés, 
un  ayant  deux  anneaux  de  fer, et  l'autre  u'ayang 
qu'un  seul  anneau  pour  recevoir  les  cous  des  trois 


m 


-ïâM 


^f^^f 


98 


J 


Victimes;  des  tas  de  bois  sont  artîstement  arran- 
gés aulour  des  poteaux  9  on  y  met  des  copaux, 
on  y  jette  du  goudron  pour  rendre  la  matière 
plus  inflammable  ,  et  le  feu  plus  dclif  et  plus 
violent.  Tout  le  monde  se  place  â  l'entouc 
du  bûcher  ;  les  uns  ont  la  tête  basse  et  n'osent 
lever  les  yeux  pour  fixer  ce  terrible  appareil  ;  les 
autres  [  les  ex-colons  et  leurs  acolytes  J  font  écla- 
ter leur  joie*  ' 

A  trois  heures  de  l'après-midi,  le  général  fran- 
çais Glaparède,  commani^ant  ia  viiiedu  Gap,  se 
rend  sur  la  place  Royale  accompagné  d'un  nora- 
breuxétat  major.  Les  irois  viciimes étaient  placées 
dans  le  corps^de- garde  voisin,  en  attendant  Theure 
de  leurs  supplices  ;   Glaparède  donne  Tordre  de 
les  conduiie  au  bûcher  ;  ils  arrivent  aux  bruits 
des  lambours  comme  dans  une   marche  triom- 
phale.   L'infâme  Goiiet ,  capitaine  de  la  gen- 
darmerie les  précède ,  la  joie  et  la  férocité  sont 
peintes  sur  son  visage  ;  chacune  des  victimes  a 
une  canne  à  sucre  dans  la  main;  elles  sont  placées 
sur  le  bûcher  et  attachées  aux  poteaux  par  les 
anneaux  de  fers  5  tout  est  prêt ,  le  sacrifice   va 
se  consommer  ;  un  morne  silence  règne  parmi 
les  spectateurs  ;  Glaparède  ordonne  de  mettre  le 
feu  au  bûcher  i  à  l'instant  la  flamme  pétille  ,  les 
jjîeds  des  patients  coaxnaencent  à  être  embi'ôséi  | 


[    99    1 
on   croit  âé]k  entendre   leurs  crîs  ;  on  croît  Îe9 
voir  se  débattre  dans   ces   hoiTibies   tourmens  ; 
mais,  ô  courage  stoïque  !  ô  iatrëpidiië  rare  î  ils  ne 
remuent  pas  même  les  pieds;  ils  restent  immo- 
biles ,  les  regards  fixes,  ils  bravent  leurs  bour- 
reaux et  le  feu  qui  les  dévore  ;  bientôt   ils  sont 
enveloppés  par   les    flammes  ;    leurs    corps    S€i 
fendent ,    la  graisse  coule  sor  le  bûcher  ;   une 
fumée  épaisse  s'élève  avec  une  odeur  de  chaic 
grillée  ;  Teffroi  s'empare  des  spectateurs ,    leurs 
cheveux  s'hérissent ,  une  sueur  froide  coule  de 
leurs   corps ,  chacun  foi   et  se   disperse  pénétré 
d'horreur;  un  sentiment  de  haine  et  de  vengeanca 
s'élève  dans  le  cœur  de  Fhajtien  consterné  ;  les 
bourreaux  seuls  restent  sur  la  place,  et  ne  se 
retirent  que  lorsque  leurs  victimes  sont  entière*» 
îïient  réduites  en  cendres  ! 

Pourrai-je  donner  à  mes  lecteurs  une  descrîptiooi 
exacte  do  supplice  de  mes  compatriotes  qui  ont 
été  dévorés  par  les  chiens  ;  ma  pîisme  peu  exercée  0 
pourra- t-elle  jamais  peindre  parfaitement  un  ta*^ 
bleau  aussi  horrible  ?  L'imagination  et  Fâm© 
sensible  de  mes  lecteurs  suppléroot  à  mon  défauS 
d'éloquence  et  de  moyens» 

Les  premiers  hommes  qui  furent  dévorés  pai? 
Î9S  chiens  Font  été  au  Cap  ^  au  couvent  des  reii- 


[       10® 


gueuses ,  et  dans  la  maison  du  général  français 
Boyer,  chef  d'état-major  de  Rocliambeau  ! 

Depuis,  ils  transposèrent  le  théâtre  de  celte 
scène  d'horreurs  au  Haut-du-Cap ,  sur  rhabitatioii 
Charrier  ;  on  y  avait  conduit  les  dogues  ,  et  pour 
îei^r  donner  du  goût  à  dévorer  les  hommes  »  ils 
étaient  nourris  de  tempsà  autres  de  chair  humaine  ; 
lorsqu'ils  avaient  quelques  victimes  à  faire  dévorer, 
c  élaiï  un  jour  de  fête  pour  les  bourreaux  :  Collet , 
î'orestier ,  Teissert ,  Laurent ,  Darac ,  commis- 
saires de  police  de  la  ville  du  Cap  (  tous  français , 
tous  ex-colons  )  s'habillaient  de  leurs  uniformes, 
«et  se  revêtaient  de  leurs  ëcharpes  municipaux , 
pour  se  rendre  sur  les  lieux,  accompagnés  d'une 
foule  de  dogues  bipèdes  ,   curieux   d'assister  à 
rhorrible  curée  des  dogues  çuadrupèdes  ,  mille 
fois  moins  féroces  qu'eux. 

Plusieurs  jours  d'avance  ,  ils  avaient  eu  Ja  pré- 
caution  de  faire  jeûner  les  chiens  ,  pour  stimulée 
leur  faîm  ,  de  temps  en  temps  on  leur  présentait 
une  victime  ,  que  l'on  retirait  aussitôt  que  les 
chiens  voulaient  s'élancer  dessus  pour  la  dévorer; 
anfin  5  le  moment  fatal  arrive  où  quelques  hommes 
ou  femmes  vont  leur  être  définitivement  livrés  ; 
^es  infortunés  sont  attachés  à  des  poteaux,  en 
présence  des  commisiialres ,  pour  les  empêchée 
4q  pouvoir  se  Suuv2i'  ni  de  se  défendre» 


BBB 


[     loi     ] 

Les  dogues  sont  lâchés  ;  ils  se  précipitent  sul^ 
leurs  proies  ;  dans  un  instant  les  victimes  son! 
déchiiëes  ,  leur  chair  palpitante  est  en  lambeaux  g 
leur  sang  ruisselle  de  toutes  parts  ;  on  n'entend  plus 
que  les  cris  de  la  douleur  et  d'une  horrible  agonie  | 
les  victimes  aux  abois  implorent  la  pitié  de  ces 
monstres;  en  vain  ils  demandent  la  mort  comme 
une  dernière  faveur  ,  prières  superflues  ;  rien  ne 
peut  émouvoir  le  cœur  de  ces  tigres,  ils  se  sont  dé- 
pouillé de  tous  sentimens  humains  :  aux  accens 
lamentables  de  leurs  tristes  victimes ,  ils  ne  répon- 
dent que  par  un  ris  satdonique  et  ils  continuent  à 
exciter  les  dogues  à  mieux  dévorer  leurs  proies» 
Cependant ,  la  voix  des  victimes  s'est  éteinte ,  Ton 
n'entend  presque  plus  leurs  gémissemens ,  et  leurs 
cadavres  décharnés  palpitent  encore  ;  les  dogues 
haletans,  sont  lassés  ;  ils  sont  repus  de  chair  et  d© 
sang  humains  :  en  vain  les  bourreaux  les  excitent 
encore ,  ils  refusent  de  continuer  leur  horrible 
curée  ;  on  les  retire  pour  les  faire  rentrer  dans 
leurs  repaires ,  et  les  monstres  à  figures  humaines 
achèvent  d'ôter  à  coup  de  poignard  le  reste  de 
vie  des  infortunées  victimes. 

D'un  bout  de  l'île  à  l'autre  les  mêmes  cruautés 
3e  commettaient  par  les  français. 

Toussaint  Louverlure  s'était  démis  volontaire- 
m^nt  de  son  autorité  et  avait  dépose  Im  aimes  ^ 


;i 


t  ïoa  1 
fetîW  sur  son  habilalion ,  dëpoui!!^  de  fouf  e  sa  gran^ 
àem\  tel  que  ce  romain  célèbre,  il  culiivait  de  se» 
mains  celte  même  terre  qu'il  avait  défendue  [jar 
ses  armes;  il  nous  engageait ,  par  ses  paroles  et 
son  exemple,  à  Timiter,  a  travailler  et  à  vivre 
paisiblement  au  sein  de  nos  familles.  Contre  la 
foi  des  traités  ,  les  français  Faltiresit  dans  un  piëge; 
il  est  arrêté ,  chargé  de  fers  ;  sa  femme ,  ses  enfatis  » 
sa  (Emilie ,  ses  officiers  éprouvent  son  funeste  çort. 
Jetés  à  bord  des  vaisseaux  français ,  ils  vont  en 
Europe  terminer  leur  malh^-ureuse  carrièie  ,  pas.» 
le  poison  ,  dans   les  cachots  et  dans  les  fers  \ 

Les  généraux  Jacques  Maurepas  et  Charles 
Béîair  meurent  dans  les  supplices  :  Maurepas 
est  cloué  vivant  sur  le  grand  mat  du  vaisseau 
î'Annibal ,  en  présence  de  son  épouse  et  de  ses 
cnfans  ;  son  cadavre  est  (été  à  la  mnr  avec  toute 
sa  famille  :  l'infortuné  Bélair  est  fusillé  avec  son 
intrépide  épouGe  ;  cette  hércine  avant  de  mourir 
îe  console  ,  l'exhorte  à  rimiier  et  à  mourir  en 
brave  :  Thomany ,  Domage  ,  Lamahoiière  ,  une 
foule  d'officiers  et  de  citoyens  de  marques  éprou- 
vent la  mort  des  scélérats ,  sont  pendus  ;  ceux  qui 
échappent  à  leurs  fers  assassins  ou  aux  gibets  > 
Hiearent  par  le  poison  :  les  généraux  Vi latte  ^ 
J-iéveillé  et  Gaulard  éprouvent  ce  funeste  sort  ; 
,d  autres  soat  dépends  pour  âice  vendus  à  la  Go'.e»» 


■■ 


t    io3    ] 
Ferme  ou  en  France  où  ils  ont  terminé  leur  caî^ 
tière  dans  les  galères. 

Lassés  de  tant  de  crimes  et  de  forfaits  ,  nous 
courûmes  aux  armes;  nous  nous  mesurâmes  avec 
nos  bourreaux  ;  nous  nous  battîmes  corps  à  corps» 
homme  pour  homine ,  à  coup  de  pierres  et  de 
bâtons  ferre's,  pour  conserver  notre  liberté,  notre 
existence  ,  celles  de  nos  femmes  et  de  nos  enfang. 
Après  avoir  verse  des  flots  de  notre  sang,  con-- 
fondu  avec  celui  de  nos  tyrans  ,  nous  restâmes 
les  maîtres  du  champ  de  batailie, 

Qiie  Mazères ,  ce  colon  féroce  et  de  manvaîsa 
foî ,  qui  a  été  le  témoin  et  un  des  instigateurs 
des  cruautés  de  tous  genres,  que  ses  compatriotes 
ont  exercées  sur  nous,  les  repasse  dans  son  imagi- 
nation ;  qu  il  se  rappelle  combien  de  victimes 
il  a  fait  immoler  ou  qu'il  a  égorgées  de  ses 
propres  mains ,  alors  il  verra  si  nous  avons  des 
droits  à  la  liberté  et  à  l'indépendance ,  que  non© 
avons  conquises  au  prix  de  tant  de  sang  et  de 

sacrifices  î 

Je  suis  bien  éloigné  de  vooloîr  coistester  leg 
droits  que  les  autres  peuples  ont  eu  pour  se  rendr© 
indépendans  ;  mais  j'ose  apurer  ,  sans  craini© 
d'avoir  le  démenti ,  qu'aucun  peuple  n'a  eu  plus 
de  droit  à  (a  liberté  st  à  Findépendance  îjue  lô 
peupla  haïtien* 


Wn 


ïim 


f 


Soas  quel  point  de  vue  que  l'on  voudrait  con* 
sîdërer  cette  grande  et  importante  question  ,  elle 
sera  toujours  résolue  en  notre  faveur  ;  soit  que  l'on 
considère  la  situation  déplorable  où  nous  ëtiont 
plongée  sous  Taffreux  re'gime  colonial  ;  soit  que 
Ion  considère  les  circonstances  qui  nous  ont 
amenés  à  ia  liberté  ,  et  de  la  liberté  à  l'indépen- 
dance ;  les  injustices  et  les  cruautés  de  tous  genres 
que  nous  avons  éprouvées  ;  nos  souffrances  et  nos 
malheurs  ;  soit  que  Ton  considère  ia  sagesse  de 
îiotre  conduite  depuis  que  nous  sommes  indépen-»- 
dans,  de  nous  elre  donnés  des  lois,  un  gouverne- 
ment stable  et  monarchique;  d'avoir  toujours  vé- 
cus en  bons  voisins  avec  les  colonies  de  toutes  les 
puissances  ;  d'avoir  constamment  démontré  par 
notre  conduite  et  par  nos  lois  fondamentales,  que 
nous  étions  déterminés  de  ne  jamais  nous  immis- 
cer directement  ni  indirectement  dans  les  affaires 
hors  de  notre  île  ;  de  garder  la  plus  parfaite  neutra- 
lité; de  nous  être  occupes  uniquement  que  de 
notre  prospérité  intérieure ,  en  faisant  fleurie 
Ï30tre  agriculture  et  en  protégeant  le  commerce  ; 
d'avoir  fait  tous  nos  efforts  pour  nous  avancée 
dans  la  civilisation,  en  introduisant  parmi  nous 
les  lumières ,  les  sciences  et  les  arts;  soit  que  Ton 
considère  la  vaste  étendue  des  mers  qui  nous 

sépare 


t  io5  y 

«^pare  de  nos  oppresseurs  ;  enfin ,  no^re  sïfuatîOB 
morale,  politique  et  géographique  tout  nous  donne 
des  droits  înconresîables  à  Tindépendance,  et  pouc 
nous  ravir  ce  bien  précieux,  sans  considérer  l'in- 
justice atroce  et  l'inhumanité  qu'il  y  aurait  dans 
cette  action ,  il  faudrait  pouvoir  nous  exterminée 
jusqu'au  dernier. 

C'est  sur  des  hommes  qui  ont  donné  tant  de 
preuves  de  sagesse,  de  vertu,  d'énergie  «t  de 
courage ,  que  Mazère'.  a  osé  imprimer  les  plus 
plates  inepties;  c'est  lui  qui  n'a  pas  eu  honte 
d'affirnder,  «  çue  le  nègre  est  un  grand  enfant 
borné ,  léger  ^  mobile  ,  inconsidéré ,  nesentanô 
avec  force  ni  le  plaisir  ni  la  douleur  ;   sans 
-prévoyance ,  sans  ressort  dans  l'esprit  ni  dans 
lame. .....  .   insouciant  comme  tous  les  êtres 

paresseux;  le  repos ,  le  chant  ^  les  femmes  et  l/R 
parure  composent  le  cercle  étroit  de  ses  goûts  s 
Je  ne  dis  pas  de  ses  affections  ,  car  les  affec* 
tions  proprement  dites  ,  sont  trop  fortes  pour 
une  âme  aussi  molle  y  aussi  peut  réactive  que 
la  siçnne.  » 

Je  dis  donc  il  fauî:  être  stupîde  ou  aveuglé  par 
ses  passions  pour  avoir  eu  l'impudence  d'écrire 
de  telles  impostures  î  Si  Mazères  avait  eu  la 
faculté  de  pouvoir  réfléchir  ^  il  aurait  senti  qu'il 

O 


^  réduisait  laî-même  et  les  ex-coîons  au  demie» 
échelloîi  de   la  race  humaine  ;  car  enfin ,  ces 
grands  en/ans  bornés  ,   légers  ,   ^ui  n'ont  de 
ressort  ni  dans  ï esprit  ni  dans  l'âme ,  les  ont 
vaincus  dans  les  conibats»  les  exëcrent  et  leur 
vouent  utie  haine  implacable  ;  et  ils  ont  une  dm& 
autrement  trempée,  autrement  forte  que  T^ï/^za  de 
fange  et  de  boue  des  ex-colons  ;  ces  imposteurs 
auront  beau  inventer  des  calomnies  pour  atténuer 
je  mérite  et  la  justiôe  de  notre  cause ,  ils  ne  pour*  ' 
rônt  jamais  détruire  ce  quia  existé,,  et  ce  qui 
existe  maintenant  à  Hajti  ;   leurs   dénégations; 
îîtensongèies  n'empêcheront  pas  à  la  po^lérité  de' 
croire  que  nous  les  avons  vaincus  dans  les  com- 
bats ,  et  que  malgré  leurs  efforts ,  nous  sommes 
parvenus  à  nous  constituer  en  peuple   civilisé  # 
libre  et  indépendant,  - 

^  C'est  ainsi  qu'il  a  l'impudence  de  soutenir  qua 
nous  ne  pourrons  jamais  introduire  l'instruction 
publi(|ué  à  Hajsi  :  et  cela  (  dit  -  il  )  par  uue 
raison  tiès-simp!e  ,  parce  qu'il  ne  se  trouve  pas 
dans  tout  le  royaume  de  Christophe  (  d'Henry  ) 
dix  hommes  en  éiat  de  lire  courramment  ;  qu'il 
ne  s'en  trouve  bien  certainement  d'assez  instruis 
pour  comprendre  le  sens  des  mots  tactique  miU-. 
taire ,  géographie  ^  mathématique  ^  fortifica^ 
pon  ^  ctc. 


C   107  3 

tes  grossières  îmDOslures  de  Ma:?ères  sont  réFit^ 
tëes  par  le  fait  même  ,  pau  la  situation  rëelle  du 
royaume  d*Hayri ,  et   par  nos  propres  œuvres  g 
nos  génëranx  ,  nos  ingénieurs,  nos  ëcrîvaîns, 
feront  (oniours  prêts  à  dc^montrer  par  des  faits 
positifs  la  fausseté  des  assertions  de  Mazères, 
Lorsque  les  français  jugeront  à  propos  de  venir  se 
mesurer  avec  nous  ,  nos  généraux  leur  donner 
ront  des  preuves  s'ils  sont  bons  taccitiens  ;  ils  trou- 
veront ici ,  des  Wellington  ,  des  Blucher  et  des 
Plataw  :  nos  redoutes  et  nos  citadelles  forraî- 
dables  ,  les  convaincront  que  l'art  de  fortifier  îe$ 
places  ,  et  les  mathématiques  ne  sont  pas  étran- 
gers aux  ingénieurs   haytiens  ;  nos  écrivains» 
nos  poëies ,  leur  prouveront  aussi  qu'ils  savent 
défendre   leurs  droits ,    célébrer  et  chanter  la 
gloire  de  la  patrie  et  des  grands  hommes  qui  ont 
su  la   défendre. 

En  attendant  l'époque  fortunée  ,  oii  nos 
hommes  de  lettres  pourront  se  dire  letlrés  ,  car 
nous  n'avons  certainement  pas  les  mêmes  pré-^ 
tentions  de  M  rzères  ;  lui  qui  soutient  que  nous 
n'avons  de  ressort  ,  ni  dans  l'esprit  ni  dans 
T/ime,  qui  âffirsr*e  que  nous  ne  savons  même  pas 
lire  cuunamment  ;  il  commence  néaomoûîs  par 
entamer  u^e  discussion  liîiéraire  avec  M,  h  comté 
de  Limonade  ,  il  itjouye  dans  quatorze  ligues 


':ë 


f  io8  ;ï 

iTpîs  lourdes  fautes ,  deux  expressions  im^ 
propres ,  une  expression  dure  ,  bizarre  .  pré-r 
tentieuse  et  une  espèce  de  pléonasme.  Il  est 
dommage  que  je  nç^  suis  ^e^s  un  puriste  comme 
cei  ex  colon,  je  me  serai  donné  la  peine  d© 
disséquer  son  sljle  ,  et  j'aurai  peut-êue  pu  lui  de* 
ïnontrei'  combien  il  a  de  torts  de  vouloir  pointiliec 
avec  nous  sur-  des  mots.  Mais ,  nous  sommes  très- 
teureuxde  voir  que  les  ex-colons  sont  dëja  rëdui^>s 
à  cette  cruelle  extrémité.  Ne  désespérons  de  rien , 
bientôt  ils  ne  rougiront  pas  de  honte  d'entrer  en 
discussion  avec  des  hommesà  qui  ils  réfusaient l'in- 
tellect ,  sur  les  questions  les  plus  abstraites.  O  que 
l'orgueil  et  les  préjugés,  aveuglent  les  hommes  l 
Comment  ce  sot  de  Mazères  ,  n'a  pu  sentir  que 
ses  grossières  calomnies  retournaient  contre  lui- 
même  ,  et  que  s'il  est  pardonnable  de  commettre 
quelques  fautes  de  langue ,  les  fautes  de  bonç 
sens  sont  inexcusables. 

Emporté  par  la  fougue  de  ses  passions  ,  Ma- 
zères tombe  dans  un  affreux  délire;  il  divague, 
îl  déraisonne;  il  T jt  un  ^epvoche  très^graK'e  au 
comte  de  Limonade,  de  s'être  servi  au  figuré  de 
l'expression  idole  ,  pour  exprimer  l'attachement 
qu'il  porte  à  la  famille  royale,  comme  si  c'était 
un  cvhne  d'idolâtrer  ses  rois;  certes,  nous  les 
idolâùrons ,  sans  être  pour  cela  des  idolâùr&St 


•s. 


BBB 


Je  conviens  cependant ,  que  l'id-e  f^acîô^el^son 
roi ,  doit-êtra  ëlrans;e  uour  un  français  ;  M.  le 
comte  de  Limonade  po  irrait  répondre  à  Mazères, 
comme  ce  philosophe  scydie  a  cet  a  hé  .ien  qiii 
l'avait  insulté  :  Thonore  mon  pays  par  mes 
^entimens  ,  et  toi  tu  fais  la  honte  du  tien, 

A  mesure  que  Mazères  contemple  nos  progrès 
dans  la  civilisation  ,  sa  rage   s'augmenie  ;  dans 
l'impuissance  où  il  est  de  ne  pouvoir  se  venger  , 
se  baigner  encore  dans  notre  sang ,  il  exhale  toutes 
Ses  fureurs  par  des  injures  les  plus  ignobles  ;  les 
expressions  les  plus  viles,  les  plus  dégoûtantes, 
échappent  de  la  plume  de  cet  homme  qui  se  dit  si 
poli  ;  il  n'a  pas  de  honte  d'employer  les  ëpiîhètes 
de  Jocrisse  et  de  Paillasse  de  Henry  IV,  pouc 
nous  insulter ,   comme  si  cet  insolent  avait  eu 
besoin  de    chercher  de  si  loin,    des  Jocrisses 
et  des  Paillasses  de  Henry  IV,  lorsqu'il  pouvait  les 
trouver  à  Paris,  dans  le  sein  de  la  même  famille» 
Je  vais  vous  dire ,  lecteurs,  la  cause  des  fureurs 
burlesques  et  des  horribles  convulsions  de  M* 
Mazères  ;  il  avait  osé  affirmer  et  imprimer*  que 
les  noirs  étaient  incapables  des  grandes  opéra-^ 
Lions  de  l'esprit  ^  qu'ils  étaient  inférieurs  aux 
blancs  ,   que  c'étaient    des  grands    enfans  , 
légers  ,  mobiles  ,  inconsidérés  ,  qui  jiaK'aient 
de  ressort  ni  dans  l esprit  ni  dans  ïânie. 

Ne  voilà-t-il  pas  ,  que  ces  grands  enfans  s'rvi» 
sent  ds  construire  des  cifadt-lles ,  d'édifier  dos 
palais  ,  de  rédiger  des  almanaohs ,  d  avoir  des 
écrivains  ,  des  uoëies  ,  des  miirlstres  et  des 
hommes  d'état  noîi's  ,  quels  malheurs  î  Quels 
désappoiateuieus  pour  ua  ex-colon  I   voilà    let 


1 


'■  l^^ritablés  causes  des  fureurs  de  cet  e'nergiimène  à 
et  qui  ont  valu  tant  d'injures  et  de  soitibes  à  MM», 
de  Sismondi  et  de  Limonade. 

Patience  ,  M.    Mazères,    prenez    patience  » 
iiiodërez  votre  colère,  laissez  nous  le  temps  d'ëta^ 
blir  comme  il  faut  nos  écoles  nationales,  sur  le 
plan  et  ia  mélhode  de  Lancaster;  laissez-nous 
établir  nos  collèges,  donnez-oous  le  temps  de 
former  des  hommes  instruits  dans  les  principes  » 
la  langue  et  la  lirtërarure   des  anglais  ;  car  il 
est  bon  que  je  vous  informe ,  que  nous  voulons 
renoncer  jusqu'à  l'usage  de  la  langue  française  ; 
nous  pourrons  vous  donner  à  cette  époque*,  qui 
n'est  pas  aussi  éloignée  que  vous  le  pensez  ,  quel- 
ques productions  de  la  littérature  hayiienne  ,  qui 
vous  convaincront  encore  bien  mieux  que  l'a?ma- 
nach  royal,  cjue  les  noirs  ont  du  ressort  dans  Tes-, 
prit  et  dans  l'âme  :  mais  alors  que  deviendrez- 
vous  ?  je  crains  que  ces  prodnclions  ne  fassent 
sur  vous  le  même  effet  que  la  lêie  de  Méduse  , 
puisque  la  vue  d'un  simple  aîraanach  vous  fart 
trépigner  ,  vous  donne  des  attaques  de  nerfs  ,  et 
vous  fait  tomber  dans  d'horribles  convulsions; 
je  crains  très  fort ,  dis-je  ,   tel  qu'un  démoniaqutî 
vous  ne  tombiez  d'abord  dans  l'épilepsie ,  et  qu© 
vous^  ne  terminiez  voire  carrière  ignominieuse 
par  rhjdrophobie  ! 

Mazèœs  profire  de  nos  guerres  civiles  pour 
calomnier  le  gouvernement  du  roi  Henrj  et  le 
peuple  haïtien  ;  pour  démontrer  qup  nous  ncj 
pouvons  vivre  en  paix  parmi  nous  mêmes,  et  que 
nous  nous  égorgeons  de  nos  propres  mains ,  les. 
€x-coioiis  nciïs  reprocheat  leurs  propres  ouvrage^rj 


tW  eux  et  leurs  complices  qui  font  des  vœ«:£ 
pour  que  ies  hayliens  s'entr'égorgent ,  et  c'est 
«ux  qui  ont  rimpudence  de  nous  calomnier  ; 
c'est  comme  pour  la  traite  ♦  ils  reprochent  aux 
africains  les  crim-^s  qu'ils  ont  excités  et  qu'ils  ont 
payes  ;  nos  dissensions  civiles  sont  leurs  propres 
ouvrages ,  et  ils  s'en  prévalent  contre  nous. 

Q  jel  est  cependant  le  langage  des  ex-colons  , 
quand  ils  soat  dans  leurs  entretiens  secrets  , 
quand  ils  reçoivent  les  nouvelles  qu'une  sanglant^ 
bataille  s'est^  livrée  entre  les  hayliens  !  Laissez^ 
les  faire  ,  ^\%^Vi\.'A%  ^  laissez-les  bien  se  cha- 
mailler ensemble;  laissez-les  s  affaiblir  d'eux'^ 
mêmes;  à  la  fin  nous  aurons  beau  jeu;  nous  les 
mettrons  d'accord ,  en  les  exterminant  les 
uns  et  les  autres. 

Ex-oolons  î  n'est-ce  point-là  votre  langage  et 
votre  plan  favori  ;  nous  les  connaissons;  il  faudrait 
que  nous  fussions  aveuglés  ou  bien  les  plus  stupides 
des  hommes  ,  si  jamais  nous  devenions  les  ins- 
trumans  de  vos  projets  destructeurs  ! 

Mazères  et  les  ex-colons  auront  beau  inventée 
des  calomnies  pour  ternir  les  vertus  et  les  bril" 
jantes  qualités  du  roi  Henry ,  ils  ne  réussiront 
Jamais;  plus  il  est  l'objet  de  leui*  haine  et  de  leurs 
diatribes  ,  plus  nous  l'aimons,  plus  il  est  grand  à 
nos  yeux ,  il  est  toujours  honorable  d'être  calom- 
nié par  des  gens  tels  que  les  ex  colons  ,  qui  n'ont 
ni  foi ,  ni  loi ,  et  qui  ne  se  gouvernent  que  pair 
leurs  intérêts  et  les  passions  qui  les  subjuguent; 
qu'ils  réservent  leurs  louanges  pour  Pétion  ;  il  est 
digne  de  lui  d'être  encensé  par  de  pareils  raonslres  î 

jPourquoi  cgnûiîuerai-je  à  réfuter  les  assertions 


M 


lîîerisongêres  de  Mazères  ,  n'aî-je  pas  assez  dît ■ 
pour  le  convaincre  de  calomnie  ?  N'ai-je  pas  suf- 
fisamment prouvé  que  les  noirs  n'étaient  pas  in- 
férieurs aux  blancs  ,  que  leurs  facultés  sont 
égales,   lorsqu'ils  ont  les  mômes  avantages  ?      - 

Je  vais  donc  terminer  ces  réflexions  que  j'aî 
entreprises  avec  beaucoup  plus  de  zèle  et  de  bonne 
voîonrë ,  que  de  taîeris  et  de  lumières  ;  j'ai  souvent 
senti  mon  infériorité  [  non  point  celle  que 
m'attribue  Mazères  ]  pour  traiter  une  cause  aussi 
sublime  que  la  mienne.  Heureux  si  par  mes 
efforts  j'ai  pu  dissipt^r  les  prévenions  qui  planent 
stir  nous  depuis  des  siècles  et  contribuer  au  bon- 
heur et  à  l'avancement  de  mes  semblables  ! 

Mazères  défend  la  cause  des  ex- colons,  de  cette 
caste  d'hommes,  dont  le  sjsîèine  affreux  et  les 
crimes  inouis  font  frémir  la  nature;  et  moi  la  cause 
que  je  défends  est  celle  de  1  humanité  entière. 
Blancs ,  jaunes  et  noirs ,  nous  sommes  tous  frères , 
tous  enfans  du  père  éternel,  tous  intéressés  dans 
celle  cause  :  ô  homme  !  quelque  soit  la  couleur  de 
ton  épiderme  !  quels  que  soient  ta  nation  et  fa  reli- 
gion que  tu  professes  !  tu  es  intéressé  au  triomphe 
des  haytiens  »  à  moins  que  tu  n'ait  étouffé  tous  les 
sentimens  de  ju.vtice  eî  d'équité  que  Dieu  a  gravés 
dans  tous  les  cœurs  ;  lu  ne  peux  mettre  dans  la 
balance  les  intérêts  dune  caste  d'hommes  flétrisî 
par  les  crimes,  avec  les  iniérêts  du  genre  humain  i 

PIN. 


REFLEXIONS 

Adressiées  aux  Haytîeris  de  partie 
de  POuest  et  du  Sud  ,  sur  l'horrible 
Assassinat  du  Général  D  E  L  V  A  R  E  ^ 
commis  au  Port --au*  Prince  ^  dans  la 
îiuit  du  25  Décembre  i§i5  ^  par  les 
ordres  de  PETION. 


ANS  la  Galette  Royale  du  24  Mai*  faî 
rendu  compte  de  l'assassinat  de  l'infortuné  géné- 
ral Delvare  ;  je  me  hâte  aujourd'hui  de  jeter 
quelques  réflexions  sur  le  papier,  qui  m  ont  été 
suggétées  par  l'horreur  que  ralnspire  ce  crim© 
abominable. 

Le  général  Delvare,  pour  avoir  émis  fran-^ 
cheraent  son  opinion  sur  la  nécessiié  où  les  hay« 
tiens  étaient  de  terminer  leurs  dibsenîiorîs  civiles, 
fut  accusé  par  Përion  de  conspiiation  contre  sa 
personne ,  traduit  en  présence  d'un  conseil  da 
guerre  et  condamné  à  cinq  années  de  détention. 

Après  avoir  subi  la  peine  qui  lui  avait  été  in- 
tigée ,  le  général  PelVare  ^  espérait  d'être  rendg 


■■m